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Un projet alternatif reposant sur davantage de responsabilité

Synthèses des huit ateliers des États-généraux

Témoignages.re / 30 juillet 2009

Voici résumées les différentes interventions des présidents ou rapporteurs d’ateliers hier à la Préfecture lors de la présentation du document de synthèse des États-généraux à La Réunion. Un document qualifié par le préfet Girot de Langlade d’« espoir pour tirer La Réunion vers le haut ». Les propositions convergent vers la nécessité de rompre avec le modèle actuel et de construire une alternative qui s’appuie sur la responsabilité des Réunionnais.

• "Formation des prix, circuit de distribution et pouvoir d’achat"

Restaurer la confiance des consommateurs

Jean-Yves Rochoux, président de l’atelier "Formation des prix, circuit de distribution et pouvoir d’achat", évoque tout d’abord la nécessité de restaurer la confiance de la population envers les différents acteurs de la distribution. Afin de créer les conditions pour faire disparaître ce sentiment de « défiance », l’atelier propose la création d’une brigade locale de l’Autorité de la Concurrence, ainsi que le renforcement de la Direction locale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes et « la réactivation sensible de l’Observatoire des prix et des revenus », indique le document.
La synthèse de l’atelier propose également une mesure pour renforcer le pouvoir des consommateurs. Il s’agit de créer un Conseil régional de consommation regroupant les différentes associations afin qu’elles puissent mutualiser leurs moyens.
La question du pouvoir d’achat a aussi été évoquée.


• "Les productions locales, les conditions d’un développement endogène"

Exploiter tout le savoir-faire réunionnais

Jean-Pierre Avril et Maurice Cérisola ont tout d’abord souligné la volonté fortement exprimée de produire localement. Le document de synthèse précise la nécessité de « rompre avec l’image "100.000 chômeurs, 100.000 illettrés, 100.000 containers" ».
Les propositions formulées visent à responsabiliser l’ensemble des acteurs. Cela passe par exemple par l’exploitation de savoir-faire réunionnais insuffisamment mis en valeur, revoir rapidement le Code des marchés publics, créer un fonds de financement pour les TPE-PME, adapter la défiscalisation à nos enjeux, passer d’une politique agricole à une politique alimentaire pour garantir la sécurité alimentaire.


• "Les grands projets structurants, les conditions du développement durable"

Des milliers d’emplois dans les énergies renouvelables

Philippe Berne, président de l’atelier, insiste d’abord sur la nécessité d’un "Plan Marshall" pour le logement social (voir page 5), puis sur l’importance de prévoir des projets adaptés à notre environnement insulaire concernant la gestion de l’eau et de l’assainissement.
Concernant l’autonomie énergétique, celle-ci s’appuie sur le PRERURE qui prévoit qu’en 2025, La Réunion puisse couvrir toute sa consommation à partir d’un mix énergétique composé d’énergies renouvelables. Philippe Berne rappelle que cette orientation est liée à l’emploi, et qu’elle a déjà donné des résultats positifs.
Des milliers d’emplois peuvent être créés grâce à l’application de l’autonomie énergétique sous plusieurs conditions :
• Tout d’abord la maîtrise du Plan pluriannuel d’investissement où il ne faudrait plus raisonner en termes de construction de centrales thermiques pour faire face à l’augmentation de la consommation, mais plutôt en termes de maîtrise de la demande et de recours exclusif aux énergies renouvelables.
• Ensuite, adosser au PRERURE l’outil GERRI qui ajoute des approches nouvelles au niveau des transports.
• Créer des indicateurs pour évaluer les politiques.
• Le phasage des grands chantiers.


• "La rénovation du dialogue social, la formation professionnelle"

Davantage de cadres réunionnais à La Réunion

Dans la présentation de la synthèse de l’atelier, il est tout d’abord préconisé de mieux anticiper les besoins en main d’œuvre avec la généralisation de la GPEC (Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences). Ensuite est évoquée la mobilité vers des régions du monde en manque de travailleurs si la pénurie d’emploi persiste à La Réunion. L’atelier propose également une solidarité entre les générations pour lutter contre le chômage des jeunes, c’est-à-dire un dispositif équivalent au congé-solidarité.
Pour que la part des Réunionnais dans les postes d’encadrement soit plus importante, l’atelier souhaite la création d’une antenne de l’APEC (Agence pour l’emploi des cadres) à La Réunion. Il s’agit aussi d’en finir avec les situations de sortie du système éducatif de jeunes réunionnais sans qualification, mais aussi sans savoir-être.
Enfin, l’atelier 4 propose la création d’une structure de dialogue social, le renforcement de la représentativité dans les entreprises de moins de six salariés et la préparation de l’application de l’extension des conventions collectives nationales.


