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Un Parti toujours Réunionnais

Complément au Texte d’orientation

Témoignages.re / 10 juillet 2013

Après le premier rapport sur le texte d’orientation "Ravivons l’espoir", présenté par Fabrice Hoarau, Manuel Marchal a donné lecture d’un rapport complémentaire dont voici le contenu :

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En 1968, sur la base de son analyse, le PCR a choisi une position qui n’était pas celle de la plupart des Partis communistes vis à vis de la répression du Printemps de Prague.

Malgré toute la répression qu’il subissait, le Parti communiste réunionnais n’a pas centré sa réflexion uniquement sur La Réunion. Il a apporté sa contribution à la solidarité avec les peuples en lutte, en fonction de sa propre analyse. Cette analyse était influencée par le fait que le PCR est un parti réunionnais.

À la fin des années 1950, le mouvement de décolonisation s’accélère, tout comme la répression qui s’abat sur les communistes. Il fallait prendre acte que l’analyse des communistes réunionnais n’était pas celle des Français. Car malgré la loi du 19 mars 1946, La Réunion était toujours dans une situation coloniale. C’est pourquoi le peuple réunionnais avait besoin d’une organisation capable d’être un pivot de la construction d’un Front de libération, comme il en existait en Algérie (FLN) ou au Vietnam (Vietminh).

Depuis ce 18 mai 1959, le PCR a la responsabilité de contribuer à la solidarité mondiale en s’appuyant sur sa propre analyse.

Choix de cibler sur le Vietnam

Au moment de la création du PCR, tous les pays voisins de La Réunion étaient des colonies, et l’Afrique du Sud était sous le régime d’apartheid. Dans le contexte de la décolonisation, le PCR allait soutenir d’emblée la lutte du FLN en Algérie. Moins d’un an après sa création, le PCR allait également s’engager résolument aux côtés de l’ANC. Après le massacre de Shaperville, les dirigeants de l’ANC décident de passer à la lutte armée, Nelson Mandela part s’entraîner en Algérie et c’est là bas qu’il y rencontre un Réunionnais, Jacques Vergès, qui sera le premier à permettre aux Sud-Africains d’avoir des armes pour répondre aux attaques du régime d’Apartheid. Ce soutien n’a pas été oublié par les Sud-Africains.

Sur le plan international, les causes à défendre ne manquaient pas. C’est pourtant sur l’une d’entre elles que le PCR allait décider de concentrer son action : le Vietnam.

A La Réunion, ce choix aidait à la prise de conscience. Car c’est au Vietnam que se jouait une bataille essentielle contre les Etats-Unis, le bras armé du modèle dominant. Les Vietnamiens montraient qu’il était possible de résister et de faire reculer ce modèle grâce au sacrifice, et aussi par l’idéologie.

Choix assumé devant le monde

Pour le PCR, cibler sur le Vietnam avait un autre atout : rassembler un mouvement communiste qui connaissait déjà des divisions : les Partis de Chine, de Cuba, du Japon, de Yougoslavie, de Corée et de Roumanie étaient absents. Rassembler était l’argument du PCR à la conférence de Budapest du 26 février au 1er mars 1968.

La position dominante, c’était de centrer les débats sur la cohérence et l’unité d’action des Partis communistes et des organisations ouvrières.

Le PCR a argumenté une autre position, manifestement inspirée par sa propre expérience : « l’organisation de la lutte à l’échelle internationale pour le soutien et la victoire du peuple vietnamien et la coordination de l’action des partis communistes ». Car « c’est un problème sur lequel l’unité peut se réaliser, doit se réaliser. C’est un problème sur lequel le devoir de chaque parti communiste est clair ». Le communiqué final de la conférence a fixé un autre ordre du jour.

Sur la base de son analyse, le PCR a refusé de voter ce texte.

Dans le prolongement de cette analyse, le PCR a désapprouvé la répression du Printemps de Prague et affirmé sa solidarité avec le peuple tchécoslovaque et son parti communiste. C’est ce que dit clairement la résolution du 26 août 1968, votée par le Comité central du PCR, et intitulée "L’intervention armée en Tchécoslovaquie est une tragique erreur".

Ses prises de position ont permis au PCR d’être une organisation respectée et considérée au niveau international. L’illustration la plus récente de cet acquis, c’est notre invitation au centenaire de l’ANC. Aucun parti européen n’était là, mais le PCR oui. Pourquoi ? Ainsi, le Parti communiste réunionnais était une des références dans la lutte pour la décolonisation. Même Albert Ramassamy le reconnaît dans un courrier des lecteurs publié le 27 juin dans le "JIR" et le "Quotidien".

