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Une pauvreté endémique

A 5 jours des élections municipales

Céline Tabou / 18 mars 2014

La Réunion est connue pour ses records en matière de chômage mais aussi de pauvreté. Les chiffres se confrontent entre 42 et 52%, pourtant le constat fait l’unanimité, près de la moitié de la population réunionnaise vit en dessous du seuil de pauvreté.

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Au cours des 6 dernières années, la situation ne s’est pas améliorée pour les plus démunis : Saint-Pierre, Le Tampon, Saint-Paul et Saint-Denis font partie des grandes villes ayant la plus forte proportion de pauvres dans la République. (photo Toniox)

Une situation alarmante exposée lors de la venue de François Chérèque, en charge du Plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, à La Réunion. Alors que le « Monsieur Pauvreté » assistait à la présentation du diagnostic de la situation de la pauvreté à La Réunion, seul deux maires étaient présents : Maurice Gironcel de Sainte Suzanne et Paulet Payet du Tampon. L’absence des élus avait alors consterné l’assemblée, mais il s’agit pour nombre de participants du reflet de l’absence de volonté de politique de lutter activement contre la pauvreté et ainsi sortir plus de 343.000 Réunionnais (données INSEE 2010) de cette situation.

Triste palmarès

En janvier 2014, la Gazette des communes a publié une étude menée par le Centre d’observation et de mesure des politiques sociales (Compas) sur les seuils de pauvreté des 100 plus grandes villes françaises en 2011. Sans surprise La Réunion fait partie de ce top 100. Cependant, ce n’est pas une ville mais quatre qui arrivent à la tête de ce classement : Saint-Pierre, Le Tampon, Saint-Paul et Saint-Denis.
Le taux de pauvreté est de 44% à Saint-Pierre, qui est deuxième au classement national, suivi par le Tampon avec 43% de pauvreté. Saint-Paul se situe à la quatrième place avec 39%, non loin Saint-Denis, avec 34%. De son côté, le Secours Catholique de La Réunion avait annoncé dès novembre 2013, une augmentation du nombre de bénéficiaires. Sur les 17 centres agréés, plus de 3.000 personnes ont demandé de l’aide au Secours Catholique, une augmentation constatée par Marie-Louise Ferdinand, présidente de la délégation départementale.

Cette dernière a indiqué avoir apporter « une aide monétaire à 340 familles. Soit 25% de plus que l’an passé ». Il s’agit en grande partie de payer les loyers impayés, les factures d’eau, d’électricité ainsi que l’achat de petit mobilier. L’institution a également constaté que seulement 8% du public est en situation d’emploi et la moitié des femmes et hommes accueillis est en errance.

Dans les quatre communes réunionnaise du top100, la lutte contre la pauvreté n’est pas une priorité pour les candidats-maires. Il faut dire qu’à l’inverse de la promesse de campagne du candidat socialiste à la présidentielle de 2012, François Hollande, « le changement, ce n’est pas maintenant », ni en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté.

Une pauvreté différente selon les quartiers

Le taux de pauvreté « hors norme » de La Réunion a poussé l’Institut National de la Statistiques et des Etudes Economiques, en partenariat avec le Conseil général, à rechercher les différents niveaux de pauvreté dans l’île. L’institut a cartographié 114 grands quartiers de l’île, classés des plus précaires aux plus aisés.

Les quartiers en zone du Port, de Saint-Paul et de Saint-Pierre cumulent les difficultés axées sur la précarité et la vulnérabilité. Ceux-ci représentent donc 9% de la population. Les quartiers de propriétaires pauvres et ruraux sont 8% de la population et se situent en grande partie à Cilaos, Saint-Joseph, Saint-Leu, Saint-Louis et Saint-Philippe. Dans les quartiers pauvres et moins enclavés, 38% de la population vit dans les zones plus urbaines et se situent à Saint-Paul, Saint-Pierre, Salazie, le Nord et l’Est (principalement Saint-Benoît).

Selon une autre étude de l’INSEE, également en partenariat avec le Conseil Général, la pauvreté est amortie par les prestations sociales. Cependant, les 30 milliards d’euros d’économies (2015-2017) demandés par l’Etat auprès des collectivités locales va entrainer, faute de trésorerie, deux possibilités : la diminution des prestations sociales ou la faillite de la collectivité en charge de payer ces prestations.

Après un mandat municipal, la situation ne s’améliore pas, entre 2008 et 2012 (données CAF, CGSS, Assedic, CDC Bordeaux) le nombres d’allocataires aux minimas sociaux est passé de +140.000 à +155.000 à La Réunion. A six jours du vote, la population devra se décider entre ceux qui souhaitent mutualiser les moyens humains et financiers pour réduire la pauvreté à La Réunion, et ceux qui ont participé à la dégradation de la situation par leur silence ou leur soutien aux mesures contestées votées à l’Assemblée nationale.

 Céline Tabou  


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