Canne à sucre

Canne à sucre : François Hollande n’a rien réglé

Le président de la République n’a pas démenti la fermeture de Bois-Rouge

Manuel Marchal / 22 août 2014

Très attendu sur le dossier de la filière canne, le président de la République a renvoyé la décision sur l’Europe sans donner de calendrier. La seule certitude, c’est l’échéance 2017, date de la fin du quota sucrier et de la mise en concurrence du sucre réunionnais avec la production mondiale. Cette non décision est un fait caractéristique de son séjour.

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La décision tant attendue n’est pas venue. Pour Bois-Rouge et la filière canne, l’avenir est toujours flou.

François Hollande est arrivé, hier, à La Réunion. De nombreux dossiers étaient au programme. L’un d’entre eux focalise l’attention, c’est l’avenir de la filière canne. L’affaire est suffisamment sérieuse pour que le ministre de l’Agriculture accompagne le chef de l’Etat. Après l’atterrissage à Pierrefonds et le passage à Saint-Joseph, direction Bois-Rouge, une des deux dernières usines sucrières de La Réunion. François Hollande doit y faire d’importantes annonces pour la filière canne en présence de plusieurs responsables politiques et économiques, dont le sénateur Paul Vergès.
Les données sont connues. A partir de 2017, l’ouverture à la concurrence internationale menace les ventes de sucre de La Réunion. Une aide annuelle supplémentaire de l’Etat est sollicitée pour compenser le manque de compétitivité : 38 millions d’euros en plus de l’enveloppe actuelle de 90 millions d’euros. A cela s’ajoute la demande d’exclure le sucre roux des discussions commerciales entre l’Europe et des pays exportateurs.

L’Europe continue de signer des accords avec les concurrents

Trois intervenants se sont succédés à la tribune : Philippe Labro, président de Téréos Océan Indien, le député Jean-Claude Fruteau et le président de la République. Les planteurs n’étaient donc pas invités à prendre la parole : une exclusion qui en dit long sur l’esprit du Président.
Philippe Labro a jeté un froid en expliquant que l’Europe continue de signer des accords avec d’autres pays pour les autoriser à y écouler d’importantes quantités de sucre de canne. Ces marchandises seront en concurrence directe avec le sucre réunionnais dans moins de trois ans. Le président de Téréos Océan Indien cite un accord signé début juillet avec l’Équateur. Il souligne aussi que le 25 juillet, l’Union européenne a commencé à examiner un projet d’accord avec l’Afrique du Sud. Il porte sur l’importation par l’Europe de 100.000 tonnes de sucre de canne qui sera raffiné en sucre blanc, et de 60.000 tonnes de sucres spéciaux. C’est quasiment la production réunionnaise. Un tel fait relativise déjà toutes les déclarations officielles entendues hier.
Jean-Claude Fruteau a alors répliqué, en disant que ce qui a été signé ou va l’être est la conséquence de discussions commencées depuis longtemps. Mais l’Europe a changé d’attitude depuis que la mobilisation a commencé, a-t-il dit en substance. Le Député de l’Est est trop rompu à ce genre de situation pour ne pas souligner la faiblesse de son argument car il ne donne aucun document qui le prouve.

L’Europe écoutera-t-elle la France ?

François Hollande est ensuite intervenu. Il a affirmé que l’aide nationale est indispensable compte-tenu de la fin des quotas. Il a repris la proposition du rapport de la délégation de l’Outre-mer de l’Assemblée nationale, soit une augmentation de 38 millions d’euros de l’enveloppe. Ces 128 millions d’euros seront donc « ce montant que nous présenterions aux autorités européennes » pour garantir l’avenir de la filière.
Car c’est là le point décisif : l’aide supplémentaire de l’Etat est soumise à un accord de l’Union européenne. C’est en effet une aide d’Etat qui compense un coût de production plus élevé à La Réunion.
François Hollande aurait dû venir avec l’accord de Bruxelles pour le versement de cette aide. Mais ce n’a pas été le cas.
Même chose pour les sucres roux : le président de la République affirme que la France sera très vigilante sur ce point lors des négociations entre l’Europe et ses partenaires commerciaux. Comme pour l’aide publique, le chef de l’Etat s’est contenté d’une proposition mais n’a pas donné la décision attendue.
Par conséquent, en considérant les déclarations des 3 intervenants, on peut affirmer que le président de la République n’a donné aucune garantie pour la survie de la filière après 2017. La décision est reportée à plus tard, sans certitude sur un résultat positif pour les milliers d’emplois qui en dépendent. Si à son niveau décisionnel, il existe encore tant d’incertitudes, alors que les données sont connues depuis 10 ans, alors la situation est très sérieuse, et la menace de fermeture de Bois rouge reste entière.

M.M.


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