Canne à sucre

14,5 euros la tonne : seul prix garanti pour la filière canne à sucre en 2017

L’arrêté sur la prime bagasse fixe un nouveau prix, suffisant pour affronter la concurrence mondiale sur le marché du sucre après la suppression des quotas ?

Manuel Marchal / 20 octobre 2015

Un communiqué de presse conjoint des ministères de l’Écologie et des Outre-mer confirme une annonce du Premier ministre lors de la signature de la Convention canne : la revalorisation de la prime bagasse, avec un nouveau mode de calcul de la pénalité pour taux de fibre insuffisant à partir de 2017. Pendant ce temps, toujours pas de nouvelle des 38 millions d’euros d’aides supplémentaires demandées par la filière. Le communiqué n’en fait pas état.

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Centrale thermique de Bois Rouge. Pendant la campagne sucrière, elle produit de l’électricité avec un produit de la canne, la bagasse.

En juin dernier, Manuel Valls était en visite à La Réunion. Au cours de son séjour, il a signé au nom de l’État la Convention canne. Ce document cadre les relations entre les planteurs, l’industriel et l’État qui verse les aides. Mais à la différence de toutes les autres conventions canne, le prix de la canne à sucre n’était pas fixé pour au moins 6 ans, mais pour seulement deux ans. C’est parce qu’en 2017, c’est la fin du quota sucrier qui permettait d’avoir la garantie d’écouler sur le marché européen à un prix normalement supérieur au cours mondial la totalité de la production sucrière réunionnaise. Cette garantie d’écoulement avait pour conséquence la garantie d’un prix minimal payé par l’industriel pour acheter les cannes des planteurs. C’est ce prix qui a été reconduit pour les campagnes sucrières 2015 et 2016. Pour la suite, c’est l’inconnu et donc l’Echéance 2017 fait peser la menace de la plus grave crise sociale, environnementale et politique de La Réunion du fait du risque d’abandon brutal de la culture de la canne à sucre faute de débouchés pour le sucre. 18.000 emplois soit environ 100.000 personnes pourront en subir de graves conséquences.

Bonus à répartir entre planteurs et industriel

Sans doute pour que l’attention se tourne ailleurs, le gouvernement avait choisi de concentrer la communication sur la satisfaction d’une demande de la filière : la revalorisation de la prime bagasse. Cette promesse s’est concrétisée hier par un arrêté interministériel faisant passer le prix de la prime bagasse de 13 euros à 14,5 euros par tonne de canne. C’est un prix global pour la filière, ce qui signifie que l’augmentation sera répartie entre les planteurs et l’industriel.

L’arrêté indique également un mode de calcul plus favorable : la « neutralisation » du « coefficient de dégressivité de la prime nécessitant une augmentation du taux de fibre de 3 % par an pour maintenir la rémunération ». Cette neutralisation est accordée jusqu’en 2017. Ensuite, le taux de fibre devra augmenter de 0,6 % par an pour ne pas que le planteur soit pénalisé.

Suffisant face à la fin du quota ?

Cette revalorisation est à comparer à l’ampleur de l’inconnu qui attend la filière à partir de 2017. Les planteurs ne savent pas à quel prix ils vendront leurs cannes à sucre dans deux ans. Les Réunionnais ne sont pas les premiers à vivre ce changement. Tout près de nous, les Mauriciens n’ont plus de quota depuis 2009. Ils subissent de plein fouet les conséquences de la baisse du cours mondial. Le prix du sucre payé aux Mauriciens a chuté de 30 %, alors que la production est passée de 600.000 tonnes avant 2009 à 400.000 tonnes aujourd’hui. La crise a vu les intérêts divergents miner la cohésion face au danger. Une étape importante de cette crise sera la dissolution du Syndicat des sucres le 10 novembre prochain, lors d’une ultime assemblée générale de cet organisme regroupant producteurs de cannes et producteurs de sucre. C’est la conséquence de la confrontation au cours mondial.

À La Réunion, cette confrontation se prépare dans des conditions beaucoup moins favorables qu’à Maurice du fait d’un coût de production plus élevé. Une prime bagasse à 14,5 euros ne suffira pas à sauver la filière si l’industriel n’arrive plus à vendre le sucre.


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