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Un pouvoir d’achat constamment en berne

A 8 jours des élections municipales

Céline Tabou / 15 mars 2014

Les élections municipales sont le moment où les problèmes de la société rejaillissent. Pour autant, ces problèmes restent très souvent non résolus, faute de volonté politique. Depuis des décennies, les réunionnais protestent contre la cherté de la vie, jusqu’à atteindre un point d’exaspération, en mars 2009.

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Un an après les municipales de 2008, les Réunionnais sont descendus dans la rue et ont obtenu le RSTA et la prime COSPAR. Aujourd’hui, la situation sociale est encore plus grave qu’en 2008, tandis que RSTA et COSPAR ont été supprimés.

A cette époque se créé le Collectif des organisations syndicales et politiques de La Réunion (COSPAR), dont l’une des principales revendications étaient le pouvoir d’achat. Un an après les élections municipales de 2008, le collectif, par la voix de Gilles Leperlier, président du syndicat étudiant Unef Réunion, avait appelé tous « ceux qui en ont marre de la vie chère et de la baisse de leur pouvoir d’achat », à « continuer à nous rencontrer, réfléchir ensemble et nous mobiliser toujours plus ».

Ce 5 mars 2009, « la lutte de tous les Réunionnais pour un avenir meilleur » était applaudie et acté par tous les élus. Un mandat municipal plus tard, la situation s’est aggravée.

Des prix qui grimpent

En dépit de la volonté du collectif à mettre fin à la cherté de la vie ("Vie chère, arèt ek !"), la situation est restée la même. En effet, après les mobilisations du COSPAR, l’Etat décide de geler les prix des carburants et du gaz durant six mois. L’objectif est d’apaiser le mécontentement et tenter de résoudre les problèmes par des Etats Généraux de l’Outremer ou encore le Conseil Interministériel de l’Outre-mer (CIOM). Aucun de ces grands rendez-vous n’ont abouti à de réelles solutions pour le porte-monnaie des réunionnais.

Pire, entre 2009 et 2014, la consommation des ménages a considérablement diminué, passant de -0.8% en février 2009 à -1,5% en février 2014. L’Institut national de la Statistiques et des Etudes Economiques (INSEE) explique dans sa récente note sur l’indice mensuel des prix à la consommation des ménages que « les prix augmentent de 0,9% à La Réunion », cela au cours des douze derniers mois. L’augmentation la plus significative au cours du dernier mandat est l’alimentation. Principal poste de dépense des ménages, le taux calculé sur l’année est passé de 1,1% en 2009 à 2,2% en 2014. Une hausse des prix alimentaires qui s’observe sur les autres années, +0,1% en 2010, +1,7% en 2011, +0,6% en 2012 et +4,5% en 2013. (Donnée INSEE).

Des revenus inchangés

En dépit de cette hausse significative des prix, notamment dans l’alimentation, les revenus sont restés les mêmes, pour certains, ils ont diminués en raison de la crise. Après les mobilisations du COSPAR, le gouvernement de droite de Nicolas Sarkozy décide de mettre en place le Bonus COSPAR (accord régional interprofessionnel qui prévoit l’attribution d’un bonus dont le montant est déterminé selon une grille des salaires) et le Revenu de Solidarité Temporaire d’Activité (RSTA).

Deux dispositifs destinés à aider et soutenir les travailleurs pauvres. Ces deux compléments de revenu devaient être pérennisés par la suite, mais au lieu de cela, le gouvernement socialiste de François Hollande décide de supprimer le RSTA et le bonus COSPAR. Ce sont alors plus de 40.000 Réunionnais qui perdent près de 150 euros de pouvoir d’achat.

D’ailleurs, le contexte économique de plus en plus dégradé, oblige près de 240.000 Réunionnais (INSEE. Bilan économique de 2012) à dépendre des minimas sociaux. De plus, selon le Bilan économique 2012 de l’INSEE, « depuis 2010, le nombre d’allocataires de minima sociaux a augmenté de 7,8% ». Cette situation met en exergue les 343.000 Réunionnais vivant sous le seuil national de pauvreté, auxquels s’ajoutent les 25.000 en attente d’un logement.

Les inégalités de revenus, le contexte social pénalisant et le marché du travail bouché et déséquilibré, fait de La Réunion, un département est jugée « hors norme » par l’INSEE. D’autant qu’en 2008, 20% les plus riches de La Réunion concentrent 47% des ressources contre 20% les plus pauvres qui se partageant 7% du total des ressources. Comme l’a expliqué le sénateur Paul Vergès, le 26 février, au Sénat, « le rapport inter-déciles des niveaux de vie est de 5,2 à La Réunion contre 3,3 en en France métropolitaine ». Aujourd’hui, la situation s’est aggravée et les solutions peinent à se mettre en place.

Des conséquences généralisées

Les prix fixés à La Réunion ne sont accessibles qu’à certaines catégories professionnelles, rendant impossible pour près de la moitié de la population de mieux consommer. Cette mauvaise consommation entraine des troubles médicaux, dont le diabète, le surpoids et les problèmes cardiaques.

A cela s’ajoute, les récentes propositions de loi comme l’ accord national interprofessionnel (ANI), permettant aux employeurs de diminuer les salaires, où encore le débat sur l’allocation chômage et sa possible réduction.

Ces problématiques de prix, de logement et de santé, par exemple, découlent d’une inégalité de revenu, existante depuis la fin du statut colonial à La Réunion. L’île subit une crise conjoncturelle sans précédent, mais aussi une crise structurelle découlant des mesures mises en place depuis la fin du statut colonial de La Réunion.

La structure même de la société réunionnaise est inégalitaire, notamment dans les domaines de l’emploi, le logement, l’accès à la santé et les revenus, créant ainsi une tension sociale, qui pourrait - si les élus et notamment les prochains maires n’agissent pas auprès de l’Etat - exploser.

C’est dans un tel contexte que les élections municipales sont l’occasion pour les Réunionnais d’élire des listes progressistes, désireuses de changer le système actuel et d’inciter le gouvernement à prendre conscience des spécifiés et des atouts de La Réunion. Aux Réunionnais donc de décider le 23 mars prochain. Soit pour des élus cautionnant le système appauvrissant les plus démunis ou des élus souhaitant le changement.

 Céline Tabou  



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  • La pauvreté, le coût des marchandises, l’illettrisme, le chômage sont des éléments fabriqués par les oligarchies : 1) économique, 2) politique, 3) médiatique.
    Leurs outils : la disparité des salaires, les importations, les monopoles, la grande distribution et l’octroi de mer.
    Tant qu’il n’y aura pas de volonté politique à s’attaquer à ces causes, non à ces effets, rien ne changera fondamentalement.
    La balle est dans le camp des élus réunionnais, pas des parisiens.

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