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Une nouvelle politique nécessaire pour l’emploi des jeunes à La Réunion

Des inégalités renforcées par la détention ou pas d’un diplôme

Manuel Marchal / 8 décembre 2016

La Semaine du décrochage scolaire donne un coup de projecteur sur un des plus grands échecs des politiques menées depuis 70 ans à La Réunion : l’emploi pour les jeunes.

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Jusqu’à samedi 10 décembre, le Rectorat de l’académie de La Réunion organise la Semaine de la persévérance scolaire. Elle vise à lutter contre le décrochage scolaire, c’est-à-dire le phénomène qui voit des jeunes quitter l’école sans diplôme. Selon les données les plus récentes de l’Éducation nationale, 3882 jeunes étaient dans cette situation en 2015, et 5885 en 2012. Cette baisse en trois ans montre des progrès, mais le défi reste considérable.

En effet, le chômage des jeunes est un des principaux problèmes à La Réunion. Plus de la moitié des jeunes sont privés de travail. Une étude publiée par l’INSEE en novembre 2015 indique que « en 2013, parmi les jeunes qui ont quitté le système scolaire, 41 500 ont un emploi, soit seulement 40 % d’entre eux. Cette proportion est très faible en comparaison de la France métropolitaine (67 %) ».

19 % des jeunes sans diplôme ont un travail

Mais parmi ces abandonnés, il existe encore d’importantes inégalités. Une étude publiée par l’INSEE en novembre 2015 met en évidence le rôle joué par la possession d’un diplôme dans l’accès à un emploi pour un jeune Réunionnais :

« Le diplôme joue un rôle clé dans l’obtention d’un emploi, rôle qui s’avère même plus déterminant qu’en métropole. Sans diplôme, seulement 19 % des jeunes ont un emploi. Avec un CAP ou BEP, ils ont deux fois plus de chance d’être en emploi (39 %) et quatre fois plus avec un diplôme du supérieur (72 %).

Parmi les 18 500 jeunes titulaires d’un diplôme du supérieur sur l’île, 13 500 ont un emploi, 3 000 sont au chômage et 2 000 sont inactifs. Parmi eux, les jeunes femmes connaissent plus de réussite dans leur parcours scolaire : 22 % d’entre elles sont titulaires d’un diplôme du supérieur contre 13 % des hommes. Cependant, les jeunes hommes diplômés du supérieur s’insèrent plus facilement sur le marché du travail : 79 % ont un emploi, contre 68 % pour les jeunes femmes.

Les diplômés du supérieur sont presque aussi souvent en emploi que leurs homologues de métropole, ce qui n’est pas le cas pour les autres niveaux de diplôme. »

30.000 jeunes sans solution

Cette tendance est confirmée par les données diffusées lors de la dernière Commission transparence sur les emplois aidés. Invité à participer à cette rencontre, Maurice Gironcel a noté des informations particulièrement inquiétantes. Les services de l’État ont annoncé que sur 37.000 jeunes sans diplôme, seulement 7.000 ont un emploi, pour la plupart un contrat aidé. Cela signifie que 30.000 autres n’ont aucune solution. Parmi ces derniers, la moitié est totalement sortie des écrans radars. Les services de l’État ne savent pas ce que ces jeunes deviennent.

La crise de l’emploi des jeunes est la combinaison de plusieurs facteurs. Elle commence à l’école, avec un nombre toujours trop important de jeunes qui passent au moins 10 ans de leur vie dans le système éducatif sans obtenir une qualification reconnue au terme de cette période. Elle se poursuit ensuite avec le chômage massif qui existe depuis des décennies à La Réunion. Les moins de 3.000 emplois annuels créés par l’économie de notre île sont insuffisants pour faire face à la croissance de la population active.

Ce fait est une nouvelle illustration de l’impasse du système en place à La Réunion. Une nouvelle politique reste plus que jamais d’actualité pour donner aux jeunes une perspective. Cela peut se décliner par des mesures permettant d’adapter les lois et de donner aux Réunionnais les moyens de gérer leurs affaires en fonction de la situation spécifique de La Réunion. C’est le combat que mène le Parti communiste réunionnais depuis sa création.

M.M.



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  • Pas de solution pour 30 000 jeunes. Imaginons la scène, lors d’une manifestation, un médiateur face à cette population, révèle qu’il n’y a pas de solution pour eux. Imaginons la réaction de ces oubliés de la société. Chacun a sa part de responsabilité . Le système éducatif est -il adapté ? Y a t-il une volonté politique pour éviter ce désastre. Avec moins de moyen, Cuba a su combattre avec efficacité contre l’illettrisme. Ici, à la Réunion on n’a pas vocation à anticiper sur ce genre de problème et on ne se gêne pas de laisser 30 000 jeunes sur le bord de la route, sans solution." Démerde à ou oté" est -cela que nous devons dire à ceux qui ont raté le train ? Est ce que en étant égoïste que nous allons "effacer " le problème ? Mais comme tout problème, il y a un retour de manivelle. Forcément, nos compatriotes délaissés trouveront eux même une solution, souvent dans la délinquance pour les plus faible d’esprit et d’autres désertent l’île en migrant notamment en métropole. En effet, on ne fait que déplacer le problème.

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  • l’économie crée 3000 emplois en moyenne par an. Devant cette réalité, rien ne sert de culpabiliser les jeunes et les chômeurs... : incapables, incompétents, pas suffisamment diplômés,...Quand 4000 personnes se présentent à un concours pour en sélectionner 40, il y en a encore pour faire croire que nous vivons dans une société démocratique. Les plus cyniques diront que c’est la chance ...ou la siasse ! les jeunes doivent s’unir pour renverser ce système politique qui les ridiculise.

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