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Un rapport du Sénat prévoit 50% de hausse des factures d’électricité

À cause des coûts cachés du nucléaire et des habitudes de consommation

Témoignages.re / 19 juillet 2012

La facture d’électricité pourrait continuer à augmenter beaucoup plus vite que les revenus à cause du coût du démantèlement des centrales nucléaires arrivés en fin de vie et du retard pris dans les investissements pour les énergies renouvelables. Selon un rapport du Sénat, le montant moyen de la facture annuelle pourrait passer de 874 euros à 1.307 euros. Voici les principaux éléments de ce document, selon "Public Sénat" :

« La France consomme davantage d’électricité que l’Allemagne », indique Jean Desessard, rapporteur écologiste de la commission d’enquête. C’est pourquoi, en dépit du très faible coût moyen du KWh par an en France, les factures EDF restent les plus élevées d’Europe, 874 euros en moyenne en 2011.

Et les prévisions sont inquiétantes : si les comportements restent inchangés d’ici à 2020, la facture moyenne par foyer pourrait atteindre 1.307 euros. Coûts cachés du nucléaire, faiblesse des énergies renouvelables, consommation excessive et déficit de performance énergétique des logements, les éléments sont nombreux pour expliquer cette hausse.

Une boulimie énergétique

La plus grande part de cette facture est due au « tout électrique ». Logements chauffés à l’électricité, plaques de cuisson électriques, autant d’équipements autrefois révolutionnaires et économiques qui, aujourd’hui, entament lourdement le budget des ménages. Des appareils qui « pourraient être remplacés par des dispositifs fonctionnant au gaz par exemple », indique le président de la Commission, l’UMP Ladislas Poniatowski.

Mais les sénateurs constatent également un accroissement fort de la consommation « d’électricité spécifique ». Ce terme désigne les appareils ne pouvant fonctionner qu’à l’électricité, comme les ordinateurs, les réfrigérateurs ou la télévision. Pour pallier à cette boulimie énergétique, le seul moyen est de se mettre au régime. Autre point de dépenses sur lequel les sénateurs recommandent d’agir : la performance énergétique des bâtiments.

Les coûts cachés du nucléaire

Le rapport pointe aussi du doigt les « incertitudes des coûts » liées à la filière nucléaire. Réputées pour générer de l’énergie à un coût très concurrentiel, les centrales cachent bien des frais qu’il va pourtant falloir assumer.
Démantèlement des vieilles centrales (1,5 milliard/an), assurance risque (4 milliards/an), investissements nécessaires et provisions pour le renouvellement du parc (72,9 milliards d’euros en tout, selon la Cour des comptes). « Des coûts en hausse durable », indique le rapport, qui sont mal évalués, parfois inchiffrables, et qui pourraient considérablement saler la facture s’ils étaient entièrement répercutés. Ceci étant, les sénateurs se sont refusés à faire le total pour ne pas « rajouter des incertitudes aux incertitudes », explique le rapporteur Jean Desessard.

De plus, les réacteurs de troisième génération dit EPR, dont l’un est en construction sur le site de Flamanville, seront eux aussi responsables d’une augmentation des coûts de production. « Normal », assure le rapport, qui précise que c’est le lot des « têtes de série ».
Malgré tout, les sénateurs reconnaissent que cette filière reste « historiquement la plus compétitive ». Pour autant, ils ont refusé d’inclure dans le rapport le sujet de l’avenir du nucléaire. Trop politique sans doute : « personne n’aurait voté », reconnait Ladislas Poniatowski. Ce dernier a préféré un rapport voté par tous — exception faite de la sénatrice communiste — quitte à évacuer les sujets sensibles en annexe.


Et le renouvelable ?

Eolien, solaire, biomasse… Des solutions existent, mais elles sont très inégales. Selon la commission, l’éolien terrestre est « d’ores et déjà mature et compétitif par rapport à la plupart des énergies non renouvelables ». Mais le parc français, s’il se développe, ne représente que 2% de la production totale d’électricité dans l’hexagone. Ajoutée aux 11% d’hydroélectricité, la part des énergies renouvelables dans la production française est encore 10 points en deçà des objectifs fixés à 23% pour 2020.


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