Canne à sucre

Baisse de 37% des revenus pour les planteurs à Maurice

"Sucre : « agissons maintenant si nous voulons éviter un désastre »"

Témoignages.re / 23 juillet 2010

La filière canne à Maurice est confrontée à une situation très difficile pour le sucre, indique un article paru lundi 12 juillet dernier dans les colonnes de notre confrère mauricien "L’Express". Depuis l’an dernier et la fin de l’application du Protocole Sucre, la filière canne de Maurice est confrontée au prix du marché. Elle a décidé de miser sur le sucre blanc vendu à Südzucker et sur l’ouverture du capital industriel aux planteurs. Mais tout cela ne suffit pas à contrer les effets de la baisse de l’euro. Voici la reproduction de cet article de "l’Express", avec des inter-titres de "Témoignages".

Devant la « gravité » de la situation dans le secteur sucrier, la Chambre d’agriculture propose tout un ensemble de mesures financières et autres pouvant aider les producteurs à maintenir leurs revenus et ainsi contrer les effets de la baisse de l’euro. Si rien n’est fait dans l’immédiat, les dégâts à l’industrie sucrière risquent d’être « énormes » dans les deux ans à venir.
« La situation est sérieuse et critique. Le problème majeur réside dans le fait que les revenus sont en baisse. Des problèmes de trésorerie en découlent. Il faut des mesures immédiates pour soulager les producteurs dans leur ensemble, car demain il sera trop tard. Il est souhaitable que l’on puisse trouver des moyens tout de suite pour augmenter leurs revenus », explique Thierry Merven, président de la Chambre d’agriculture.
Selon lui, il est indispensable de terminer la réforme. Or, cela requiert des investissements de l’ordre de Rs 4,5 milliards (113 millions d’euros - NDLR). C’est pour cela qu’il est en faveur d’une « ligne de crédit spéciale » des autorités. Ce qui permettrait de réaliser ces investissements et de compléter la réforme car il faut procéder à des centralisations sucriéres pour atteindre le nombre de quatre usines prévues dans la Multi annual adaptation strategy (MAAS, Stratégie pluriannuelle d’adaptation de la filière canne mauricienne - NDLR).
Le secteur a aussi besoin d’un rééchelonnement de ses dettes, estimées à Rs 6 milliards (152 millions d’euros - NDLR) présentement.
De ce fait, un allégement du "servicing" de la dette est souhaitable.
Selon Thierry Merven, il est souhaitable de donner la possibilité aux producteurs d’aller de l’avant avec de nouvelles unités dotées d’installations plus performantes afin de leur permettre d’optimiser davantage l’utilisation de la bagasse.

Méthanisation de la bagasse et éthanol

Le secteur sucrier s’intéresse à la méthanisation de la bagasse, actuellement au stade expérimental à l’étranger, car cela ouvrira de nouvelles perspectives pour l’industrie de la canne. À travers la fermentation de la bagasse, on peut produire du méthane. Ce procédé aiderait à produire deux fois plus d’énergie avec la même quantité de bagasse d’après les essais effectués.
En ce qui concerne la production de l’éthanol, le président de la Chambre d’agriculture pense que l’industrie a besoin d’un cadre législatif clair donnant la garantie que l’éthanol sera utilisé localement pour les véhicules, notamment. Sans cela, les producteurs potentiels, à l’exemple d’Omnicane , n’auront pas d’autre choix que d’exporter leur production.

Les planteurs actionnaires des usines

« Il faudrait aussi rendre opérationnel le Cane democratisation fund afin que les petits planteurs puissent devenir rapidement actionnaires des centrales thermiques et futures distilleries », souligne Thierry Merven. Et d’ajouter : « Ce qui leur permettrait d’obtenir des revenus supplémentaires. Cela les encouragera à poursuivre leurs activités et assurera une masse critique de matières premières aux usines sucrières, raffineries, centrales thermiques et distilleries ». Le taux d’abandon des champs de cannes par les petits producteurs, principalement à cause de la chute des revenus liée à la baisse de l’euro, est inquiétant.
Ces abandons de champs de cannes réduisent le potentiel de productions à venir.
« S’il n’y a pas cette masse critique, c’est la viabilité des installations industrielles et des investissements qui est menacée. Le pays a des engagements commerciaux avec l’Europe pour fournir du sucre raffiné. Si nous n’arrivons pas à honorer ces engagements, cela aura des conséquences financières. De plus, c’est la crédibilité du pays qui risque d’en prendre un coup ». Un autre moyen d’augmenter les revenus des producteurs est la réduction de 50 % du "cess" , qui est un prélèvement direct appliqué sur les revenus des producteurs. Le "cess" représente 10 % de leurs revenus, soit Rs 1.200 (30 euros - NDLR) par tonne de sucre.

Impact de la baisse de l’euro

La reforme du secteur sucre avait été initiée pour contrer les effets de la baisse de 36% du prix dans le sillage des changements apportés par l’Union européenne à son régime sucrier. Cependant, la baisse, totalement imprévisible, de l’euro est venue compliquer la situation.
Pour la campagne 2005-2006, les revenus des producteurs étaient de Rs 9,1 milliards (229 millions d’euros - NDLR), alors que pour 2010-2011, ils sont estimés à seulement Rs 5,7 milliards (144 millions d’euros - NDLR), ce qui est perçu comme un recul considérable. Pour 2010, la tonne de sucre est estimée à Rs 12.700 (320 euros - NDLR), contre Rs 17.626 (444 euros - NDLR) en 2005-2006.
Aux baisses de revenus s’ajoutent celles de la production sucriére, qui est passé de 520.000 tonnes à 450.000 tonnes aujourd’hui.
« L’industrie est endettée. Nous avons des problèmes de trésorerie. Les revenus sont extrêmement bas alors que les dépenses sont en hausse. Les intrants, qui sont importés, sont facturés en dollar, qui s‘apprécie, et l’industrie n’est pas viable aujourd’hui. Ces problèmes menacent la réforme », fait ressortir Thierry Merven.
D’autres problèmes sont les incendies à caractère criminel et les vols d’équipements d’irrigation, qui deviennent des « fléaux ». À Riche-en-Eau, où un peu plus de 80 % de la récolte sucrière se fait mécaniquement, les incendies criminels de canne, avant la récolte, ont déjà coûté Rs 13 millions à cet établissement cette année. Prés de 10.000 tonnes de cannes — ce qui représente 1.000 tonnes de sucres — sont ainsi parties en fumée.
À une question de "l’Express" qui lui a demandé si les pertes dans la production sucrière ne sont pas « compensées » par les profits de la production énergétique, Thierry Merven répond : « Ce n’est pas le cas.
Ce ne sont pas les mêmes compagnies et actionnaires qui sont concernés. Ce sont des métiers différents. C’est un ensemble de revenus, mais il faut que chaque opération soit viable. On ne peut pas parler de compensation ».


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