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« Une vraie démarche réunionnaise »

Unanimité au Conseil général

Geoffroy Géraud-Legros / 27 août 2009

Le Conseil général a adopté hier matin à l’unanimité un rapport de synthèse qui concrétise la contribution de La Réunion aux États généraux de l’Outre-mer initiés par le président de la République après les grands mouvements sociaux aux Antilles et à La Réunion.

Les débats qui ont précédé la mise au vote du document de synthèse ont permis d’évacuer les faux problèmes, et d’envisager les différents aspects d’une stratégie réunionnaise pour répondre à la crise à La Réunion.
Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, et des intervenants tels que Bachil Valy, Thierry Robert, ou Jean-Yves Langenier ont chacun à leur manière souligné que les limites d’un système étant atteintes, c’est le défi la d’une refonte des rapports sociaux et politiques républicains que veut relever la synthèse des États généraux, qui incarne une « vraie démarche réunionnaise », selon Mme Dindar.
Les débats ont souligné la portée et les ambitions de cette contribution, essentielle pour la définition de notre avenir.

Accroître l’efficacité

Ouvrant les débats, l’économiste Philippe Jean-Pierre a évoqué la situation générale dans laquelle intervient ce document.
Catastrophe financière et récession économique, instabilité institutionnelle, forte exigence des populations, défi de la mondialisation : c’est le contexte d’ensemble qui pèse sur la définition d’un projet de sortie de crise. La dépression économique affecte désormais très fortement les capacités des collectivités, exerçant une « pression sur les finances publiques » et amenant à « réviser les budgets ». Seul l’accroissement de « l’efficacité » permettra, rappelle Philippe Jean-Pierre, de traiter la crise.
Cette recherche de performance renouvelée doit être déployée à plusieurs niveaux : améliorations dans l’organisation de l’accès aux prestations sociales, dont les ratés dans les prestations du RSTA ont montré les défauts ; accélération des grands chantiers, afin de « ré-enclencher le moteur économique »… Autant de mesures qui doivent être mises en œuvre d’urgence, énonce Philippe Jean-Pierre, tant la gravité de la situation empêche de « régler le long et le moyen terme sans règlement du court terme ».

Loger dignement les Réunionnais

Thierry Robert a abordé la question fondamentale que pose la nécessité de loger dignement les Réunionnais dans ce contexte. C’est un constat d’échec qui s’impose, particulièrement dans le domaine du logement neuf où, « malgré le financement par l’État, les résultats sont loin d’être à la hauteur des besoins ». « Alors que 27.000 ménages attendent un logement social, le taux de satisfaction des requêtes ne s’élève qu’a 15% », rappelle l’élu de Saint-leu, qui ajoute que « le nombre de livraisons » est « en chute libre : 2.500 logements 1995 et 1999 ; 1.500 entre 2000 et 2005 ; 1.000 en moyenne entre 2005 et 2008 »… alors même que « près de 80% des Réunionnais sont éligibles à un logement social ».
Cette pénurie de logements sociaux entraîne des « situations de surpeuplement subies par plus de 69.000 ménages ». Pour résoudre cette crise sans précédent, il y a urgence à mettre en œuvre le plan de relance du logement social, qui vise à construire 30.000 logements sociaux à prix accessible pour les plus démunis, et à redéfinir tant les paramètres d’accès des ménages aux logements sociaux que les paramètres de construction.

« Une culture d’anticipation »

Éric Fruteau a rappelé l’urgence globale que pose la crise environnementale, marquée par le réchauffement climatique. La nécessité de réduire les gaz à effet de serre nécessite l’adoption par tous d’une « culture de l’anticipation » dans le cadre d’une démarche générale de « développement durable » fondée sur un mode de régulation « à la fois social et environnemental ».
Le conseiller général de Saint-andré a précisé la place décisive qu’occupe l’eau dans le dispositif de développement durable, qui doit faire aboutir les grands chantiers en cours de construction d’un réseau connectant l’ensemble de l’île, de l’assainissement, de l’endiguement des ravines…
Le traitement des déchets, autre enjeu central du développement durable, a été évoqué par Éric Fruteau, qui a souligné l’impératif de mettre en place des mécanismes de planification du traitement des déchets, de rompre avec la fragmentation des compétences dans ce domaine, et de parvenir à une nouvelle gouvernance en la matière.

C’est ainsi une stratégie globale et ambitieuse, qui vise à répondre à la crise par le développement durable et la cohésion sociale qui a été adoptée hier par l’ensemble des élus du Conseil général.

Geoffroy Géraud


Question à Jean-Yves Langenier

« Nous avons choisi de regarder la réalité »

Que signifie pour vous le rassemblement des deux Assemblées et le rapprochement des tendances pour la confection de ce document ?

« Compte tenu de la crise grave, cette démarche commune est la plus appropriée pour faire entendre la voix de La Réunion ; grâce à cette convergence, il y a des chances pour que la voix de La Réunion porte.
L’opposition montre d’ailleurs par son attitude qu’elle est consciente des enjeux, et qu’elle ne peut pas se situer en-dehors de cette dynamique impulsée par le président de la république lui-même. Je pense que c’est une bonne contribution, dans la forme comme sur le fond, pour que La Réunion marque sa singularité et que l’on puisse obtenir de l’État les mesures qui conviennent. J’ai débuté mon intervention, en citant Nicolas Sarkozy, qui disait y avait ceux qui dont le regard s’arrête au seuil et ceux qui regardent la maison. Et bien j’ai le sentiment qu’aujourd’hui, nous avons choisi de ne pas regarder ailleurs, de voir notre réalité en face et de transformer notre société »
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Alain Zanéguy : « Passer de l’engagisme à l’engagement : la dimension culturelle et identitaire »

Alain Zanéguy a souligné les enjeux culturels et identitaires du processus des États généraux « Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est moins de revendiquer notre culture que de pouvoir la vivre » estime le conseiller général. « Notre rapport à la culture se définit surtout par notre besoin de culture (…) C’est en termes de mémoire et de culture vive que la culture est interrogée par les États généraux ». Des propositions concrètes ont été formulées en ce sens :
- financement par l’État de programmes de numérisation et de mise en ligne des fonds patrimoniaux publics et éventuellement privés,
- construction et financement par l’État de centres de formations artistiques : écoles de musique etc.,

- refonte des dispositifs d’aide à la mobilité et regroupement dans des guichets uniques,
de guichet uniques

- création d’établissement assurant une formation aux métiers de la culture.
Ces mesures, qui viendraient en complément des politiques publiques ont pour ambition, selon Zanéguy, de nous « faire sortir, et de nous rendre acteurs de notre culture ; il nous faut aujourd’hui passer de l’engagisme à l’engagement ».


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