Canne à sucre

Convention canne 2015-2021 : tout dépendra des 38 millions

Signature dans l’urgence d’un document qui permet de commencer la coupe

Manuel Marchal / 12 juin 2015

Le Premier ministre a participé hier à la cérémonie de signature de la Convention canne à la préfecture aux côtés de représentants de Tereos et des planteurs. Le document permet un démarrage de la campagne dans l’urgence en sécurisant 2015 et 2016. Pour la suite, tout dépendra du versement des 38 millions d’euros supplémentaires à partir de 2017 que la France devra demander à l’Union européenne.

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George Pau Langevin, ministre des Outre-mer, et les signataires : Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’agriculture, Philippe Labro, président du Syndicat du sucre de La Réunion, Florent Thibault, co-président industriel du CPCS, Dominique Sorain, préfet de La Réunion, et Jean-Yves Minatchy, co-président planteur du CPCS au moment de la signature de la Convention-canne par Manuel Valls.

L’ambiance était très tendue hier soir devant la préfecture. Des journalistes d’Antenne Réunion ont ainsi été violemment pris à partie par un manifestant devant l’entrée. C’est un acte inexcusable. Cela rappelle que la lutte pour la liberté de la presse reste un combat quotidien à La Réunion. La FDSEA avait en effet organisé un rassemblement pour protester contre un texte qu’elle ne signera pas, considérant qu’il n’y a aucune avancée.
La pression était aussi à l’intérieur, pour arriver à un accord dans l’urgence pour démarrer la campagne sucrière dans quelques jours. Car tant que le prix de la canne n’est pas fixé, la coupe ne peut pas commencer, et les planteurs font face à des difficultés de trésorerie. La séquence a été ajoutée au dernier moment au programme de Manuel Valls. La présence du Premier ministre montrait bien la volonté d’arriver à une solution immédiate pour démarrer la campagne coûte que coûte.

2015 et 2016 sécurisées

Au final, les représentants CGPER des planteurs, Tereos, la Chambre d’agriculture et l’État ont signé un document qui donne un cadre pour 2015-2021 sans fixer un prix de la canne et un montant des aides pour cette période. Le document comporte en effet deux volets : A et B.
Le volet A couvre les campagnes 2015-2016. Il comporte quelques changements qui sont chiffrés à un bonus compris entre 4 et 4,20 euros par tonne pour les planteurs, indique la CGPER. L’effort sera essentiellement supporté par les abonnés à EDF et les contribuables. L’annonce de Manuel Valls a en effet porté sur le relèvement du prix d’achat de l’électricité produite à partir de la bagasse, pour arriver à une valorisation de ce produit de la canne à 14,5 euros la tonne. Pour le planteur, cela fera 12,30 euros par tonne livrée, soit au total un peu plus de 13 euros avec l’autre revenu bagasse compris entre 1,30 et 2 euros la tonne qui existait dans l’ancienne convention. C’est un progrès d’au moins 3 euros.
La hausse du prix de la bagasse sera supportée par EDF, et donc par les abonnés.
L’État va augmenter ses aides : hausse de l’ICHN de 14 %, des primes à la replantation comprises entre 3500 et 4500 euros par hectare.
L’industriel a pris à sa charge quelques changements. C’est le relèvement de la richesse plancher à 11,8 une année sur deux, et tous les ans pour les planteurs qui utilisent la coupe mécanique canne-longue. C’est la suppression de la pénalité d’un euro par tonne pour un taux de fibre trop élevé.

Incertitude sur 2017-2018-2019-2020-2021

Mais pour les campagnes 2017-2018-2019-2020-2021, rien n’est encore définitif. En 2017, ce sera la fin du quota et du prix garanti, et donc l’incertitude sur la vente du sucre. L’an dernier, François Hollande avait dit qu’il allait transmettre la demande d’une aide supplémentaire de 38 millions d’euros pour l’après 2017, afin de compenser le manque de compétitivité du sucre de l’outre-mer sur le marché mondial. Ce sera ensuite à l’Europe de décider. Manuel Valls a confirmé que la demande n’est toujours pas transmise. Des données manquent pour compléter le dossier.
C’est pourquoi le volet B de la Convention canne, qui couvre les campagnes 2017-2018-2019-2020-2021 ne va pas plus loin que ce paragraphe :

« Dans le cadre du bilan d’étape et du travail préparatoire engagé dès 2016, les orientations pour les années ultérieures seront définies par le Comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre. Une réflexion sera notamment engagée sur la base d’un travail d’analyse objectivée de la situation des planteurs et des sucreries afin d’assurer, avec le concours de l’État et de l’Union européenne, partenaires historiques de la filière, à la fois la pérennité et la rémunération des planteurs et de la compétitivité des sucreries, en ajustant les conditions économiques et financières ».

Cela signifie que tout dépendra du niveau des aides versées. Si l’Europe est d’accord pour que la France verse 128 millions d’euros de subvention à la filière canne-sucre outre-mer, alors l’industriel est prêt à revoir le prix de base de la canne pour donner un bonus, dit la CGPER. Personne n’a évoqué ce qui se passera si les subventions attendues ne sont pas là.


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