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Une année très difficile en 2011

Après l’aggravation de 2010

Témoignages.re / 31 décembre 2010

2010 a vu une impressionnante aggravation de la crise. En Europe, plusieurs pays se sont vus imposer les plans d’ajustement structurel que le Fonds monétaire international (FMI) réservait habituellement au Tiers-Monde. En France, le gouvernement n’avait plus d’argent pour payer les fonctionnaires au mois de décembre. L’an prochain, il prévoit un gel des dotations des collectivités qui durera trois ans. A cause de ces décisions prises à Paris, l’année prochaine, les collectivités territoriales verront leurs difficultés s’aggraver, ce qui aura des répercussions pour la population.

Le Conseil constitutionnel vient de valider le budget 2011. C’est le premier d’une série d’au moins trois, qui s’inscrivent dans un plan d’austérité qui vise à réduire le déficit creusé par le gouvernement de 100 milliards d’euros en trois ans. Outre son contenu, ce budget se base sur un objectif de croissance de 2% pour la France, alors que les économistes du FMI et de l’OCDE tablent sur 1,6%, soit un écart de 20%. Or, c’est sur la base de cette croissance que le gouvernement entend engranger des recettes. Si les recettes manquent, alors le déficit grandit et peut conduire à des situations exceptionnelles.
C’est ce qui s’est passé lorsque le gouvernement a dû faire voter en catastrophe par le Parlement une avance sur le budget de 2011 : Paris n’avait plus d’argent pour payer les fonctionnaires. Voici un événement qui montre qu’en Europe, la crise ne cesse de progresser.

Un nouveau cadre en Europe

En 2010, plusieurs pays européens ont été mis sous pression. Le FMI est entré en jeu pour voler à leur secours. Mais en échange des prêts, les gouvernements font subir à leur peuple une cure d’austérité sans précédent, marquée par des baisses de salaires, des retraites, et une hausse des impôts. Les fameux plans d’ajustement structurels du FMI qui ont fait tant de ravages dans les pays en voie de développement sont maintenant appliqués dans plusieurs pays européens, et le résultat est le même : la crise s’aggrave.
Le FMI fait aux pays riches ce que subissaient jusqu’à présent uniquement les pays pauvres, c’est une des grandes nouveautés de 2010.
La Grèce a été la première à céder aux injonctions, puis est venu le tour de l’Irlande. Dans les deux cas, les plans d’austérité n’ont pas amélioré la situation. Mais ils servent désormais de cadre de référence pour les autres gouvernements.

L’austérité en France

C’est en brandissant le spectre de la crise grecque que le gouvernement a annoncé son plan d’austérité et il mettait aussitôt en œuvre la première grande mesure : la réforme des retraites.
Celle-ci s’inscrit dans ce plan d’austérité qui annonce d’ores et déjà la suppression de 16.000 postes dans l’Éducation nationale. Mais dans le contexte réunionnais, l’austérité concerne la majorité des flux financiers qui alimentent l’économie du pays. Du fait de la casse de l’industrie réunionnaise, les revenus versés dans notre île proviennent en grande partie des transferts financiers venus de France. Ce sont les salaires des fonctionnaires d’État, ce sont les dotations versées aux collectivités pour investir, ou pour compenser la gestion par ces dernières de prestations sociales qui étaient auparavant de la compétence de l’État. Ce sont les sommes versées au titre de la protection sociale, du remboursement des soins et des médicaments. Tous ces transferts pouvaient paraître comme des acquis inébranlables.
Ce n’est plus le cas. Depuis plusieurs années, le gouvernement a mis en place un système de réduction de la protection sociale. C’est le déremboursement des médicaments. Pour atteindre 100 milliards d’euros d’économie, Paris n’a pas fait mystère qu’il comptait réduire ses "dépenses d’intervention", c’est-à-dire le budget consacré à l’aide sociale. L’Outre-mer sera d’ailleurs concerné dès l’an prochain par une nette diminution de la subvention directe de l’État à la construction de logements sociaux.

