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Vont-ils donner une chance à La Réunion ?

Réunion ce dimanche des représentants de l’UMP

Geoffroy Géraud-Legros / 12 décembre 2009

Le rassemblement des dirigeants de l’UMP sauvera-t-il la formation de l’extrémisme d’« Objectif Réunion » ?

Dans la montée de fièvre politique que chacun peut ressentir à l’approche des élections régionales, il est bon de se souvenir de l’après-guerre, où une très grande majorité des Réunionnais purent se rassembler pour conquérir la décolonisation de notre pays… à laquelle ne s’opposait qu’une frange minoritaire de possédants. Un peu plus de soixante années plus tard, la crise sociale, démographique et environnementale commande de rassembler à nouveau le plus grand nombre derrière une stratégie de développement durable. Cette nécessité d’une union retrouvée des Réunionnais est posée au niveau global, par des constats d’urgence que nul ne peut plus mettre en doute.

Des constats incontournables

C’est la prise de conscience de l’ampleur de la catastrophe environnementale qui a mené les dirigeants du monde entier à se retrouver à Copenhague, dans le but d’enrayer les conséquences du changement climatique. Imagine-t-on que face à un enjeu d’échelle mondiale, les dirigeants du monde renoncent à élaborer une sortie de crise collective pour cause de divergences idéologiques ? C’est de cette aptitude au dépassement final des clivages hérités de l’Histoire que dépend aujourd’hui le sort de la planète.
Les termes de ce choix se décalquent presque à l’identique à La Réunion. En effet, nul ne peut plus nier aujourd’hui la gravité de la situation — 52% de pauvres, 120.000 illettrés, plus de 30% de chômeurs et une jeunesse dont la moitié est privée d’emploi. Nul ne peut non plus nier la nécessité — mise en œuvre dans tous les pays du monde — de remédier à ces maux sociaux et à la crise qui les aggrave par des grands travaux d’intérêt général, dont la réalisation permet d’espérer tant la relance sociale que l’amélioration de la qualité de la vie de tous les Réunionnais. On a même pu se féliciter de ce qu’avec les programmes d’envergure actés au cours des années qui ont précédé l’effondrement de l’économie mondiale, La Réunion soit dotée d’un « plan de relance par anticipation ». Aujourd’hui, à La Réunion comme à Copenhague et comme dans le monde entier, personne ne comprendrait que des querelles partisanes puissent contrecarrer la réponse collective aux défis immenses de la transition vers le développement durable.

Combat d’arrière-garde contre le développement durable.

Malgré ces attentes, on ne peut que constater l’acharnement mis par les représentants d’Objectif Réunion à enrayer systématiquement la réalisation des projets de développement durable. On se rappelle qu’en 2007, Didier Robert, fondateur du mouvement, a supprimé du jour au lendemain la rocade du Tampon, alors même que ce chantier créateur d’emplois et de bien-être était sur le point de démarrer. On se souvient aussi de l’activisme développé par ce groupe contre la route des Tamarins, maintenant plébiscitée par l’immense majorité des usagers. Aujourd’hui, ce sont encore les mêmes qui déploient une énergie considérable dans le but de casser le Tram-train et la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, avec l’appoint de divers groupes de pression à la limite du fanatisme — dont les associations Réagir ou TVA représentées par la bruyante Fabienne Couapel-Sauret ( [1]) Infantilisme ? Pulsion de mort ? Cette attitude est d’autant moins compréhensible que ces projets bénéficient du soutien « loyal » et constamment renouvelé du pouvoir exécutif… que prétend pourtant soutenir Objectif Réunion, formellement rattaché à l’UMP. La ligne “ultra” impulsée par Objectif Réunion est loin d’être universellement partagée au sein de cette formation.

Identité politique archaïque

Pourtant, le poids d’Objectif Réunion est loin d’être négligeable. Cette influence trouve sa source dans l’histoire de notre pays, marqué par un antagonisme idéologique dur au cours des décennies de la guerre froide. Au cours de cette période s’est forgée une culture exaltant la force brute, le refus des convergences, la confrontation idéologique. Aujourd’hui, Objectif Réunion et ses auxiliaires s’affirment en tant qu’héritiers directs de cette tendance. Soumettant les autres représentants de l’UMP à un perpétuel terrorisme intellectuel, les “ultras” n’hésitent pas à exclure pour s’assurer le monopole de la représentation politique à l’intérieur de cette formation. Dans un monde qui a changé, où l’affrontement Est-Ouest a laissé la place à l’universalité de la lutte pour l’environnement, l’orientation empruntée par Objectif Réunion apparaît comme la survivance d’un temps révolu.
La réunion de dimanche posera donc le choix entre deux options : celle de la radicalisation à l’extrême portée par des “ultras” à l’offensive, et celle du partenariat accepté, au-delà des divergences d’options politiques. Les seconds parviendront-ils à sortir du no man’s land dans lequel les a contenu l’occupation du terrain médiatique par Objectif Réunion ? Alors que le Sommet de Copenhague tentera de donner une chance au monde, les Réunionnais pourront-ils, dans cette nouvelle période-charnière, retrouver l’unité nécessaire pour donner sa chance à La Réunion ?

Geoffroy Géraud 


Quand l’outrance d’Objectif Réunion fait honte à ses propres partisans…

Elue sur la liste de Freedom — c’est-à-dire avec le concours d’électeurs communistes — Margie Sudre a aujourd’hui rejoint le groupe des “ultras”, auxquels elle a apporté son soutien dans leur combat contre le Tram-train. Pourtant, la Conseillère régionale parvenait mal à dissimuler sa honte face aux invectives adressées au Président de la Région par ses collègues Paulet Payet et Thierry Sam-Chit-Chong…

[1Voir “Témoignages” du 10 Décembre 2009, “(Avec) qui est Fabienne Couapel-Sauret ?”.


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