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Un prêt de 500 millions d’euros à taux variable

Au moment où les taux d’intérêt s’apprêtent à flamber

Manuel Marchal / 8 décembre 2011

À l’heure où la confiance fuit les emprunts publics, le président de la Région décide d’endetter les Réunionnais de 500 millions d’euros, avec un taux variable. Il faudra donc rendre au moins 1,7 milliard d’euros.

Il ne se passe pas une journée sans que les medias du monde ne parlent des graves conséquences de la crise de la dette des États européens. En France, le gouvernement vit sous la menace permanente des agences de notations. Sarkozy a beau être le président du G8 et du G20, il a capitulé face aux exigences de l’Allemagne et il a accepté une mise sous tutelle du budget de la France.
À Paris, le procès en responsabilité a commencé. L’ancien ministre Alain Lambert fustige un pouvoir central piètre gestionnaire tandis que le Premier ministre n’est pas loin de comparer les collectivités territoriales à des danseuses de la République (voir encadré).
Ce climat de crise a de lourdes conséquences, les collectivités ont de plus en plus de difficulté à emprunter à un taux raisonnable, car la crise de la dette des États fait monter la spéculation. Plusieurs pays sont qualifiés comme à risque, et la France est clairement dans le collimateur.

40 ans pour rembourser

C’est ce moment que choisit Didier Robert pour aller à Paris quémander un prêt de 500 millions d’euros à la Caisse des dépôts et consignations. Selon le "JIR", c’est un prêt à 3,25% révisable. Un « taux d’ami » dit notre confrère. Voilà qui n’est pas sans rappeler le qualificatif de « redoutable négociateur » attribué à Didier Robert par François Fillon. Le Premier ministre savourait cyniquement le soulagement de l’État qui avait pu se débarrasser de la clause de réactualisation de sa participation au financement de la future route du littoral en cas de surcoût.
Face à l’effondrement de la confiance envers la dette publique des pays européens, personne ne peut croire que les taux d’intérêt vont diminuer. C’est donc au moins 3,25% par an qui s’ajouteront aux 500 millions d’euros.
La somme à rembourser est donc considérable : 1,7 milliard d’euros. C’est un endettement sur plusieurs générations.

Qui va payer ?

C’est à se demander si la direction de la Région Réunion vit sur une autre planète, ou si son objectif est d’empêcher La Réunion de se redresser après la démolition des grands chantiers. Car après la casse du BTP, c’est une charge insupportable pour aujourd’hui et pour les générations futures que la Région inflige. En effet, comment la collectivité va-t-elle pouvoir rembourser sans sacrifier les investissements ? Quelle sera la situation dans 40 ans ?
En deux ans, Sarkozy a réussi à ruiner la France. En moins de temps, avec Didier Robert à sa tête, la Région est o ki.

M.M.

Le Premier ministre menace les collectivités jugées trop dépensières

Dans "Acteurs publics", un aperçu de l’offensive menée par le gouvernement contre les dépenses des collectivités locales :

« Si nous ne parvenions pas à convaincre, nous serions immanquablement amenés à agir sur les transferts financiers de l’État vers les collectivités territoriales… » En lançant cette petite phrase-choc, qui ne figurait pourtant pas dans le texte de son discours prononcé en clôture du séminaire gouvernemental sur la Révision générale des politiques publiques (RGPP), le 29 novembre à Bercy, François Fillon a clairement pointé du doigt les collectivités, coupables selon lui de recruter quelque 40.000 personnes par an quand l’État se serre la ceinture. « Il faut que toutes les collectivités adoptent une démarche aussi rigoureuse que celle de l’État dans leur gestion et la maîtrise de leurs effectifs, qu’elle porte le nom de RGPP ou un autre », a martelé le Premier ministre. Certes, la Constitution ne permet pas au gouvernement de contraindre les collectivités à limiter leurs recrutements. Reste la menace financière…

« L’État est prêt à apporter son aide méthodologique à toutes les collectivités locales qui seront volontaires », a encore déclaré François Fillon. Précisant :« Nous venons de les inviter à la transparence en rendant systématique pour les régions, les départements et les communes de plus de 50.000 habitants la publication d’un rapport sur l’évolution de leurs dépenses. Je demanderai aux inspections générales des Finances et de l’Administration d’assurer un suivi précis de cette mesure ».

Plus tôt dans la journée, déjà, la ministre du Budget Valérie Pécresse avait déclaré lors de son intervention au séminaire : « la réforme du service public ne peut pas s’arrêter aux portes des collectivités locales, qui représentent 230 milliards d’euros de dépenses ». Et appelé à une « révision générale des politiques locales ».


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