L’impact sur les communes

L’austérité concerne aussi les collectivités. L’année prochaine, les dotations de l’État aux communes seront gelées, alors que la population continuera à augmenter. Dans la crise structurelle, les communes ont un rôle social essentiel. En sortant des projets, elles créent de l’activité qui débouche sur l’emploi. Elles sont également un maillon essentiel de la chaine de la solidarité. Elles tentent de suppléer aux errements de 60 ans de gouvernance parisienne en répondant aux demandes urgentes de la population, et celles-ci sont en augmentation avec la hausse du chômage. Malgré cela, le gouvernement décide de limiter leurs ressources financières. Car le gel des dotations s’accompagne de la fin de la taxe professionnelle. Alors que dans notre île, 52% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, et que le potentiel fiscal des communes est inférieur de moitié à celui de leurs homologues de France, les collectivités réunionnaises voient leur marge de manœuvre singulièrement réduite.
La déclinaison en France de l’austérité aura de très graves conséquences dans notre pays, 2011 sera une année difficile.

Manuel Marchal


Une réforme des retraites désastreuse pour La Réunion

Durant des mois, les travailleurs ont lutté pour faire reculer le gouvernement dans des manifestations sans précédent depuis 40 ans. Mais Paris a pu compter sur des parlementaires dociles, dont 4 élus de La Réunion, pour réussir son passage en force.
La mise en œuvre de cette réforme a des conséquences très importantes à La Réunion. Elle signifie que la majorité des Réunionnais devront vivre en dessous du seuil de pauvreté quand ils atteindront l’âge de la retraite. Car dans un contexte de pénurie d’emploi, le durcissement des conditions d’accès à une retraite décente rend impossible l’accès à ce droit pour la majorité des travailleurs. De plus, étant donné le recul de l’âge de départ à la retraite, les portes de l’emploi se ferment encore davantage pour les jeunes. Cela concourt à l’appauvrissement du pays.
C’est vraiment une réforme désastreuse pour La Réunion, mais malgré cela, quatre élus représentant notre île ont voté pour au Parlement. Ils ne se sont jamais expliqués, et mis à part "Témoignages", aucun média ne leur a tendu un micro pour qu’ils disent à la population pourquoi ils ont décidé de voter pour la suppression de la retraite à 60 ans.


La fin des usiniers réunionnais

L’année 2010 a été marquée par un séisme économique : la fin des usiniers réunionnais. C’est l’aboutissement d’une politique de non-développement menée à Paris. À la suite de l’intégration de La Réunion dans un marché unique aux frontières sans cesse repoussées — la France d’abord, puis l’Europe et maintenant le monde —, son industrie s’est progressivement effondrée. Notre île n’était pas de taille à lutter contre les grands groupes français et européens qui peuvent nous inonder de leurs marchandises du fait d’un coût de production bien plus bas. Et à Paris, la volonté n’a pas été de favoriser le développement d’une industrie réunionnaise susceptible de créer les emplois que nécessite la croissance démographique.
Le dernier bastion de l’industrie réunionnaise traditionnelle est sa filière canne. Jusqu’en 2014, elle peut bénéficier de tarifs préférentiels et garantis sur son marché, l’Europe. Mais à 4 ans de l’échéance, les usiniers décident de tout vendre. Ils abandonnent les planteurs à leur propre sort, dans la main d’étrangers. Désormais, ce qui reste de l’industrie sucrière réunionnaise fait partie d’une société dont le siège se situe au Brésil, et qui doit être cotée en Bourse. Ce largage démontre la faillite d’une classe d’industriels, qui avaient accumulé des fortunes grâce au travail de dizaines de milliers de planteurs et d’ouvriers.


La remise en cause du photovoltaïque

Le budget 2011 prévoit des mesures qui remettent en cause la filière photovoltaïque. Parce que la France a été incapable d’anticiper le développement de cette énergie renouvelable, elle décide de lui couper les ailes. C’est la baisse du tarif de rachat payé par EDF, c’est la fin de la défiscalisation inscrite dans le budget 2011, c’est aussi un moratoire de trois mois pour toute nouvelle centrale. La production d’électricité est un gisement de milliers d’emplois pour La Réunion, Paris casse la dynamique.


L’enjeu de l’information

À l’heure où La Réunion s’enfonce dans la crise, plus que jamais il est nécessaire que la population soit informée des problèmes de fond. Qu’attendent donc les médias les plus connus de notre île pour agir ?
Gageons que des progrès seront accomplis l’an prochain.