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Une situation sociale tendue à l’extrême qui appelle à la responsabilité des décideurs

Conférence de presse du Président de la Région

Geoffroy Géraud-Legros / 8 décembre 2009

Les postures qu’empruntent les décideurs sont bien souvent dictées par des intérêts à court terme, aux dépens d’une analyse objective et de l’intérêt général. Paul Vergès a rappelé hier à quel point, pareils comportements pouvaient avoir des conséquences tragiques dans des situations déjà tendues à l’extrême par les inégalités sociales croissantes… et combien les prises de position démagogiques pourraient être dommageables à l’équilibre social de La Réunion.

Le Président de la Région a ainsi évoqué la crise provoquée en 1962 par les décisions prises au sujet de la canne à sucre, à la suite desquelles, ne pouvant toucher l’avance à laquelle ils avaient droit, les planteurs avaient engagé un mouvement social. Celui-ci avait tourné à l’émeute : trois jours durant, les forces de l’ordre n’avaient pu pénétrer dans la ville de Saint-Louis. La répression avait alors fait trois morts. Plus près de nous, a rappelé Paul Vergès, la crise du Chaudron en 1991 avait été apparemment déclenchée par la saisie d’un émetteur de télévision.
Dans notre aire géographique, la décision prise dans l’île de Mayotte d’augmenter les tarifs de la navette entre la Grande terre et Dzaoudzi et la Petite terre a mis le feu aux poudres : là aussi, des manifestations ont tourné à l’émeute, à l’issue desquelles un gendarme a été très grièvement blessé. Ce mouvement social a nécessité la visite en catastrophe de la Ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard… et entraîné l’annonce du versement d’une aide de 28 millions d’euros à la collectivité mahoraise. « Fallait-il une émeute pour cela ? », s’est demandé Paul Vergès, notant d’autre part que cet apport « ne règlera pas le problème de fond ».
Dans des contextes de détresse sociale, des décisions d’apparence anodine peuvent focaliser la colère de ceux à qui la vie est devenue impossible.

Le point de saturation est proche

A La Réunion, le mécontentement social ne cesse de croître. En témoignent, dans l’actualité immédiate, les grèves de l’ARAST, de la centrale du Gol. Au fondement de ces mobilisations sociales, la pauvreté qui frappe le plus grand nombre, qui ne pourra être indéfiniment passée sous silence, a prévenu le Président de la Région. Les nuages s’amoncellent dans le domaine social, a-t-il observé : il y a de grandes chances pour qu’à l’approche des fêtes, la frustration ne s’exprime de manière redoublée… d’autant plus qu’elle coïncidera avec la fin des congés des travailleurs du BTP. La perspective de la reprise est hypothéquée par les menaces qui pèsent sur la commande publique, déterminante pour la création d’activités économiques. En effet, a souligné Paul Vergès, les recettes de l’octroi de mer sont en forte baisse ; à cet effondrement s’ajoute l’inconnue qui pèse sur la compensation de la taxe professionnelle. Alors que se profile un futur sans perspectives, il est à craindre que « le réveil du peuple se fasse de manière anarchique ».

« Les élections rendent fou »

Dans ces conditions, comment comprendre la posture de refus sans concession opposée à un chantier de relance tel que le tram-train ? « On se demande si cela aurait eu lieu en-dehors de la période des élections », s’est interrogé le chef de l’exécutif régional. Car ici, a-t-il rappelé, « tout devrait concourir à l’unanimité ». Le tram-train est en effet le seul chantier déjà prêt pour le Plan de relance. Porteur de 1.800 emplois directs, il procurera 520 millions d’euros aux petites et moyennes entreprises réunionnaises. Examinant le fond des critiques opposées à ce grand chantier, Paul Vergès n’a pas manqué de souligner le paradoxe qui consiste à opposer le chantier de la route du Littoral à celui du tram-train. Le projet touchant la route du Littoral, a-t-il rappelé, a été négocié dans le cadre du Protocole de Matignon entre l’Etat et la Région Réunion, et n’a jamais cessé de faire l’objet de l’attention de cette institution. Le tram-train est « aujourd’hui prêt à démarrer » ; il n’existe « aucun blocage » à la construction de la route du Littoral.
Dans un arrière-plan social marqué par l’aggravation de la pauvreté et les sombres incertitudes qui planent sur le futur, le Président de la Région a insisté sur la responsabilité des décideurs. Il a particulièrement déploré le « traitement polémique » des problèmes, qui conduisent des élus à fausser la perception des problèmes, ou pire encore, à dégrader la condition de leur propre pays. Ainsi, a-t-il noté, de nombreuses attaques contre l’octroi de mer, pourtant difficilement maintenu, émanent des Réunionnais eux-mêmes… alors que les recettes de cette imposition pourvoient de 20 à 40% des recettes des communes, et demeurent plus que jamais essentielles aux petites communes des Hauts… Dans cette catégorie des oppositions irresponsables aux intérêts des Réunionnais, il faut ranger les attaques contre le tram-train, qui ne peuvent se comprendre qu’à l’approche des Régionales. « On dirait que les élections rendent fou », a déploré le Président de la Région.

Geoffroy Géraud 


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