Canne à sucre

1969 : 24.000 planteurs et 13 usines dirigées par des Réunionnais
2011 : 3.000 planteurs et 2 usines appartenant à des betteraviers

Une donnée importante des élections d’hier

Manuel Marchal / 20 avril 2011

Les élections des Commissions mixtes d’usine permettent de dénombrer le nombre de planteurs à La Réunion. Ils sont désormais à peine 3.000, soit une perte de plus de 20.000 enregistrée depuis la restructuration de la filière par les accords de 1969. Ces survivants livrent aux deux dernières usines qui ont réussi à être sauvées. Mais depuis l’an dernier, elles sont dirigées par une filiale brésilienne de planteurs de betteraves. Voilà donc le résultat d’une crise de 40 ans.

À trois ans du nouveau règlement sucrier européen, la filière canne a été profondément bouleversée l’an dernier par la disparition des derniers usiniers réunionnais. Désormais, les deux usines qui ont survécu à la restructuration lancée par les accords de 1969 appartiennent à la filiale brésilienne d’une coopérative de planteurs de betteraves. C’est donc dans ce contexte très différent de celui de 2006, avec au cours des cinq dernières années la disparition de livreurs de cannes.
Cette année, ils sont précisément 3.046 à être inscrits en tant que livreurs. Ce nombre donne une idée de l’hémorragie subie par les planteurs depuis les accords de 1969. En une quarantaine d’années, ce sont donc plus de 20.000 planteurs qui ont disparu.
Sur 3.046, ils sont 2.326 à être dans le collège des livreurs de moins de 700 tonnes, c’est-à-dire les petits et moyens planteurs, ceux qui sont les plus fragiles face aux risques de changement brutal des règles qui risque d’être imposé par la mondialisation ultralibérale.

Une autre alternative était proposée

Au-delà du résultat du scrutin, ces données sont essentielles car elles donnent la photographie du monde planteur à trois ans du prochain règlement sucrier européen. Elles démontrent le champ de ruines laissé par l’application de l’accord de 1969.
Rappelons que les syndicats planteurs de la Charte de 1964 avait comme objectif une production de 300.000 tonnes de sucre en 1965, et de 400.000 tonnes en 1970 sur la base du contexte de l’époque, où avec très peu de moyens les planteurs avaient permis aux usiniers de produire plus de 262.000 tonnes de sucre en 1961. En parallèle de cette hausse de la production sucrière, les signataires de la Charte des planteurs proposaient une diversification des produits de la canne, pour la création d’une véritable industrie de cette plante.
Mais c’est un tout autre chemin qui a été imposé par l’État et les usiniers avec l’application d’une nouvelle structure de la filière : le planteur n’est plus le propriétaire de la canne et de tous les produits commercialisés, il est transformé en livreur de matière première sans aucun pouvoir de décision sur les choix de l’industriel. Quant à ce dernier, il a la possibilité de vendre ses terres à cannes et de maximiser les profits issus de la transformation et de les investir dans des domaines totalement étrangers à celui de la canne. C’est le début du cycle de la disparition des usiniers réunionnais.

Un mandat décisif

Les planteurs élus hier ont une responsabilité qu’aucun autre n’a jamais eue avant eux.
Tout d’abord, ils vont siéger aux côtés de représentants usiniers désignés par la direction d’une coopérative de planteurs de betteraves. Ensuite, ils vivront l’application d’un nouveau règlement sucrier dans un contexte d’ouverture des marchés sans précédent. Au moment où l’échéance 2014 arrivera, l’Accord de partenariat économique signé entre l’Europe et les pays voisins sera en effet probablement entré en application. Le sucre restera alors l’unique produit de la canne à échapper à la concurrence des produits importés, mais uniquement pour une période limitée dans le temps.
Autant dire que le mandat qui commence sera celui de la décision pour l’avenir de la filière canne à La Réunion.

Manuel Marchal


La CGPER obtient 74% des suffrages

Les élections aux Commissions mixtes d’usine ont donné quasiment la même répartition des suffrages qu’en 2006 : 74% pour la CGPER et 25% pour FDSEA-JA. Les nouveaux élus auront la responsabilité de siéger au moment où s’appliquera un nouveau règlement sucrier.
Dans le collège des livreurs de moins de 700 tonnes, la CGPER obtient 77% des voix pour 11 sièges, tandis qu’avec 23%, FDSEA-JA emporte 4 sièges.
Dans le collège des livreurs de plus de 700 tonnes, la CGPER est créditée de plus de 67% des voix, tandis que FDSEA-JA est à 32,73%. Les dix sièges sont répartis pour moitié pour la CGPER et pour moitié pour FDSEA-JA.
Dans les cinq bassins, la CGPER arrive largement en tête. 62% des inscrits ont pris part au vote. Dans un communiqué diffusé hier soir, la CGPER demande une révision du mode de scrutin, afin que le nombre de sièges attribués soit plus représentatif du résultat de l’élection.


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