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Une classe sociale qui pensait triompher prend peur

Conséquence de l’annonce de Paul Vergès —1—

Manuel Marchal / 28 septembre 2011

Depuis des décennies, l’obsession du "Journal de l’île" est de prophétiser la fin de Paul Vergès et du Parti communiste réunionnais. Depuis dimanche, les vieux démons se sont réveillés, révélant au grand jour une solidarité de classe totalement coupée de la population que sa responsabilité lui impose normalement de défendre. L’annonce de la démission de Paul Vergès est un cataclysme totalement inattendu par cette classe sociale qui pensait triompher.

Dimanche dernier, personne ne pouvait nier que l’information principale était un résultat surprenant. Le lendemain, ce qui a étonné était la "une" d’un de nos confrères. Le "Journal de l’île de La Réunion" titrait sur « L’UMP triomphe », comme si ce vote s’était déroulé normalement. Chez les plus anciens, un tel procédé a éveillé de bien mauvais souvenirs, lorsque ce même journal titrait sur le "Raz de marée de l’UDR" dans des élections où la fraude et les violences du parti au pouvoir avaient remplacé le suffrage universel.

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Hier matin, le "JIR" choisit d’illustrer sa "une" par un montage photo. Involontairement sans doute, il confirme à l’opinion que son argumentation ne correspond pas à la réalité puisque si Paul Vergès est élu, Jean-Paul Virapoullé ne l’est pas.

Au lendemain des safaris électoraux, c’était l’autre conclusion habituelle : le PCR n’existe plus, et Paul Vergès doit disparaître de la scène politique.
Depuis dimanche, les vieux démons se réveillent. Après le triomphe de l’UMP, le "JIR" titre sur "Virapoullé-Vergès : changement d’ère".
C’est une bien curieuse manière de tenter de lier deux candidats qui ont obtenu des résultats opposés. Jean-Paul Virapoullé a été battu alors que Paul Vergès a été élu. Paul Vergès peut agir, ce qui n’est plus le cas de Jean-Paul Virapoullé. Le président de l’Alliance a d’ailleurs pris l’initiative dès dimanche.
Puisqu’il est élu sénateur, il peut annoncer sa démission. Et dès que la nouvelle a été connue, les conservateurs ont compris que la solidarité de classe qu’ils ont utilisée, a échoué à éliminer un défenseur de la cause du peuple réunionnais.

Le précédent de l’égalité

L’Histoire montre en effet les effets dévastateurs d’une telle décision sur les tenants de la vieille société. 40 ans après le vote de la loi du 19 mars 1946, les Réunionnais n’avaient pas droit à l’égalité inscrite dans le texte. Il s’est trouvé un gouvernement qui a décidé de graver dans la loi l’inégalité, c’était la parité. L’opposition socialiste de l’Assemblée nationale a refusé de saisir le Conseil constitutionnel pour que ce dernier rejette cette loi.
Face à ce blocage, Paul Vergès et Élie Hoarau ont décidé de démissionner de leurs mandats de député, afin d’animer en permanence dans notre île la bataille pour l’application de l’égalité. Cela a permis à la classe sociale la plus pauvre de prendre conscience et de se mobiliser pour accéder enfin à la citoyenneté. Car ce sont les plus démunis qui ont permis à notre île d’arracher l’égalité du SMIC, des allocations familiales et la dignité.
Moins de deux ans plus tard, c’est le candidat de l’égalité qui a triomphé à La Réunion. La dynamique était inéluctable, l’égalité était enfin obtenue, les conservateurs ont été balayés. Et aujourd’hui, rien ne peut remettre en cause cette égalité, les ultras sont obligés de faire avec.

Un éclairage sur le résultat des régionales

Dans notre île, l’égalité ne peut à elle seule régler des problèmes comme la pénurie d’emploi ou de logement. Elle doit s’accompagner du développement qui ne peut arriver que par un changement profond de notre société. C’est pour construire le socle de ce développement que l’Alliance avait obtenu le financement de plusieurs grands chantiers.
En 2010, une solidarité de classe s’est manifestée entre les conservateurs de tous bords pour tenter de faire échouer ce projet. Dans notre île, la politique du gouvernement est rejetée par une large majorité du gouvernement. Qu’à cela ne tienne, c’est une UMP minoritaire qui prend le contrôle de la Région, avec la mission de tout démolir. En digne représentant de la solidarité de classe qui l’a portée au pouvoir, Didier Robert a commencé ce plan.

Peur sur les conservateurs

Un an plus tard, les sénatoriales ont été de nouveau l’occasion de voir à l’œuvre cette volonté de bloquer tout changement. 1.200 personnes avaient la responsabilité de désigner 4 sénateurs. Elles ont voté en majorité pour les listes UMP, et le parti de Nicolas Sarkozy obtient finalement 2 sénateurs sur 4. C’est un résultat en total décalage avec celui des élections qui avaient constitué ce corps électoral. Et lorsque l’on constate que le sénateur élu sur la liste PS soutient la politique de l’UMP à la Région par ses paroles et ses votes sur des dossiers essentiels, il est clair que la solidarité de classe s’est radicalisée pour tenter de faire triompher des candidats opposés à toute volonté de changement de la société réunionnaise. Mais la manœuvre n’a pas atteint son but final. Paul Vergès a été élu, et depuis dimanche la classe qui pensait triompher a pris peur.
Paul Vergès justifiait le soir même les craintes des conservateurs puisqu’il passait à l’action en annonçant sa démission.
Aussitôt sont revenus à la surface les souvenirs de l’efficacité de la campagne menée à La Réunion par Paul Vergès totalement déchargé de mandat parlementaire. Car sa décision galvanise. Il n’y a qu’à voir l’accueil chaleureux que les manifestants de Saint-Denis ont réservé au président de l’Alliance hier.
C’est précisément ce que refusent les acteurs du vote de classe de dimanche, et cela explique pourquoi 24 heures après l’annonce du retour de Paul Vergès au cœur des luttes de son peuple, un vent de panique souffle du côté d’une classe sociale qui pensait triompher. D’où cette incantation teintée de désespoir affichée à la "une" du "JIR" d’hier.

(à suivre)

Manuel Marchal


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