Canne à sucre

Baisse de 21 % du prix du sucre en 2015

À 18 mois de la fin des mesures protégeant le sucre réunionnais, une nouvelle très inquiétante

Manuel Marchal / 8 janvier 2016

Selon la FAO, le prix du lait a connu une baisse de 28,5 % l’an dernier à cause de la surproduction liée à la fin des quotas en Europe et à la diminution des achats de la Russie et de la Chine, deux pays qui ont connu un ralentissement économique. Celui du sucre a chuté de 21 %. À moins de deux ans de la fin du débouché et du prix garantis pour le sucre de La Réunion, cette situation est extrêmement inquiétante.

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Face à la concurrence mondiale, quel avenir pour le sucre de La Réunion l’an prochain ?

À un peu plus de 18 mois de la fin du quota sucrier dont bénéficie La Réunion, la FAO annonce une chute brutale des cours mondiaux des produits agricoles. La surproduction et l’incertitude de l’avenir en sont les principales raisons.

Le lait a subi le plus grand recul. Son prix a chuté de 28,5 % en 2015, et atteint son point le plus bas depuis 9 ans. Les causes sont la fin des quotas en Europe, ainsi que le recul des commandes de la Russie et de la Chine, deux pays touchés l’an dernier par un ralentissement économique.

Pour sa part, le prix du sucre a baissé de 21 % l’an dernier. C’est là aussi la conséquence d’une offre supérieure à la demande. L’Organisation internationale du sucre anticipe un possible renversement de tendance en 2016 et en 2017.

Pour les huiles végétales, la diminution du prix était de 19 %. La baisse du prix du pétrole est une des explications.

Fin du quota l’an prochain

Ces signaux sont autant d’alertes pour la filière canne-sucre de La Réunion. Les États de l’Union européenne, notamment la France, ont voté pour la fin des quotas sucriers en 2017. Ce sera une première pour La Réunion, car pour la première fois depuis des décennies, les producteurs n’auront plus la certitude de pouvoir écouler tout le sucre sur le marché européen à un prix rémunérateur. C’est la fin de la protection dont bénéficie le sucre réunionnais, et donc également du prix garanti.

Cela se reflète dans le texte de la Convention canne signé 2015-2021 signé au mois d’août dernier par Manuel Valls, Premier ministre, lors de sa visite à La Réunion. Ce document fixe le prix de la canne pour les campagnes 2015 et 2016, mais pas pour 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021.

Demandes toujours pas satisfaites

Suite à la décision supprimant les quotas sucriers, la filière canne-sucre a fait en 2014 plusieurs propositions pour affronter la concurrence sur le marché mondial. Le sucre produit à La Réunion a en effet un coût de production plus élevé que le sucre de betterave d’Europe. Il est aussi plus cher que le sucre roux de canne venus d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie. Cela pose le problème du débouché pour la production réunionnaise. Auditionné par des députés en 2014, le responsable de Tereos Océan Indien, propriétaire des deux dernières usines sucrières de La Réunion, avait souligné que si l’industriel n’est pas sûr de vendre le sucre qu’il produit, alors il n’achètera pas la canne des planteurs.

C’est pourquoi deux demandes visent à compenser le coût de production plus élevé du sucre réunionnais par rapport à la concurrence internationale.

Tout d’abord une hausse de 38 millions d’euros de la subvention annuelle versée par l’État pour la porter à 128 millions pour tout l’outre-mer. Ensuite, l’exclusion des sucres spéciaux des accords commerciaux signés entre l’Union européenne et d’autres pays.

En août 2014, le président de la République était venu à La Réunion dire qu’il soutenait ces revendications, tout en rappelant que tout dépendait du choix de l’Union européenne.

De nouveaux concurrents

Près de 18 mois plus tard, rien n’est acquis. Pas de nouvelle d’un accord de l’Union européenne pour autoriser la France à verser une aide d’État de 128 millions d’euros aux filières canne-sucre d’Outre-mer.

Quant à la seconde revendication, des négociations avec le Vietnam indiquent que l’Union européenne n’est pas prête pour le moment à la satisfaire. Le projet d’accord soumis aux autorités de l’Union européenne prévoit que 20.000 tonnes de sucre vietnamien pourront arriver sur le marché européen, sans que la nature de ce produit soit définie. Cela pourrait être très bien des sucres spéciaux.

Les prochaines discussions commerciales de l’Union européenne se feront notamment avec le Brésil et la Thaïlande, deux pays parmi les plus grands exportateurs de sucre du monde.

Si aucune mesure ne permet de protéger le sucre réunionnais, il aura d’importantes difficultés à se vendre sur son marché traditionnel, et il devra se confronter à la concurrence mondiale.

La Réunion ne fixe pas le cours mondial

Les informations de la FAO montrent combien le prix du sucre peut varier. Cela dépend de facteurs sur lesquels La Réunion n’a aucune prise. La reprise attendue par l’Organisation internationale du sucre peut en effet être rapidement contrariée par la poursuite du ralentissement économique de la Chine, ainsi que par le maintien des sanctions économiques contre la Russie. Car pour répondre aux mesures de l’Union européenne, le gouvernement russe a choisi de suspendre toute importation de produits agricoles de l’UE.

Le climat et le prix du pétrole sont d’autres paramètres qui peuvent encore faire tomber le cours du sucre.

La filière canne-sucre de La Réunion pourra-t-elle y résister ?


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