• "La gouvernance, les évolutions institutionnelles locales, l’adaptation des administrations centrales

Expérimentation et adaptation

Pas d’évolution institutionnelle, mais pas de statu quo, c’est une des conclusions de l’atelier 5 des États-généraux à La Réunion. Présentée par Michel Tamaya et Fabienne Couapel, la synthèse affirme une évolution différenciée entre les DOM. 
Pour La Réunion sont proposées des réformes pour plus de compétences et de responsabilités dans un cadre institutionnel précis, explique Michel Tamaya. Les références sont l’alinéa 4 de l’Article 72 de la Constitution et l’Article 73. Dans l’esprit de l’article 299-2 du Traité européen qui a créé les Régions ultrapériphériques dont fait partie La Réunion, l’objectif est d’aller vers l’expérimentation et l’adaptation, sans possibilité de créer des lois.
Cet accroissement des responsabilités locales s’accompagnerait d’un plus grand pouvoir du préfet, précise Fabienne Couapel, et de la Chambre régionale des comptes.
Michel Tamaya souligne un accord unanime pour la réforme des collectivités locales. Est aussi demandée la possibilité d’avoir un calendrier différent de celui de la réforme qui aura lieu en France.


• "L’insertion des Départements d’Outre-mer dans leur environnement régional"

« Occasion exceptionnelle et historique »

Les propositions de l’atelier 6 des États-généraux partent d’un constat, la difficulté de cerner l’image de La Réunion depuis l’extérieur. Par ailleurs, si la France et l’Europe ont une place importante dans la région, cela est remis en cause par l’émergence de puissances régionales et l’intérêt que notre région suscite pour des pays émergents comme l’Inde ou la Chine, et pour les États-Unis.
Dans ce contexte, La Réunion doit promouvoir un nouveau projet plus endogène et ouvert sur le co-développement avec l’extérieur.
Abdéali Goulamaly, président de l’atelier, note qu’« aujourd’hui, nous avons une occasion exceptionnelle de nous ouvrir vers ceux que nous connaissons et qui nous connaissent ». D’où plusieurs propositions, comme la mise en œuvre d’une plate-forme de coopération régionale, la désignation de la Région comme chef de file, l’installation à La Réunion d’une délégation de l’Union Européenne ayant compétence dans la région, et la représentation de La Réunion auprès des pays partenaires.


• "L’égalité des chances, la promotion de la diversité, l’insertion des jeunes"

Renforcer l’économie sociale et solidaire

Quelques propositions évoquées hier brièvement :

- plus d’illettrés dès le collège,

- expérimenter la mobilité,

- des personnes-relais afin de faciliter l’accès des personnes handicapées aux services publics,

- les associations jouent le rôle d’amortisseur social, donc l’économie sociale et solidaire doit être reconnue et soutenue.


• "L’identité, la culture et la mémoire"

« Refonte totale du système d’enseignement »

Jean-Claude Carpanin-Marimoutou commence la présentation en soulignant qu’il faudra passer par « une rupture des mentalités si nous voulons aboutir à la responsabilisation ».

- Première proposition : « la refonte totale du système d’enseignement avec une meilleure prise en compte de la langue maternelle : le créole réunionnais ». Pour cela, l’enseignement doit être bilingue créole-français dès la langue maternelle. Jean-Claude Carpanin-Marimoutou explique que les meilleurs résultats des évaluations en CE1 ont été obtenus par des régions où l’enseignement est bilingue : Hautes-Pyrénées (occitan-français) et Corse (corse-français).
Cette transformation signifie un changement de la formation des enseignants, intégrant la langue créole et la culture réunionnaise. La synthèse insiste également sur la « nécessaire formation » de tout fonctionnaire muté dans notre île, ou de toute personne ayant un projet d’installation en profession libérale à La Réunion, à la culture réunionnaise et de l’océan Indien, et à la langue créole.

- L’atelier 8 des États-généraux plaide également pour la reconnaissance du patrimoine matériel et immatériel de La Réunion, ainsi que sur la nécessité d’une prise en compte des savoirs et pratiques vernaculaires afin que les acquis de la tradition réunionnaise soient aussi des leviers du développement.
Jean-Claude Carpanin-Marimoutou souligne aussi l’importance d’une meilleure accessibilité aux archives, avec la numérisation de tout ce qui concerne La Réunion, que le document se situe à La Réunion ou ailleurs.

- Sur le plan des médias, l’atelier 8 des États-généraux propose que les services publics de radio et de télévision « fassent de vrais sujets » diffusés aux heures de grande écoute sur les cultures et civilisations qui ont composé La Réunion.

- L’atelier 8 préconise également la création d’une Maison des artistes, du 1% artistique et de plusieurs mesures pour lutter contre la précarité des revenus des artistes à La Réunion.

- Un autre volet des propositions concerne les relations avec les pays de notre environnement régional. Il s’agit de faire à l’Université de La Réunion un pôle d’excellence sur la culture des pays de l’océan Indien et des pays d’origine des immigrés qui ont construit notre pays. Cela contribuerait à faire de l’Université de La Réunion la référence internationale dans ce domaine.
Il est aussi question de l’extension des procédures ERASMUS aux pays de la région et aux pays d’origine du peuplement de notre île afin, d’une part, d’accueillir plus facilement des étudiants d’ailleurs et, d’autre part, de permettre à des étudiants réunionnais d’accéder à des universités ayant une qualité d’enseignement et de recherche égale aux plus prestigieux centres universitaires des États-Unis.
Cette ouverture passe par de nouvelles procédures dans la délivrance de visas afin de faciliter la libre-circulation à La Réunion des artistes et des étudiants venus des pays de notre région.


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