Canne à sucre

Canne à sucre : toutes les communes concernées

Un enjeu capital des élections municipales

Manuel Marchal / 12 mars 2014

Dans trois ans, c’est la fin du quota sucrier. Comment sera compensée la fin du prix garanti du sucre ? A ce jour, aucune réponse n’a été donnée. Tous les maires qui seront élus d’ici la fin du mois auront à faire face aux conséquences de la fin du quota. Sont-ils prêts à se battre aux côtés des planteurs pour sauver l’essentiel ?

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Plantations, usines, exportation : toutes les communes de La Réunion sont concernées par la canne à sucre et ses emplois.

Les élections municipales ont lieu dans un contexte particulier, celui de la fin du régime des quotas sucriers. Implantée depuis 200 ans à La Réunion, la canne à sucre a été à maintes reprises au cœur des batailles électorales. Mais en 2014, au moment décisif, cette question est manifestement sous-estimée alors que la situation n’a jamais été aussi grave.

À La Réunion, le prix de la canne découle en grande partie de celui du sucre. Depuis le début du 20e siècle, les producteurs de sucre réunionnais bénéficient d’un accès préférentiel au marché français puis européen. Avant la seconde guerre mondiale, cela s’appelait le contingent. La Réunion avait droit à un volume global qui devait ensuite être réparti entre les différentes sociétés sucrières. À cette époque, les usiniers détenaient aussi le pouvoir politique. Les élections étaient donc un moyen d’influer sur la répartition du contingent, et les batailles étaient quelques fois des affrontements meurtriers. Le contingent est devenu le quota. Avec l’intégration à l’Europe, La Réunion a droit aujourd’hui à un prix minimum garanti pour un quota de 300.000 tonnes de sucre. Il n’existe plus aujourd’hui qu’un seul usinier, c’est Téréos. La question n’est donc plus de savoir à qui va bénéficier le quota.

Celle qui est posée aujourd’hui est encore plus grave. L’Union européenne a décidé de mettre fin au quota en 2017. Ce sera alors la fin du prix garanti dont la filière bénéficie depuis plus d’un siècle. Cette brutale remise en cause nourrit les interrogations : quel avenir pour les planteurs et la filière ? Tout dépendra de la stratégie de l’usinier, c’est le point de vue de Dacian Ciolos, le Commissaire européen à l’Agriculture.
Devant ce flou, les futurs maires seront en première ligne.

Bien plus qu’une usine

La filière canne, ce sont plus de 3.000 livreurs et plus de 10.000 emplois. C’est aussi la production d’une part importante de l’électricité à La Réunion. Des champs de canne à sucre existent dans toutes les communes sauf au Port. Mais c’est au Port qu’est implantée toute la structure d’exportation : silos, containers… Les deux dernières usines se situent à Saint-André et à Saint-Louis. Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Benoît sont des citées regroupant le plus grand nombre de planteurs.

La Réunion a déjà vécu des crises dans l’agriculture. Celle de la vanille a sinistré l’Est. Celle du géranium a ruiné les hauts du Guillaume au Tampon. Mais la canne est bien plus répandue de toutes ces cultures.

Or, ce sujet est passé sous silence pendant la campagne électorale. Il n’a été abordé qu’une fois à une heure de grande écoute à la télévision, et pas directement. Lors du débat sur Sainte-Marie, Jean-Louis Lagourgue avait expliqué pourquoi les effectifs des employés communaux avaient augmenté de manière importante sous la mandature d’Axel Kichenin, son prédécesseur. C’était la conséquence de la fermeture de l’usine de la Mare, qui avait amené la Mairie de Sainte-Marie à participer au traitement social du chômage sous la forme d’embauches dans la commune.
Mais cette fois, l’enjeu dépasse largement une seule usine.

De plus, les conditions ne sont plus celles de l’époque de la fermeture de la Mare. Les collectivités ne sont pas épargnées par la crise. Les subventions de l’Etat diminuent et les besoins de service public augmentent. La population est toujours aussi pauvre, et toute augmentation des impôts est un drame. Il est donc clair que les communes ne peuvent plus embaucher pour atténuer l’impact d’une crise économique.

3 ans pour agir

Il ne reste que 3 ans pour se préparer, et ce cours délai n’est pas suffisant pour réaliser une restructuration complète de la filière face à la mise en concurrence avec des pays comme le Brésil.

Il est possible de surmonter la fin du quota si les richesses de la canne à sucre sont réparties équitablement entre les planteurs et l’usinier, et si de nouveaux produits sont valorisés. Le potentiel est immense, mais le combat est à mener.

La responsabilité des futures équipes municipales est importante. Elles peuvent contribuer à gagner cette bataille en soutenant la lutte décisive des planteurs. Car si la crise venait à éclater, alors tous ces maires seraient en première ligne sans moyen pour faire face à une catastrophe sans précédent touchant une filière de plus de 10.000 emplois.

M.M. 


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