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Un signal fort envoyé à Nicolas Sarkozy

Majorité renforcée au Conseil général

Geoffroy Géraud-Legros / 29 mars 2011

Malgré plus d’une année d’activisme de l’UMP, les Réunionnais demeurent opposés à la politique de Nicolas Sarkozy.

Les résultats définitifs du scrutin cantonal sont porteurs d’un verdict sans appel : par-delà leurs étiquettes, les deux tiers des conseillers généraux affichent une opposition frontale à la politique menée par Nicolas Sarkozy. Un état du rapport de force qui emprunte les marques des résultats de l’élection présidentielle de 2007, lequel avait vu une large victoire de la candidate Ségolène Royal, face à Nicolas Sarkozy : avec un peu plus de 36 % des suffrages, La Réunion hissait très haut l’étendard du refus, face à la déferlante UMP dans le reste de la République.
Une tendance que le parti présidentiel n’a cessé de vouloir renverser au cours de ces trois dernières années, ne ménageant pas ses efforts pour remettre en ordre de bataille ses troupes locales, et leur donner une direction proprement sarkoziste.

Activisme du parti présidentiel

Ce fut d’abord, la promotion de Didier Robert après le putsch mené contre André Thien Ah Koon, auquel il devait pourtant toute sa progression sur l’échiquier politique. Ce furent, alors, de multiples séances de coaching, stages d’expression et cours de maintien financés par l’UMP, en vue de « formater » l’image du maire du Tampon selon les canons de la com’ "nouvelle droite" à la mode élyséenne. Ce fut, encore, l’appui de Paris aux multiples opérations de destructions menées par le nouveau poulain de la Sarkozie : arrêt brutal de la rocade du Tampon, puis, plus tard, suppression du Tram-train, de la nouvelle route du Littoral, de la géothermie, de la Maison des civilisations et de l’Unité réunionnaise.
Dans les institutions, la faction sarkoziste affirmait aussi des visées hégémoniques, qui atteignirent un point culminant avec la tentative de "coup d’Etat" menée contre Nassimah Dindar au mois de mars 2008 lors de l’élection de la présidence du Conseil général. La direction parisienne refusant d’assumer l’échec et de "couvrir" officiellement les putschistes, ces derniers se retranchèrent au sein du groupe "Objectif Réunion", d’où ils se fendirent d’une critique de forme envers leur hiérarchie centrale. Un groupe qui, après promotion de son animateur Didier Robert au bureau national de l’UMP, ne tarda pas à rentrer dans le rang.

Soutien au plus haut niveau

A l’approche des régionales, Paris mit le paquet : annulation des scrutins municipaux de Saint-Paul et de Saint-Louis, ainsi que des cantonales de Saint-Leu et du 6e canton de Saint-Denis ; interventions policières musclées contre des militants communistes, au cours desquels des coups de feu furent tirés par les forces de l’ordre sur le foyer de citoyens saint-louisiens ; harcèlement judiciaire systématique contre les élus communistes et le maire de Saint-Louis en particulier, avec en contrepartie évidente l’impunité assurée pour tous ceux qui, au sein de la droite réunionnaise, avaient fait le choix de rejoindre le camp des fidèles de Nicolas Sarkozy.
Ce dernier a d’ailleurs consacré presque entièrement sa visite dans notre île en 2009 aux fiefs de l’UMP, allant jusqu’à monter au Tampon inaugurer une forêt de palmiers. Depuis l’arrivée au pouvoir régional, il y a presque un an jour pour jour, d’une droite pourtant minoritaire dans les urnes, l’UMP n’a pas ménagé son soutien au nouveau président : les visites officielles se multiplient, les dignitaires du parti présidentiel viennent tenir meeting à Saint-Pierre et à Sainte-Marie aux frais du contribuable, l’argent et les contrats aidés pleuvent. Il faut dire que les sarkozistes d’ici font preuve de zèle, appliquant strictement la discipline de vote et de comportement exigée par Paris, apportant par exemple sans discuter leurs suffrages parlementaires aux lois anti-sociales sur les retraites et aux mesures de bannissement des Roms.

A l’horizon 2012 : la défaite de l’UMP

Enfin, la direction centrale de l’UMP garde plus que jamais l’œil sur ses sections réunionnaises : l’émissaire spécial de l’UMP Jean Simonetti campe presque à plein temps dans un hôtel de l’Ouest de notre île d’où, en accord avec les dirigeants de l’UMP locale et conjointement avec Didier Robert, il organise les troupes et dirige la bataille politique. C’est de cette étroite collaboration avec Paris qu’est issue la liste de "La Réunion en confiance", présentée par Didier Robert avec l’aval affirmé de la direction nationale du parti présidentiel. Sa défaite souligne le peu d’effet qu’a eu le forcing de l’UMP sur une population qui demeure hostile aux choix politiques arrêtés par l’Elysée. Didier Robert a beau tenter une pirouette, affirmant que, défait ou pas, son groupe reste le plus nombreux au Conseil général : tout semble indiquer que, malgré ces efforts dialectiques, Nicolas Sarkozy ne pourra pas compter sur La Réunion en 2012.

Geoffroy Géraud-Legros


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