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Vœux à l’Outre-mer : un déplacement de chef de l’État au service d’un parti

Changement de Direction à l’UMP-Guadeloupe pendant le voyage de Nicolas Sarkozy

Manuel Marchal / 12 janvier 2011

Dans notre édition d’hier, nous évoquions la participation du secrétaire général de l’UMP venu dans l’avion présidentiel à un meeting de l’UMP Guadeloupe à Sainte-Anne. Un article paru dans "Domactu" donne le contenu de ce meeting : Jean-François Copé est venu introniser une nouvelle Direction de l’UMP-Guadeloupe. Autrement dit, le déplacement d’un chef de l’État a servi à régler le fonctionnement d’une fédération ultramarine d’un parti parisien.

Au lendemain du discours de Nicolas Sarkozy, il s’avère qu’une seule mesure concrète avait été annoncée par le chef de l’État : le retour de gouverneurs pour mater les élus de la République. En effet, le chef de l’État a indiqué qu’outre-mer, le pouvoir des préfets sera élargi et qu’ils seront là pour se substituer aux élus locaux en cas de problème sur les questions liées au transport ou au traitement des déchets, entre autres.
À l’UMP, ce type de gouvernance est déjà à l’œuvre. À La Réunion, les observateurs connaissent le rôle de Jean Simonetti, missionnaire de l’UMP venu de Paris qui assure de fait d’importantes responsabilités au niveau de la fédération départementale du parti parisien, et cela depuis plus de deux ans.
Mais en Guadeloupe, cette reprise en main du pouvoir parisien apparaît de manière éclatante à l’occasion précisément du voyage de Nicolas Sarkozy aux Antilles.
En effet, juste avant que le chef de l’État commence son discours des vœux, un journaliste de Guadeloupe Première affirmait qu’après cette cérémonie, Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP, devait participer à une rencontre avec la Direction de la fédération UMP de Guadeloupe dans un restaurant à Sainte-Anne. "Domhebdo" donne des précisions sur le contenu de cette rencontre. Il s’est agi de changer la Direction de l’UMP-Guadeloupe, en l’absence de son président qui affirme n’avoir pas été invité.

Le retour des gouverneurs

Rappelons qu’en mars dernier, la liste UMP conduite par Blaise Aldo et Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, avait été battue dès le premier tour avec un score de 14,1%. C’était le plus mauvais résultat enregistré par une liste UMP intégrant un membre du gouvernement, et c’était la seule région où l’UMP n’avait pas été admise au second tour, car la liste fédérant l’opposition à la politique du gouvernement était élue dès le premier tour.
Le compte-rendu du meeting de dimanche à Sainte-Anne est d’ailleurs assuré par Jean-François Copé lui-même : « nous avons nommé un trio qui a deux mois pour élaborer un plan stratégique pour la Guadeloupe. Laurent Bernier va assurer le secrétariat général (…). De plus, je souhaite qu’un homme comme Louis Molinié fasse partie de ce bureau politique, au regard de son expérience et de ses qualités ».
La fédération UMP a deux mois pour élire un président et un secrétaire général, et « il est hors de question que ce soit sous la tutelle de Paris », n’hésite pas à ajouter, sans doute avec une pointe d’humour, le grand chef parisien de l’UMP qui est venu faire le ménage lui-même.

Scandale en Guadeloupe

Manifestement, le secrétaire général de l’UMP est venu mettre une fédération départementale en ordre de bataille à deux mois des élections cantonales.
Mais cette affaire dépasse le simple fonctionnement interne d’un parti. Car Jean-François Copé était dans l’avion présidentiel sans faire partie de la délégation officielle (voir encadré). Or, Jean-François Copé ne fait pas partie du gouvernement, il est le chef d’un parti. Et c’est donc à ce titre qu’il a tenu un meeting en Guadeloupe pour mobiliser son parti à deux mois des Cantonales.
Voilà sans doute là où se situait l’essentiel du voyage de Nicolas Sarkozy aux Antilles. Les vœux à l’Outre-mer, c’était secondaire, l’essentiel étant de faire progresser un parti politique qui présente des candidats à des élections.
Cela pose la question du détournement des moyens de l’État au service d’un parti politique. C’est ce que soulève le site de "France-Antilles Guadeloupe", un journal pourtant historiquement proche du pouvoir UMP, en publiant un commentaire dont voici la teneur : « Que faisait M. Copé dans l’avion présidentiel en tournée d’État ? Est-il un ministre, ce qui justifierait sa présence ? Non, c’est le chef d’un parti politique dont les Français viennent de payer le déplacement en Guadeloupe pour y remettre de l’ordre dans son parti. C’est donc un scandale. Tout comme quand Nicolas Sarkozy reçoit à l’Élysée à nos frais les députés UMP. Confondre visite présidentielle et campagne électorale du candidat Sarkozy est un scandale ! ».

Manuel Marchal


Composition de la délégation officielle

Le programme officiel de la visite aux Antilles du 7 au 9 juillet donne la composition de la délégation, nulle trace du secrétaire général de l’UMP :

« Le Président de la République et Mme Carla Bruni-Sarkozy se rendront en Martinique vendredi 7 et samedi 8 janvier 2011, ainsi qu’en Guadeloupe samedi 8 et dimanche 9 janvier 2011, à l’occasion des vœux à la France d’Outre-mer.
Le chef de l’Etat sera accompagné de M. Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire, de Mme Marie-Luce Pencard, ministre chargée de l’Outre-mer, et de M. Frédéric Lefebvre, secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services, des Professions libérales et de la Consommation (en Martinique uniquement) ».


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