Canne à sucre

À La Réunion, « une crise économique, sociale, et environnementale d’ampleur »

L’échéance 2017 au Sénat

Témoignages.re / 19 juillet 2014

Mercredi soir, le Sénat a débattu du projet de loi d’avenir pour l’agriculture. Gérard Le Cam est intervenu au nom du groupe CRC. Il a conclu son discours par un rappel de la menace qui pèse sur La Réunion avec la fin des quotas et du prix garanti du sucre dans 3 ans. Voici l’extrait de son intervention concernant ce point.

« En ce qui concerne l’agriculture ultramarine. Les territoires d’outre-mer sont soumis à des contraintes propres. Je voudrais dire quelques mots plus particulièrement sur La Réunion et sur la production de canne à sucre. Il se prépare à La Réunion en raison des la dérégulation des politiques de l’Union européenne une crise économique, sociale, et environnementale d’ampleur.

En effet, l’Europe, suite à une plainte de pays producteurs de sucre (Brésil, Australie) déposée auprès de l’OMC (en 2008), a décidé de supprimer d’une part les quotas, d’autre part, le prix garanti. 30.000 emplois sont concernés, directement ou indirectement (planteurs, coupeurs de cannes, ouvriers d’usine, transporteurs, dockers, commerçants etc.), 25.000 hectares seront livrés à l’érosion. C’est le quart des exportations réunionnaises qui est mis en suspens. En termes financiers, l’exportation canne / rhum représente 93,2 millions d’euros. Le plus gros poste d’exportation pour La Réunion !

Pour l’heure, La Réunion est assurée de vendre tout son sucre à l’Union Européenne à un prix garanti, mais dans 3 ans, ce sera fini. Le sucre de canne de La Réunion se retrouvera sur le marché européen en concurrence directe avec le sucre de la betterave. Or le prix du sucre de canne est plus élevé que celui de la betterave, le différentiel étant de 200 euros la tonne. La fin des quotas et la fin du prix garanti du sucre réunionnais vendu en Europe, c’est 2017. D’où l’inquiétude des usiniers et des planteurs.

Comme vous le savez, la durée de l’exploitation du pied de canne est de 5 à 8 ans. S’il faut replanter, il faut le savoir aujourd’hui. Mais pour l’heure, les planteurs n’ont aucune visibilité sur la question des quotas, sur celle du prix d’achat.

Ce grave problème démontre, si c’était encore nécessaire, que les politiques nationales agricoles sont largement contraintes par les politiques définies au niveau de l’Union européenne de l’organisation mondiale du commerce. Or, la voie qui est prise est celle de la dérégulation, de la libéralisation au détriment des hommes et de l’environnement.

Comme vous, nous sommes convaincus que nous avons besoin d’un nouveau modèle agricole à la fois plus durable et qui permette d’assurer notre indépendance alimentaire. Un modèle qui préserve les éco systèmes et valorise de nouvelles pratiques agronomiques vertueuses pour les hommes et l’environnement. Le projet de loi propose des pistes intéressantes et offre des outils pertinents, mais qui trouveront vite leur limite si on ne soustrait pas l’agriculture aux règles purement marchandes et concurrentielles. »


Kanalreunion.com