Actualités

Une réforme territoriale inadaptée pour La Réunion

Conférence de presse de Paul Vergès

Céline Tabou / 24 septembre 2014

Paul Vergès a affirmé "comprendre la logique du gouvernement" de vouloir mettre en place une réforme territoriale qui "va être essentielle lors de cette mandature". Toutefois, celle-ci aura des conséquences sur La Réunion tant du point de vue géopolitique qu’économique.

JPEG - 34.9 ko
Paul Vergès a dénoncé la mise à l’écart des Réunionnais dans la négociation des accords de libre-échange entre l’UE et nos voisins.

Hier en conférence de presse, Paul Vergès a expliqué "la mise en harmonie, c’est logique, de la situation économique industrielle et d’activité de la France par rapport à ses voisins européens". Alors pour pouvoir les concurrencer les pays voisin, la France a décidé de réduire le nombre de régions, de supprimer les conseils généraux et de donner un rôle plus important aux conseils départementaux, afin "d’être compétitif par rapport à l’Allemagne, où l’Italie".

Cependant, "La Réunion n’est pas dans un environnement européen, géographiquement et économiquement, mais dans une situation totalement nouvelle", a assuré Paul Vergès. Ce dernier a expliqué que cette réforme était dans la continuité historique de la France, après l’esclavage et l’intégration, le système décisionnaire resté le même. "le centralisme parisien et le commerce orienté vers Paris, c’est ce qu’on appelle le colbertisme".

Un modèle qui donne son sens à la loi de 1946, a indiqué le sénateur, qui a évoqué le Traité de Rome de 1957, fondant les relations entre les six pays de l’Union européenne (Allemagne, France, Italie, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas).

Ce texte impose l’intégration de ces six Etats sur les plans économique, social et fiscal, "c’est une première remise en cause historique de l’intégration nationale qui s’étend à l’intégration européenne" et ainsi de suite pour arriver désormais à 28 pays membres de l’UE. A cette intégration européenne, s’ajoute l’intégration internationale avec la mondialisation, qui "modifie la relation avec tous les Etats, pour arriver à la liberté de commerce et de finance".

La Réunion lésée

Cette intégration mondiale se traduit pour La Réunion par les négociations autour des accords de partenariats économiques (APE). Des accords vivement contestés par le sénateur et son parti, le PCR, qui dénoncent la mise à l’écart par l’Etat des élus réunionnais dans des négociations qui concernent en premier lieu La Réunion, voisine des pays d’Afrique des Caraïbes et du Pacifique.

Région de l’Union européenne, La Réunion est appelée à s’intégrer dans son espace géographique. Pourtant les Réunionnais sont toujours restés à l’écart des échanges. Alors "comment concilier une intégration dans la zone avec la politique séculaire de la France ?". En effet, les débats actuels sur la réforme territoriale sont destinés à rapprocher la France de ses pays voisins, or La Réunion, située à plus de 10.000 km, ne peut tirer davantage de cette réforme, a expliqué Paul Vergès.

"Ce texte, qui sera appliqué, ne correspond pas aux objectifs de la réforme" territoriale d’intégration, a indiqué le sénateur. Ce dernier a évoqué Serge Letchimy, député de la Martinique et président de Région, qui a demandé à l’Etat des compétences supplémentaires notamment en matière de relation avec les pays de son environnement géoéconomique.

Paul Vergès a conclu en affirmant qu’"il faut l’intégration mais l’Etat doit en donner les moyens", d’autant que la Martinique a signé une union de la Caraïbe, alors que pour La Réunion, "le problème reste posé".

La fin d’une période


Concernant les mouvements de jeunes qui demandent un emploi, Paul Vergès a assuré qu’il s’agissait "de la fin d’une période, le clientélisme à La Réunion. C’est une tradition maintenue alors qu’aujourd’hui les jeunes la remette en cause. "On n’est qu’au début, ce sont des explosions spontanées", car les jeunes n’oublient pas les promesses faites lors des élections, a expliqué Paul Vergès.

Ce dernier a précisé que cette méthode "typique" se retourne désormais non pas contre l’Etat, compétent en matière d’emploi, mais contre les maires qui ont fait des promesses. Et notamment, suite au "chiffre en circulation de 40.000 contrats aidés".
Un chiffre rapidement démenti par Erick Bareigts, députée, qui, en raison des manifestations sporadiques, a assuré qu’il ne s’agissait pas d’emplois d’avenir mais de contrats aidés, "ce sont des emplois qui sont réclamés", a noté Paul Vergès. Ce dernier a indiqué que les manifestations de jeune sont en convergence avec les difficultés rencontrées par la filière canne, l’importation à venir de matériaux pour la NRL et la réforme territoriale. En effet, la politique menée à La Réunion impacte sur l’emploi, l’activité mais aussi l’environnement, le social.


Kanalreunion.com