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Un nouveau Traité européen « est une hypothèse à ne pas écarter »

Le ministre italien de l’Économie au Parlement européen

Témoignages.re / 21 avril 2011

Selon une dépêche de l’agence Europe, le ministre de l’Économie de l’Italie estime qu’il n’est pas exclu qu’un nouveau Traité soit élaboré pour remplacer celui de Lisbonne qui régit actuellement les institutions européennes. Car les traités actuellement en vigueur sont « le produit d’un monde qui n’existe plus ». le ministre italien appelle à donner un contenu plus social et moins financier. La crise actuelle doit être le moment de soutenir les investissements et le développement des énergies nouvelles, a-t-il dit en substance aux députés européens. Voici le contenu de cette dépêche.

Le ministre italien de l’Économie Giulio Tremonti est venu présenter, mardi 19 avril, à la commission des Affaires constitutionnelles du Parlement européen le visage moins eurosceptique du gouvernement italien, après les polémiques suscitées la semaine passée par des propos concernant une sortie de l’UE prononcés par le président du Conseil Silvio Berlusconi et par le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni, dans le cadre de la querelle sur les modalités d’accueil des dizaines de milliers d’immigrés tunisiens débarqués en Italie depuis le début de l’année. Dans son discours, et en répondant à des questions des eurodéputés qui l’ont interpellé, M. Tremonti a dit que l’élaboration d’un nouveau Traité européen « est une hypothèse à ne pas écarter ». Il a souligné que les Traités actuels ont été écrits avant la mondialisation et que, même s’ils ont été adaptés après, ils restent « le produit d’un monde qui n’existe plus ». La crise économique et de confiance que l’Union européenne connaît peut être une occasion « pour penser à une nouvelle et plus intense Convention ».
L’intervention de M. Tremonti au Parlement européen s’est située dans la foulée du succès, aux élections politiques finlandaises du dimanche 17 avril, du parti des Vrais Finlandais, un mouvement eurosceptique opposé, entre autres, au sauvetage financier du Portugal. Invité à commenter les perspectives européennes aussi à la lumière du vote finlandais, M. Tremonti a dit partager l’opinion que « l’Europe n’est pas un mauvais endroit ». Mais il a insisté sur le fait que l’Union européenne doit montrer son visage humain et social et ne pas se borner à l’économie et à la finance : « L’idée d’Europe était autrefois associée au lait et à l’acier ; aujourd’hui, elle l’est au taux d’escompte. L’idée d’Europe doit rester associée à quelque chose de plus chaud ».
Le ministre italien a constaté que, dans la crise économique que l’on vient de traverser, sans en être encore sorti, on a fait le contraire de ce qu’avait fait le président des États-Unis F.D. Roosevelt dans les années trente : on a sauvé les banques, parce qu’elles étaient « systémiques », et on a laissé tomber les familles. Et il a noté que les Traités de l’Union font référence à une « économie sociale de marché », tandis que la BCE se réfère toujours à l’« économie de marché » tout court. Le ministre a prôné une réflexion sur le modèle économique et social européen, qui, à son avis, ne peut pas être dominé seulement par la demande intérieure et l’exportation : « Il faut utiliser cette phase pour soutenir des investissements publics pour des opérations d’intérêt collectif » ; et il ne s’est pas privé de mettre en opposition Hegel et Kant, en prenant le deuxième comme modèle pour une relance de l’Europe.
Dans son intervention, intitulée “Le Traité de Lisbonne et le principe de solidarité”, M. Tremonti a repris son idée des euro-bonds, qui, a-t-il dit, pourraient être utilisés pour financer des recherches alternatives sur les nouvelles énergies : justement, une de ces opérations d’intérêt collectif auxquelles il pense. Dans les jours passés, même le vice-président de la Commission européenne Antonio Tajani avait essayé de calmer le jeu des polémiques sur l’UE en Italie, en déclarant, dans une interview à la Repubblica : « Personne ne pense sérieusement à sortir de l’Union. Tout au contraire, il nous faut plus d’Europe ». Un concept sur lequel sont tombés d’accord et M. Tremonti et le président de la commission des Affaires constitutionnelles Carlo Casini (PPE, Italie). Mais, juste au moment où l’on a le plus besoin d’elle, l’Europe est « missing in action », portée disparue, face à la vague d’immigration que l’Italie vient de connaître : si M. Tajani avait récemment dit dans une interview télévisée à SkyTg24 que « toute l’Europe doit comprendre que cet état d’alerte doit être géré ensemble », M. Tremonti note que « ce qu’il y a dans le Traité est techniquement suffisant » pour faire face à cette crise, mais « son application est dramatiquement et complètement insuffisante ». « Sur les rails de la peur, les équilibres politiques changent et la structure démocratique de l’Europe risque d’être modifiée en profondeur : nous ne pouvons pas ignorer les peurs des peuples ».


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