Canne à sucre

Avenir de la canne à sucre : Paul Vergès ne croit pas aux miracles

La France prête à remettre en cause ses relations commerciales avec le Brésil, l’Inde, ou l’Australie ?

Manuel Marchal / 11 mai 2016

La Réunion ne fera pas exception à la mondialisation, c’est la menace sur la filière canne-sucre avec la fin du quota et du prix garanti l’année prochaine. 2016 sera donc la dernière coupe dont le produit a la certitude d’être vendu, mais en 2017 ?

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La Réunion est un pôle d’excellence international dans la recherche variétale sur la canne à sucre.

Hier en conférence de presse, Paul Vergès est revenu sur une conséquence de la mondialisation : la menace sur les 18.000 emplois de la filière canne-sucre. Notre île est un pays de monoculture de canne à sucre. L’OMC a obtenu la fin du règlement sucrier comportant des protections et des subventions. C’est l’ouverture des marchés. Que deviendra La Réunion face à la concurrence du Brésil, Inde, Afrique du Sud ?

2016 sera la dernière coupe de canne normale, avec la garantie sur le volume et le prix. 2017 verra la fin du quota et du prix garanti de la principale production agricole de La Réunion, mais personne ne parle, a constaté Paul Vergès.

Certains espèrent que la France va se battre pour imposer à l’Europe des règles qui protégeront le sucre réunionnais de la concurrence mondiale.

« La France va-t-elle compromettre sa politique commerciale avec le Brésil, Inde et Australie pour sauver le sucre de La Réunion ? », interroge Paul Vergès, qui précise qu’il ne croit pas aux miracles.

Lettre au gouvernement

Il rappelle qu’il a écrit à Harlem Désir, secrétaire d’État aux Affaires européennes, au sujet des APE qui menacent non seulement la canne, mais toute la production réunionnaise. Le marché réunionnais sera en effet ouvert à la concurrence des marchandises produites dans tous les pays autour de La Réunion.

La zone économique de libre-échange est en marche, du Caire à Cape Town, dont les îles de la COI. L’ultime étape est la signature de l’APE entre Union européenne et les représentants de 600 millions d’habitants.

Comment faire quand les droits de douanes et les taxes seront abolies ?

Paul Vergès demande donc au gouvernement de donner sa position sur cette question. Et de souligner que tous les courriers précédents adressés par le sénateur sur ce thème ont toujours obtenu la même réponse : le silence est total.

Sauvegarder les acquis sociaux

C’est pourquoi il avance une proposition qui prend en compte la croissance démographique de notre région, et les atouts accumulés depuis deux siècles par l’industrie sucrière réunionnaise en matière d’expertise.

L’industrie sucrière malgache devra être capable de faire face à un marché domestique de 100 millions en 2100. La Réunion pourrait être la base de rayonnement de la production industrielle et agricole dans toute la région. C’est la proposition de faire de La Réunion une terre d’expérience de l’innovation agricole pour la région. Mais il faut agir vite, car les deux atouts dont elle dispose ne dureront pas éternellement. Il s’agit de l’avance prise dans le domaine de la formation et de la recherche, ainsi que de la place de la francophonie dans l’océan Indien. C’est un moyen de sauvegarder les acquis sociaux dans un compromis avec l’intégration dans notre environnement géoéconomique.


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