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Vers la plus grande opération de corruption électorale de l’histoire de La Réunion ?

Après les prix subventionnés par l’argent public, les "contrats-magouille"

Manuel Marchal / 2 mars 2012

Deux jours après que les présidents des collectivités aient décidé de donner des millions d’euros aux pétroliers et à la grande distribution, l’État a décidé d’augmenter sa part dans le financement des emplois-aidés. Il est clair qu’à quelques semaines des élections, l’objectif est de distribuer un maximum de contrats. Allons-nous vers la plus grande corruption électorale de l’histoire de La Réunion ?

Dans un contexte de pénurie d’emploi, les contrats-aidés sont pour beaucoup de Réunionnais le seul moyen d’augmenter temporairement leurs maigres revenus. Pour cette raison, ces emplois ont souvent été utilisés comme des moyens de pression par des élus peu scrupuleux à quelques semaines d’une élection. Quelque fois, la ficelle est tellement grosse que même les juges sont obligés de reconnaître que ces emplois ont servi à acheter des voix. C’est comme cela que Jean-Paul Virapoullé a vu une de ses "élections" annulées.
Le 5 décembre 2007, le préfet Maccioni avait lancé un pavé dans la mare en assemblée plénière du Conseil général en fustigeant « l’assistanat » et les « contrats-magouille ».

34% de contrats en plus

Quatre ans plus tard, Sarkozy a décidé d’ouvrir en grand les vannes des "contrats magouille". Selon le "JIR" d’hier, le ministre du Travail a demandé à tous les préfets d’augmenter le nombre d’emplois aidés : « l’objectif est de prescrire entre janvier et juin deux tiers des contrats budgétisés par la loi de finances. 225.000 postes sont donc ouverts à l’échelle nationale », écrit notre confrère. À croire que Sarkozy gère la France comme Virapoullé gérait une mairie : les élections approchent, l’heure est aux embauches massives de contrats aidés.
Cette grande opération sera déclinée à La Réunion dans le contexte d’urgence sociale que nous connaissons. Le "JIR" indique que pour le premier semestre, « 12.883 contrats uniques d’insertion ont été accordés à La Réunion (…) soit une augmentation de 34% par rapport à la même période l’année dernière ». Mais si les contrats sont là, les embauches ne suivent pas. Qu’à cela ne tienne, l’État va payer 75% du salaire pour les contrats de droit commun, et 90% pour les CUI attribués aux travailleurs contraints de survivre avec le RSA.
Ce comportement est inhabituel pour deux raisons.
Depuis 2002, le nombre de contrats aidés est en chute libre, tout comme la participation de l’État dans le financement de ces emplois. Cette situation a été maintes fois dénoncée par les Mairies. Mais brusquement, à quelques mois de la présidentielle et des législatives, le nombre de contrats repart à la hausse, tout comme la part de l’État dans leur financement. Voilà de quoi favoriser les embauches massives peu avant les élections.

Près de 13.000 contrats doivent être signés avant juin

À La Réunion, cette opération a lieu dans un contexte de pénurie d’emploi aggravée, où 60% des jeunes sont privés de travail, et où le taux de chômage général est d’environ 30%. Elle est annoncée deux jours après que des présidents de collectivités se soient engagés à dépenser plusieurs millions d’euros d’argent public réunionnais pour financer des baisses de prix sur une soixantaine de produits dont les carburants et la bouteille de gaz.
Cet argent des Réunionnais permet aux monopoles du pétrole et de la grande distribution de changer les étiquettes de prix sans porter atteinte à leurs marges indécentes.
C’est au tour de l’État d’entrer en scène avec ce qui s’apparente à un appel à l’embauche massive de contrats aidés. Sommes-nous à la veille de la plus grande opération de corruption électorale de l’histoire de La Réunion ?

M.M.


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