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Une restitution consensuelle… mais il y a un bémol

E.G.O.M. Restitution Nationale 1er octobre 2009

Témoignages.re / 2 octobre 2009

La journée d’hier a été longue et studieuse pour tous les élus des DOM et TOM ainsi que les membres des différents ateliers des États-généraux, préfets et hauts-commissaires et autres membres de la haute administration.

Mme Marie-Luce Penchard, Secrétaire d’État chargée de l’Outre-Mer, a rappelé que la décision de la tenue de ces États-généraux de l’outremer découlait du constat enfin admis par tous, l’actuel système — surchargé de rustines — ne tenant plus la route, le temps de la remise à plat était venu : « nous étions arrivés à la fin d’un cycle » a dit Mme Marie-Luce Penchard.
Pour la Secrétaire d’État, « la crise sociale en février aux Antilles a été le révélateur d’un malaise profond ». Reprenant les propos de l’écrivain et Rapporteur national de l’Atelier 81, Mme Penchard convient que la crise, si elle était bien « une éruption sociale » avait également été le révélateur d’une « irruption identitaire ». Et de conclure : « Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’avenir. L’avenir des outremers, l’avenir des relations entre la métropole et les outremers. Je veux que tous ensemble, nous “tournions la page” ».
Tous les rapporteurs nationaux ont, dans le très court laps de temps qui leur était imparti, mis l’accent sur les revendications essentielles des Réunionnais. Revendications légitimées par les récents rapports de l’Inspection générale des Finances (prix des carburants et marges excessives de la grande distribution) dont les conclusions recoupent tous les autres rapports et enquêtes officielles : Autorité de la concurrence, rapport de la mission sénatoriale et de la commission de l’Assemblée nationale.
Fin de l’exclusif colonial, liberté d’approvisionnement au plus près, nécessité de faire la totale transparence du processus de formation des prix. Impérieuse nécessité du développement endogène, d’une commande publique aux règles revues afin de ne plus en écarter les entreprises locales, autosuffisance alimentaire facilitée par un soutien aux exploitants agricoles.
Soutien aux grands projets structurants afin d’améliorer les conditions de vie de tous. Logement social à relancer massivement en prenant les moyens de régler la question du foncier ; transport multimodal (type Tram-Train) ; les infrastructures hospitalo-universitaires et la nécessité d’avoir un cycle de formation complet pour les études médicales. Autosuffisance énergétique par le développement des énergies renouvelables. Préservation et valorisation de l’exceptionnelle richesse de la biodiversité.
Dans tous les ateliers, les rapporteurs nationaux ont repris quasiment l’essentiel des conclusions du Département et de La Région ainsi que celles découlant des travaux de notre 6ème Congrès. Lutte contre l’illettrisme, reconnaissance du bilinguisme, voire du multilinguisme, enseignement des langues régionales, pour ce faire adaptation des enseignements et formation des enseignants. Insertion par le sport.
Nécessité d’établir dans chaque Dom un projet politique pour que les collectivités soient en mesure d’assumer complètement les transferts de compétences.
Il serait illusoire de prétendre ici résumer tous les sujets évoqués par les rapporteurs. Nous y reviendrons de façon très détaillée.
Il revenait enfin à l’écrivain et rapporteur Daniel Maximin de conclure sur les thèmes "Identité, culture et mémoire". Daniel Maximin affirme que les cultures domiennes sont l’indispensable socle sur lequel se bâtira tout le reste. Venues d’ailleurs, nos identités sont métisses, donc ouvertes sur le monde entier. Pas de repli sur soi, donc, mais pas d’inexistence de cette composante de la Nation. Dans l’espace national, la visibilité de cette composante ne doit plus être occultée.
La mémoire — souvent orale —, les archives, doivent être mieux protégées, les lieux de mémoire développés, les créoles sont fondamentalement constitutifs de nos identités et l’audiovisuel ne peut plus nous ignorer. France Ô doit être diffusée sur tout le territoire français.
Le préfet Samuel a répété que toutes les contributions seront prises en compte. Patrick Karam y a insisté de même que Mme Marie-Luce Penchard prononçant le discours de clôture du ministre de l’Intérieur, M. Hortefeux retenu par ailleurs.
Mme Marie-Luce Penchard a exalté la jeunesse de la population des DOM, moteur et atout sans égal d’un développement à bâtir. Tant Patrick Karam qu’elle-même ont dit leur accord sur une priorité locale, à compétence égale requise, pour pourvoir aux postes créés à quelque échelon administratif que ce soit.
Bref, une synthèse consensuelle.
Reste donc désormais à entrer dans l’analyse fine des textes et, surtout, populariser inlassablement les propositions élaborées pour La Réunion de façon à les affiner, les perfectionner sans cesse et faire en sorte que le plus grand nombre, leur donnant ainsi vie, se les approprient.

Alors, où se trouve le bémol ? Dans un passage — peut-être insuffisamment expliqué — du discours de M. Hortefeux.
Le passage en question, plusieurs fois écouté, est troublant. Selon M. Hortefeux, les Domiens réclameraient un retour à plus d’État (?). De ce fait, le ministre envisagerait de donner beaucoup plus de pouvoir au représentant local de l’État : le préfet qui aura ainsi la capacité de répondre aux demandes des ultras-marins. Et même si cela n’est pas clairement formulé, le préfet pourrait — si l’on suit le raisonnement du ministre — décider à la place des exécutifs locaux ?
C’est là que gît le bémol.
Nous ne prendrons qu’une seule situation : la coopération régionale que nous appelons, nous, codéveloppement. Elle est encouragée par tous les rapporteurs, par Mme Marie-Luce Penchard et par M. Hortefeux or, nul n’ignore que toutes les initiatives envisagées avec nos voisins sont considérablement freinées du fait qu’ils ne savent jamais s’ils peuvent tabler sur des relations et une vision pérenne de ce partenariat avec des élus réunionnais ou s’ils se trouveront confrontés avec des préfets de passage dont certains ont, c’est le moins qu’on puisse dire, eu des attitudes de gouverneur.

Il importe donc de lever rapidement cette ambiguïté du discours de clôture d’États-généraux globalement encourageants.

Jean Saint-Marc

1 – Atelier 8 : "Identité, culture et mémoire" dont les rapporteurs nationaux sont Daniel MAXIMIN et Françoise VERGÈS.



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  • Dans le rapport de l’atelier n°1 des EGOM à la Réunion, il est noté que les acteurs rencontrés souhaitent souvent une intervention renforcée de l’État mais que cela apparaît aussi de manière paradoxale avec une revendication pour moins d’interventionnisme !
    Les propositions des rapporteurs retiennent que l’État doit renforcer ses moyens en matière de contrôle de la concurrence, cela semble un minimum incontournable compte tenu de la crise et de la situation insulaire.
    Mais cela ne doit pas, dans les autres domaines, laisser supposer que « le retour à plus d’État » constitue la panacée. Je pense au contraire qu’il faut faciliter l’initiative locale puisque, pour reprendre une formule qui est l’une de mes rengaines, « la porte du changement s’ouvre de l’intérieur ».

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