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Une politique contraire aux principes réaffirmés par le président de la République

L’analyse de l’action des pouvoirs publics à La Réunion au regard de la conférence de presse de François Hollande

Manuel Marchal / 16 novembre 2012

La conférence de presse de François Hollande lui a permis de réaffirmer les principes qui seront ceux de son action durant les cinq années à venir : justice sociale, réduction des inégalités, développement des énergies renouvelables, promotion du dialogue social… À La Réunion, la politique publique est à l’opposé de ces principes. Paul Vergès demande que le président de la République fasse cesser cette contradiction. Car en appliquant ses principes, François Hollande signera la fin d’un système vieux de 65 ans, totalement à bout de souffle.

Hier, lors d’une rencontre avec les journalistes, Paul Vergès est intervenu dans le prolongement de la conférence de presse de François Hollande. Le sénateur a donné son point de vue sur cet événement.

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Mardi dernier à l’Élysée devant 400 journalistes, le président de la République a fait le bilan des six premiers mois de son action, et réaffirmé les principes qui guideront son action au cours de ce mandat. Paul Vergès constate que « le président de la République a fait preuve d’une très grande habileté. La presse est très nuancée dans ses commentaires » .

Cette habileté s’inscrit dans une stratégie de cinq ans, c’est l’objectif de François Hollande.

Le président de l’Alliance ajoute un autre élément de l’analyse. Le lendemain de la conférence de presse du chef de l’État avait lieu une journée européenne de mobilisation contre l’austérité. Si en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce les défilés ont été impressionnants, la mobilisation a été plus timide en France.

Contexte d’une stratégie

Paul Vergès rappelle que cette conférence de presse s’est déroulée pour La Réunion dans un contexte de crise bien plus grave qu’en France. Au cours du mandat de François Hollande, la population active augmentera de 50.000 personnes alors qu’à ce jour, 150.000 travailleurs sont déjà inscrits à Pôle Emploi, 50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, 30% des Réunionnais dépendent d’un minima sociaux, 60% des jeunes sont au chômage. La croissance démographique fera qu’au moment de la prochaine élection présidentielle, la population de La Réunion sera égale à celle de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique réunies.

Voilà donc le contexte réunionnais dans lequel se déploiera la stratégie de cinq ans de François Hollande.

Pour la mise en œuvre de ce plan de bataille, le président de la République a décliné des principes au cours de sa conférence de presse. Son fil conducteur est la justice sociale, c’est pour cela qu’il souhaite que les efforts fiscaux reposent davantage sur les hauts revenus et épargnent les plus pauvres. Cette idée de la justice sociale doit aussi se traduire par une plus juste répartition des revenus, et par un dialogue social respectueux de tous les partenaires.

Des décisions contraires

Or, tous ces principes sont contredits par la pratique politique à La Réunion, constate Paul Vergès. La conférence économique et sociale a concentré plusieurs de ces contradictions. François Hollande prône la concertation, mais c’est le contraire du dialogue social qui s’est produit avec l’arrivée de Victorin Lurel quelques jours plus tôt saluée par l’annonce de la suppression du RSTA et de la prime COSPAR. Les syndicats ont décidé de ne plus participer à la conférence. La baisse des revenus de 150 euros des travailleurs pauvres entre aussi en contradiction avec le principe affirmé d’une meilleure répartition des revenus.

Après avoir relaté différents exemples de décisions appliquées à La Réunion qui sont contraires aux principes dits par le président de la République, Paul Vergès a renouvelé son appel à la mobilisation pour faire face à la menace d’une remise en cause de la surémunération. Paul Vergès craint que ce supplément de salaire versé à une partie des fonctionnaires soit tranché par l’État avant la fin du mandat de François Hollande. Bercy travaille sur cette question, car ce sont plusieurs milliards d’euros que l’État pourrait récupérer en pleine période d’austérité budgétaire. Le sénateur appelle donc à l’organisation de la mobilisation des fonctionnaires en lien avec les syndicats pour anticiper cette éventualité, et à agir pour faire respecter le contrat signé entre les agents déjà en poste et l’État.

