Canne à sucre

Canne à sucre : Maurice donne une leçon de transparence à La Réunion

Qui gagne quoi et combien ?

Manuel Marchal / 29 décembre 2016

Une des revendications du PCR est de faire la transparence sur les recettes tirées de la canne à sucre. Cette demande se heurte systématiquement à un refus. À Maurice, n’importe qui a accès à toutes les données concernant les recettes de la canne à sucre et la répartition des richesses créées. Pourquoi ce qui est possible à Maurice ne l’est-il pas à La Réunion ?

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Photo Toniox

L’année prochaine, la filière canne-sucre subira les effets de la fin des quotas sucriers. Jusqu’à présent, les fabricants de sucre de La Réunion avaient la certitude de pouvoir vendre la totalité de leur production sur le marché européen. L’Union européenne est en effet tenue d’acheter le sucre invendu à hauteur d’un quota que les usines réunionnaises n’ont jamais atteint. Le prix minimal payé est fixe, et se situe au-dessus du cours mondial. C’est sur cette base que le prix de la canne est établi depuis plus de 20 ans. L’année prochaine, cette sécurité prendra fin.

En 2015, Manuel Valls, Premier ministre, a participé à la signature de la Convention canne 2015-2021. À la différence des autres Conventions-canne, celle actuellement en vigueur ne définit pas le prix de la canne pour la durée de cet accord impliquant l’État, les usiniers et les planteurs. Elle se contentait de reconduire le mode de calcul du prix de sa devancière pour les campagnes sucrières 2015 et 2016. Pour 2017 et les années suivantes, rien n’est défini. Tout dépend de négociations que les signataires doivent mener à bien dans les semaines qui viennent. Elles dépendent des aides publiques qui seront effectivement versées par la France et l’Europe.

Fin des quotas

La fin des quotas est un bouleversement. Il ne permet plus d’avoir la garantie que tout le sucre produit sera vendu. D’où cette conclusion faite par le président du Syndicat du sucre de La Réunion lors de son audition par la délégation de l’Outre-mer de l’Assemblée nationale : « si les industriels ne sont pas sûrs de vendre leur sucre, ils n’achèteront pas les cannes des planteurs ».

Le gouvernement a obtenu un accord de l’Union européenne pour verser une somme de 38 millions d’euros par an pour compenser le coût de production plus élevé du sucre fabriqué outre-mer. Cela répond à une partie des revendications de la filière, mais cette aide devra être renégociée tous les ans à chaque Budget.

Revendication du PCR

Pour sa part, le Parti communiste réunionnais demande que la filière soit pérennisée en valorisant au mieux toutes les productions possibles de la canne à sucre. Il propose également que la transparence soit faite sur toutes les recettes de la filière. Ce dernier pose problème. L’industrie sucrière est aujourd’hui la propriété d’un groupe français, Tereos. La lecture de son rapport annuel ne permet pas de connaître précisément les sommes gagnées grâce à la transformation de la canne à sucre à La Réunion. Sa consultation est même rendue plus difficile car il n’est plus possible de le télécharger. Seule est possible sa lecture en ligne. Elle permet de constater que l’activité des deux sucreries réunionnaise tient en moins d’une demi-page A4.

Le site du Syndicat du sucre de La Réunion fait également part d’une même discrétion, avec aussi l’impossibilité de télécharger un document telle que la Lettre des industriels sucriers. Là aussi, seule la lecture à l’écran est possible.

La transparence à Maurice

Force est de constater qu’à Maurice, le pays géographiquement le plus proche de La Réunion, la transparence est d’un tout autre niveau. Tous les ans, le Syndicat du Sucre de Maurice publie un rapport annuel qui présente notamment les données suivantes : quantité de sucre transformée, quantité de sucre vendu par pays, identité des acheteurs, sommes gagnées grâce à la transformation de la canne à sucre, sommes versées aux planteurs au titre du paiement du sucre et de la mélasse.

Le rapport annuel du Syndicat du sucre de Maurice donne également une prévision des ventes de sucre pour la campagne en cours.

C’est un ouvrage de 80 pages qui permet à toute personne souhaitant s’informer sur la filière canne-sucre de Maurice de connaître les revenus tirés du sucre et la répartition des richesses créées.

Ce qui se fait à Maurice montre donc qu’il est possible de répondre à la revendication du PCR. Alors que la filière canne-sucre de La Réunion joue sa survie, il est important de s’inspirer de l’exemple mauricien pour que tout le monde puisse être informé.

Voici quelques exemples de données publiées dans le rapport annuel 2016 du Syndicat du sucre de Maurice.

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Ventes de sucre de l’année passée et perpectives de ventes de sucre pour la coupe en cours.
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Recettes des ventes de sucre et de la bagasse.



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Messages






  • Êtes vous vraiment au courant de ce qui se passe à l’île Maurice pour son industrie sucrière ? Endirai que non.
    Depuis 2009, c’est près de 11 000 hectares de surface cannier qui ont eté perdu jusqu’a ce jour. Planteur sous payé, salarié d’usine qui grève constamment â cause des salaires médiocres que leurs payent les industriels. Depuis 2012, leurs objectifs annuels de 4 000 000 de tonnes de cannes recoltés ne sont plus atteint (faute à la diminution de la surface cultivé en canne et de la diminution du nombre de planteurs) et la recolte de 2015 et 2016 ne leurs a pas permi d’atteindre les 400 000 tonnes de sucres produites. Si sa ce n’est pas une catastrophes ! Entre temps, une usine à été fermée (deep river beau champs). Tandis que à la Reunion, ce n’est que 6 000 hectares de surface cannier qui ont été perdu (dont 1 000 ha qui ont été convertie pour du maraichage et en prairie) depuis la decenie 80 et 90, qui a marqué l’affaiblissement de l’industrie cannier à la Reunion (fermeture de 10 usines). Chez nous les choses ne sont pas si catastrophique que sa en a l’air. De plus il nous reste 7 000 hectares de terre en friche à recuperer dont 5 000 pour la canne à sucre et 2000 ha pour le maraîchage et prairie.

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    • Êtes vous vraiment au courant de ce qui se passe à La Réunion pour son industrie sucrière ? Si oui, pouvez-vous dire quelles ont été les recettes tirées par la vente de sucre en 2015, et combien a été reversé aux planteurs et aux ouvriers ?
      Si vous ne le pouvez pas, comment expliquez-vous que cette information soit publique à Maurice et pas à La Réunion ?

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  • je ne suis pas planteur mais j’ai du mal à comprendre comment à La Réunion, on peut s’enorgueillir de la fermeture de 10 usines sucrières ! seul un usinier peut écrire cela.

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