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Vers un recours contre le projet de route en mer

L’Alliance interpelle le Commissaire européen à la Politique régionale et le gouvernement

Céline Tabou / 16 octobre 2013

A l’occasion d’une conférence de presse, les élues de l’Alliance au Conseil régional ont tenu à alerter l’opinion « à la veille de l’arrivée du ministre de l’outre-mer et du Commissaire européen à la politique régionale, va-t-on sacrifier le développement équilibré de La Réunion au projet de route en mer dite nouvelle route du littoral ? ».

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Béatrice Leperlier, Catherine Gaud et Maya Césari ont rappelé qu’aussi incroyable que cela puisse paraître, aucune mission d’expertise financière et économique n’a validé le projet. Plus grave : toutes les demandes des élus de la République demandant une mission de ce type n’ont reçu aucune réponse de la part du représentant de l’État.

Suite au jugement du tribunal administratif pour la déclaration d’utilité publique du projet, Catherine Gaud, Maya Cesari et Béatrice Leperlier ont réaffirmé leur volonté de «  recourir à tous les moyens possibles  » pour empêcher la réalisation de la nouvelle route du littoral qui est «  un risque majeur pour la sécurité des Réunionnais. Notre objectif est que cette route ne se fasse pas , il en va de notre sécurité » , a indiqué Maya Cesari.

Un jugement dépassé

« Sans surprise, le tribunal a suivi les observations du rapporteur public  », a indiqué Catherine Gaud. Selon cette dernière, «  le jugement pris s’est fait sur la base de données dépassées, car la demande d’utilité publique, datée de mars 2012  ». « On a peut-être perdu ce procès, mais on est convaincu du risque majeur qu’est cette route qui se fait au détriment de la sécurité des Réunionnais » , a précisé Maya Cesari. L’Alliance a deux mois pour faire appel auprès de la Cour de Bordeaux, pour mettre en avant plusieurs dysfonctionnements.

D’un point de vue financier, « la dégradation de la structure budgétaire de la Région » rend « intenable la réalisation de cette route » , a expliqué Catherine Gaud. Il y a « un effet ciseau », avec une baisse des recettes, une diminution des dotations de l’Etat et des impératifs budgétaires, qui expliquent l’impossibilité de la réalisation de cette route.

L’élue a rappelé les obligations de la Région en la matière : « la Région ne peut pas dépasser une hausse de 1,8% des dépenses de fonctionnement par an. Mais depuis trois ans, on est en moyenne à 13%, les dépenses de fonctionnement vont au-delà de la limite fixée » . D’ailleurs, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme, car elle a accordé un dépassement de 1 à 2% par an, a indiqué cette dernière. Lors de l’assemblée plénière de juin, des préconisations ont été faites concernant l’épargne brute, qui «  n’ont pas été tenues, car il y a un différentiel de 10 millions d’euros entre l’épargne anticipée et constatée  ».

«  Tout est en train de déborder, la construction de la route n’est pas tenable  », d’autant plus que d’un point de vue écologique, les avis des experts « montrent une insuffisance dans le projet en matière d’environnement ». Cette route aura des conséquences « énormes sur la nature », a précisé Catherine Gaud. En effet, comme l’ont expliqué les associations ATR-Fnaut, Réagissons !, Collectif Non à la NRL et le Collectif pour la Protection de la Grande et de la Petite Ravine des Lataniers, lors d’une conférence de presse la veille, le projet prévoit une destruction massive de la nature avec une pollution accrue, la disparition d’espèces végétale et animale, cautionnée en partie par la dérogation des espèces protégées, attendues par la Région.

La responsabilité du gouvernement

Pour Béatrice Leperlier, il s’agit d’un «  problème politique. Avec la venue des ministres, le gouvernement doit prendre des décisions sur la dérogation des espèces protégées. Il en va de sa responsabilité ». Les élues de l’Alliance réitèrent leurs demandes d’une expertise économique et financière concernant la nouvelle route du littoral, car «  il faut qu’on assure au moins le financement, mais la Région n’assume pas et n’affronte pas ses propres responsabilités sur les coûts, alors que ce qui mettra tout le monde d’accord, c’est une expertise  », a expliqué Béatrice Leperlier.

De son côté, Catherine Gaud s’est étonnée du silence des institutions et notamment du préfet et des responsables politiques et économiques, car «  il faut mettre le gouvernement face à ses responsabilités. Ils ne peuvent pas rester silencieux ». D’autant plus que les négociations européennes sur le budget 2014/2020 demandent des priorités à définir par la Région vis-à-vis des fonds européens. Mais ces priorités ne sont pas communiquées et les élues dénoncent une opacité concernant les priorités définies par Didier Robert. «  On est inquiet des méthodes de la majorité », a indiqué Maya Cesari. Cette dernière a affirmé qu’une «  concertation doit avoir lieu sur ces priorités, car elles concernent toute l’activité économique de La Réunion ».

Plus de 20% des Fonds européens sur une route ?

L’Alliance demande une plénière exceptionnelle sur les négociations budgétaires 2014/2020, qui «  permettraient une participation large de la population et des élus  ». Selon les dernières informations, près de 20% du budget du FEDER concernant les « autres besoins » seraient alloués au projet de nouvelle route du littoral. «  Cela nécessite un arbitrage, car si plus de 20% des 500 millions d’euros concernant les autres besoins est destiné à la NRL, cela sera au détriment des autres investissements possibles », tels que la construction de collèges et lycées, l’assainissement de l’eau, le traitement des déchets, etc. «  On est tous convaincus des nécessités d’investir dans des domaines divers comme la culture, l’eau, l’éducation, si la collectivité consacre plus de 20% à la route alors d’autres projets seront impactés, notamment dans la santé, la coopération dans l’océan Indien ».

Le projet proposé est « un projet individuel du tout automobile en plein océan indien » , alors que la Commission Européenne axe sa politique vers un transport durable collectif, « ce n’est pas le cas à La Réunion, on espère que Johannes Hahn, commissaire Européen pour la politique régionale, veillera à ce que les fonds soient bien utilisés » a conclu Maya Cesari.

Céline Tabou


Kanalreunion.com