Manuel Marchal

Quelques principes contrariés à La Réunion

1. le contraire du dialogue social

Au cours des trois prochaines années, le président de la République veut appliquer un pacte de compétitivité. Pour François Hollande, le dialogue social est un des piliers de la compétitivité. À La Réunion, cette orientation est battue en brèche.

C’est le contraire de la concertation qui est la norme. Cette semaine encore, les syndicats ont été mis devant le fait accompli pour les congés payés du BTP. Des employeurs ne cotisent pas, des milliers de travailleurs n’auront pas leur salaire en décembre et en janvier. Où est le dialogue social ?

Quand Victorin Lurel est arrivé à La Réunion, il a été précédé par une interview dans laquelle est annoncée la fin du RSTA et du bonus COSPAR.

Cette annonce s’est faite sans concertation avec les syndicats. De plus, alors que le débat est porté sur la lutte contre la vie chère, c’est une diminution nette des revenus imposée à plusieurs dizaines de milliers de travailleurs.

2. à l’opposé de la réduction des inégalités dans les revenus

« Ma seule boussole, c’est la justice. Dans le partage des efforts, dans la répartition des revenus et dans l’égal accès de tous aux services publics », c’est ce qu’a dit le chef de l’État mardi.

À La Réunion, la justice dans la répartition des revenus n’existe pas, bien au contraire. À La Réunion, l’État reconnaît que la vie est plus chère, il verse un une prime égale à 53% du salaire. Mais ce principe n’est pas appliqué au SMIC et minima sociaux fixés eux-aussi par l’État.

Cela contrevient à l’égalité de traitement de la fonction publique, puisqu’une très grande majorité des agents de la fonction publique territoriale n’a pas ces 53%.

Paul Vergès note à ce sujet une décision très importante qui attend le préfet. En effet, la Chambre régionale des comptes critique le budget de la commune de Saint-Louis, à cause de la hausse des dépenses de fonctionnement. Hors, cette hausse est notamment due au versement d’une prime de vie chère aux agents. Le préfet refusera-t-il que des agents de la fonction publique territoriale aient le même traitement que ceux de la fonction publique d’État ?

3. l’attitude des représentants du gouvernement

La conférence économique et sociale est une organisation du gouvernement. Or, lors du premier atelier préparatoire, aucun député n’était là. Cette absence s’est confirmée tout au long des travaux.

Pour Paul Vergès, cela signifie que la situation à La Réunion est infiniment plus grave qu’aux Antilles et en Guyane. La crise économique et sociale est devenue une crise politique. Cette crise politique se matérialise dans plusieurs phénomènes. D’une part l’absence des députés, qui tous se revendiquent de la majorité parlementaire, à la conférence organisée par le gouvernement. D’autre part, c’est la multiplication des candidatures à un poste de maire à 18 mois des élections. Les critiques des sortants fusent, mais mis à part le PCR, aucune proposition n’émerge. Cette absence de proposition, c’est aussi une illustration de la crise politique.

4. pourquoi faire le contraire des principes du président de la République ?

Pourquoi ce qui est fait à La Réunion est exactement le contraire des principes annoncés par le président de la République, dit en substance Paul Vergès :

- On veut protéger les plus pauvres et ici on supprime RSTA et COSPAR.

- On dit qu’on est contre les monopoles et on étend le monopole de la grande distribution en lui concédant de nouvelles surfaces commerciales.

- On est pour les investissements dans les énergies renouvelables et à La Réunion c’est le blocage à un point tel que les solaristes dénoncent les décisions des pouvoirs publics.

- Sur la défiscalisation, le président dit ça coute trop cher pour l’État mais on maintient pour un an. Les députés se battent pour prolonger cette mesure au-delà de cette période.


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