L’émergence des anciens colonisés

Les luttes de libération des peuples colonisés ont changé la face du monde. En une cinquantaine d’années, cinq siècles de domination européenne se sont terminés. Se dessinent alors les nouveaux équilibres de demain, avec des puissances asiatiques qui reprennent la place qui était la leur avant la colonisation du monde par les Européens.

Le changement a été rapide, il n’a pas été anticipé et suivi par les Européens. C’est aujourd’hui ce continent qui est en crise. Ses dirigeants n’arrivent pas à construire un modèle qui tourne la page de 5 siècles de colonisation.

C’est pourquoi l’Europe se replie sur elle-même. Même les partis progressistes européens sont sur cette ligne. Cette démarche repose sur un espoir : en entravant les produits des pays émergents de concurrencer les créations domestiques, il serait possible de revenir à l’époque des 30 Glorieuses.

Voilà pourquoi l’Europe est destinée à devenir une banlieue d’un monde qui a changé de centre et d’échelle.

C’est en effet l’océan Pacifique et l’océan Indien qui sont les nouveaux liens entre les puissances économiques dominantes du siècle qui a commencé.

Un modèle intenable

Les émergents ont une priorité : sortir chaque année des dizaines de millions de personnes de la pauvreté. Pour cela, ils utilisent l’économie de marché. Ils s’appuient sur la croissance, et cherchent à ce que ses fruits soient les mieux répartis. Cela ne va pas sans avoir des conséquences inhérentes au système capitaliste tel que la corruption ou la persistance des inégalités.

L’extension du modèle de développement occidental à des centaines de millions de personnes de plus en quelques années fait éclater toutes les limites de ce système. Car son empreinte sur l’environnement le rend intenable à long terme, et inextensible à tous les humains. C’est pourquoi le développement durable ne pourra se faire que grâce au dépassement de ce modèle.

La Réunion et son environnement

Aujourd’hui, La Réunion compte 850.000 habitants. Elle en comptera 1 million dans 25 ans. La hausse de la population de La Réunion met notre pays en phase avec la question fondamentale qui est posée à la planète. Comment réussir à vivre ensemble à 9 milliards en 2050 alors que cela est déjà très difficile à 7 milliards aujourd’hui ?

Si La Réunion est considérée dans son environnement régional, notre île sera dans la partie du monde où la croissance démographique sera la plus rapide. Nous sommes au cœur de ce monde qui s’éveille et qui envisage lui aussi l’économie de marché pour lutter contre la pauvreté. C’est le projet de l’union douanière des pays du COMESA, et la marche vers une monnaie unique qui ne sera pas l’euro.

Plus proches que la France, les deux pays les plus peuplés du monde sont la Chine et l’Inde. Ils représenteront 3 milliards d’habitants.

Quant à Madagascar, elle aura en 2050 une population équivalente à celle de la France à la veille de ces 30 Glorieuses, soit 40 millions d’habitants.

Tous ces changements se feront près de nous, ce qui amène à faire de la relation avec les pays voisins une priorité essentielle.

Le changement climatique

Le Mur de Berlin est tombé en 1989, la décolonisation n’est plus au centre des préoccupations. Malgré cela, le PCR est resté en pointe dans la solidarité avec les peuples en lutte. La nature du combat a changé, car c’est sur la lutte contre le changement climatique que se concentrent les efforts. C’est en effet un moyen d’éveiller la prise de conscience que nous devons dépasser le modèle dominant qui nous mène droit à la catastrophe générale.

Au même titre que le Vietnam favorisait la prise de conscience des méfaits de l’impérialisme et de la nécessité de le combattre, le changement climatique peut jouer le même rôle pour rappeler que nous devons dépasser le modèle dominant qui nous mène droit à la catastrophe générale.

Le modèle déjà dans l’impasse

La Révolution industrielle de l’Occident s’est construite sur l’utilisation massive du charbon puis du pétrole. Ces énergies étaient bon marché pour les puissances coloniales, car les producteurs étaient durement exploités. Au fur et à mesure, le pétrole et le gaz ont gagné sur le charbon.

Mais aujourd’hui, ce modèle arrive à ses limites. Il n’est pas capable de garantir à 6 milliards de personnes une vie décente, il en sera d’autant moins quand nous serons 9 milliards.

L’effet de serre

Depuis 1850, date approximative du début de la Révolution industrielle en Europe, le contenu de l’atmosphère a commencé à être modifié par les activités humaines.

Les conséquences nous concernent directement.

