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Va-t-il annoncer des mesures concrètes ?

Le Ministre de l’Education et porte parole du Gouvernement aujourd’hui dans notre île.

Geoffroy Géraud-Legros / 20 novembre 2009

Le 6 novembre dernier, l’Exécutif a annoncé une série de mesures en faveur de La Réunion. Premier membre du Gouvernement à séjourner dans notre île depuis cette date, Luc Chatel se prononcera sans doute sur les premières modalités concrètes de leur application.

Il y a deux semaines exactement, au cours d’une cérémonie solennelle organisée à l’Elysée, le Président de la République procédait à la restitution des décisions du Conseil interministériel de l’Outremer (CIOM). En présence du Gouvernement, face à plusieurs centaines de représentants des sociétés ultramarines, le chef de l’Etat a énuméré les grandes orientations arrêtées au sommet de la République en vue de remédier à grave crise sociale, économique et culturelle qui frappe l’Outre-mer. Dans ce contexte, il est prévisible que le séjour de Luc Chatel, Ministre de l’Education et porte-parole du Gouvernement, donne lieu à de premiers approfondissements quant aux mesures concrètes d’application des conclusions du C.I.O.M. A cet égard, le fait que le premier émissaire du Gouvernement dans notre île depuis la cérémonie du 6 Novembre soit le ministre responsable de l’Education revêt une importance capitale.

Permettre aux jeunes diplômés réunionnais de travailler dans leur pays

La société réunionnaise est tout d’abord victime de l’illettrisme, qui touche près de 110.000 Réunionnais. Quelle mesure va prendre le Ministre pour remédier aux causes de ce fléau persistant, qui nécessite une réforme en profondeur de l’enseignement dans notre pays ?
Les organisations de jeunesse de notre pays, les syndicats de l’enseignement, les étudiants ont rappelé à de nombreuses reprises que l’emploi des Réunionnais dans le secteur de l’éducation est, à de multiples niveaux, l’une des clefs essentielles pour sortir de la crise qui frappe notre société.
Depuis le début de l’année scolaire, plusieurs mobilisations syndicales ont mis en évidence un problème de fond : l’exclusion des diplômés réunionnais des postes d’enseignants. On se souvient de l’émotion provoquée dans l’opinion publique réunionnaise lorsque fut révélé, peu avant la rentrée, le recrutement d’un nombre excédentaire de professeurs des écoles extérieurs à l’Académie de La Réunion, alors même que le nombre de postes offert au concours dans notre pays ne suffit pas à faire face à l’augmentation de la population scolaire. Ce scandale a récemment connu un nouveau développement, avec l’éviction des admis sur liste complémentaire, soit quinze jeunes enseignants Réunionnais, au profit des professeurs excédentaires recrutés "par erreur" - selon le Rectorat.
Au-delà, les travaux des Etats généraux de l’Outremer ont eu le mérite de mettre à jour l’ensemble d’un système fait d’archaïsmes, de blocages et d’injustices. Ainsi, le rapporteur du Sénat Eric Doligé, citant le recteur de La Réunion, a publiquement souligné que les Réunionnais n’occupaient que 100 des 1.000 postes créés chaque année dans l’éducation nationale.

Une rupture annnoncée

Les conclusions du CIOM ont annoncé une volonté sans équivoque de transformer radicalement les rapports à l’Outre-mer au sein de la République. Pierre angulaire de cette relation renouvelée : le « respect ». Le Président de la République a, au cours de son discours, quelque peu dévoilé le contenu qu’il entendait donner à ce concept.
Non sans mordant, le Chef de l’Etat a évoqué le tableau « proche de la caricature » qu’offrent les rangs des fonctionnaires en poste outre-mer…sous-entendu : tant les originaires y sont peu représentés. Il tombe ainsi sous le sens que le « respect » évoqué au sommet de l’Exécutif doit prendre son sens pratique dans la rupture avec le système contemporain, qui fonctionne en excluant les ultramarins des postes dans le domaine de l’enseignement et de la connaissance.
Le discours présidentiel a identifié plusieurs solutions pour venir à bout de cette injustice, en évoquant la possibilité pour les emplois de catégorie B et C, mais aussi, de catégorie A, d’être pourvus en priorité par des locaux… Dans la fonction publique de l’enseignement, des mesures d’application de ces principes permettraient de venir à bout de l’injustice patente qui frappe les jeunes diplômés réunionnais.
De plus, Nicolas Sarkozy a évoqué la possibilité d’apporter des dérogations aux mécanismes de mobilité, dont il a souligné le peu de compatibilité avec la situation spécifique des pays d’Outre-mer. Il y a urgence à mettre en application ces principes : la crise touche aujourd’hui de plein fouet les jeunes Réunionnais qui, même après plusieurs années d’études, peinent à s’insérer dans une société minée par le chômage de masse.
Cette jeunesse dynamique et nombreuse ne comprendrait pas qu’aux effets de la dépression de l’économie mondiale continuent de s’ajouter les handicaps d’un système qui a atteint ses dernières limites. Elle sera donc aujourd’hui à l’écoute des précisions que devrait apporter Luc Chatel sur la mise en œuvre des réformes indispensable à son avenir.

Geoffroy Géraud


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