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Vente d’Edena à Phoenix : « l’île de La Réunion à l’encan ? »

Jean-Yves Langenier

Témoignages.re / 3 septembre 2015

Jean-Yves Langenier, ancien maire du Port, réagit à la vente annoncée de l’usine Edena au groupe mauricien Phoenix.

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Jean-Yves Langenier

Il y a de quoi être sidéré lorsqu’on apprend dans la presse les circonstances de la vente de l’usine Edena au groupe mauricien Phœnix, vente qui doit être conclue d’ici fin septembre.
On est consterné puisqu’il s’agit d’une entreprise qui, de l’aveu même de son président Jean Bourdillon, "marche bien", dont les dirigeants se disent "très satisfaits des résultats " et qui emploie de surcroît 60 salariés. La transaction a été décidée tout bonnement parce que le président d’Edena y a vu une "bonne opportunité ". Traduisez une bonne affaire, bien juteuse !

L’usine de production d’eau, commercialisée sous les noms Edena ou encore Bagatelle, est un des fleurons de l’industrie réunionnaise qui a réussi à conquérir une part non négligeable du marché local. Grâce notamment à la ville du Port qui fournit, depuis le départ, à des conditions très intéressantes, la matière première, c’est-à-dire l’eau des sources Denise et Blanche localisées sur le territoire de la Possession mais propriétés de la commune du Port.
Le conseil municipal du Port réuni mardi 1er septembre n’a pas été destinataire de la moindre information à ce sujet et encore moins consulté. Ce fleuron va ainsi passer sous contrôle d’un groupe mauricien sans aucune mise en concurrence et sans apparemment provoquer une réaction de la municipalité portoise, pourtant concernée au plus au point.

Il est vrai que Jean Bourdillon n’en est pas à son premier mauvais coup porté contre l’industrie de La Réunion. Rappelez-vous il y a quelques années, ce PDG du groupe Marbour et une poignée de gros actionnaires de la Société Sucrière de Quartier Français (dont Richard de Palmas, l’actuel directeur d’Edena et par ailleurs neveu de M. Bourdillon) se sont entendus pour vendre leurs parts à Tereos qui s’est ainsi retrouvé à la tête de 67% du capital et c’est toute l’industrie sucrière de La Réunion qui est passée d’un coup dans le giron d’un groupe étranger. Sans doute là aussi "une bonne opportunité" et plus encore ! Ce fut là une opération purement spéculative, financière, sans considérer l’intérêt économique de La Réunion, la plus grave transaction jamais réalisée à La Réunion dans le domaine économique, lésant au passage les petits actionnaires qui ont été mis devant le fait accompli.

L’industrie sucrière réunionnaise a depuis de nombreuses décennies été un secteur de pointe au niveau mondial grâce à l’énorme investissement des hommes, des planteurs, des techniciens, des chercheurs et à l’accompagnement public qui ont permis de faire perdurer un modèle de production qui se trouve aujourd’hui devant des rendez-vous périlleux (fin des quotas et des prix garantis). Les conséquences de la vente à Tereos vont se faire sentir à moyen terme et on peut craindre de grandes difficultés pour la filière canne, sans que dirigeants et actionnaires se soucient vraiment du sort de nos agriculteurs.

Une autre transaction récente de ce même groupe Marbour a concerné la cession de la Société de Production des Huiles de Bourbon (SPHB) basée à Saint-Pierre à une grosse société non réunionnaise.
On nous dira que la mondialisation est une réalité inévitable et que La Réunion est, qu’on le veuille ou non, dans une sphère libérale. Notre patrimoine économique est en train progressivement de passer sous la coupe de grosses sociétés parfois étrangères qui ont probablement pour souci premier de conquérir de nouveaux marchés et de faire fructifier les mises de leurs actionnaires. Ce n’est pas là l’intérêt des Réunionnais.

L’indifférence et l’inaction seraient suicidaires à plus ou moins brève échéance.

Jean-Yves Langenier


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