- le CO2 en excès dans la mer rend l’eau plus acide. Cela fragilise les coraux. La moitié sont déjà mal en point. S’ils meurent, plus rien ne protégera l’Ouest de La Réunion des assauts de l’océan.

- le CO2 dans l’atmosphère crée un effet de serre. Il réchauffe la température moyenne de la planète. Les glaciers fondent et le niveau de la mer monte. Si nous vivons encore 10 ans, nous serons les premiers hommes à vivre sur une Terre où la banquise n’existera plus en été au Pôle Nord.

L’adaptation

L’urgence, c’est de faire face aux effets de ces phénomènes. C’est la prise de conscience que cela doit être le chantier du siècle. La ville de New York a chiffré les investissements pour être à l’abri d’un nouveau cyclone : 20 milliards de dollars. Cette somme colossale n’est rien à côté de la catastrophe vécue par des peuples qui voient leur pays disparaître à cause de la montée du niveau de l’océan.

Jamais l’humanité n’a eu à faire face à un tel défi et en si peu de temps. Car tout doit être réglé en quelques décennies.

L’atténuation

L’objectif est de maintenir la hausse de la température moyenne de la Terre en dessous de 2 degrés par rapport à 1850.

Cela impose la recherche de substituts au pétrole et au charbon, en évitant le nucléaire. Cela signifie un changement total dans la production d’énergie. Car les énergies renouvelables rendent possibles la décentralisation, chacun peut produire et donc c’est l’amorce d’une prise de contrôle citoyenne d’un secteur jusqu’à présent dominé par des grands groupes.

C’est aussi la chasse aux gaspillages, et donc la promotion d’une économie du recyclage créatrice de nouveaux emplois.

De nouvelles solidarités

La lutte contre le changement climatique ne peut que favoriser l’union sur l’essentiel : la survie.

Une contribution réunionnaise : l’autonomie énergétique

À partir de 1998 et jusqu’en 2010, la Région Réunion est dirigée par Paul Vergès. Cela permet le lancement de la couverture des maisons par des chauffe-eau solaires. Plus de 100.000 foyers sont aujourd’hui équipés.

L’axe de la bataille, c’est d’aller vers l’autonomie énergétique à partir des énergies renouvelables. L’échéance est fixée à 2025 pour La Réunion, 2050 pour les îles présentes à la conférence sur climat et biodiversité organisée en juin 2008 à Saint-Denis.

Des chantiers sont mis en place comme le tram-train, des expérimentations sont lancées. Ils identifient La Réunion comme un pays en pointe, un ministre de l’Écologie allant jusqu’à dire que notre île à « un siècle d’avance ».

Cette contribution réunionnaise à une cause mondiale avait pour but d’aider les pays dans la même situation que nous à chercher une solution à leurs problèmes d’énergie, tout en leur permettant de diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre.

En mars 2010, tout a été remis en cause par la frange la plus conservatrice de notre société. Il nous appartient de relancer ces projets au plus tôt, pour nous et pour le monde.

Tout pour le climat

Parce qu’il est le seul moyen d’obliger le système actuel à se dépasser pour réduire les injustices, l’accent doit donc être mis sur le changement climatique.

Cela passe en particulier par la solidarité avec les victimes de ses effets. Une victime, c’est aujourd’hui une personne qui subit les conséquences d’actions commises il y a des décennies dans un pays éloigné de milliers de kilomètres du sien. La responsabilité historique de cette situation incombe aux pays européens et d’Amérique du Nord. L’arrivée de pays émergents dans l’industrialisation va encore accélérer le phénomène, et donc multiplier les victimes.

C’est là que doit être mis en application le principe de la responsabilité commune et différenciée. Les pollueurs historiques ont une richesse par habitant plus importante que les autres, ils peuvent plus facilement œuvrer pour la solidarité avec les victimes en les dédommageant et en leur fournissant des moyens pour s’adapter et pour produire de l’énergie sans avoir besoin de charbon, de pétrole ou de nucléaire.

Quant à nous, nous pouvons œuvrer dans au moins deux voies :

- amplifier la parole de ces victimes, qui pour la plupart habitent des îles ou des littoraux comme nous, et qui ont comme autre point commun avec nous d’avoir été colonisés.

- donner les moyens de résister grâce au transfert de la technologie que nous arrivons à maîtriser.

Dans la lutte décisive que les peuples mènent aujourd’hui pour leur survie, le PCR continuera à agir pour favoriser l’union sur l’essentiel. Ainsi, il restera pour toujours un Parti Réunionnais.

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Manuel Marchal lors de la communication du rapport complémentaire au texte d’orientation du 8e Congrès.
(photo Toniox)


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