Canne à sucre

Crise de la canne à sucre : déjà 1000 planteurs disparus en 10 ans à La Réunion

Elections aux commissions mixtes d’usine aujourd’hui

Manuel Marchal / 20 avril 2016

2016 sera peut-être la dernière campagne sucrière à La Réunion compte-tenu de la suppression des quotas et du prix garanti du sucre l’année prochaine. 18.000 travailleurs sont concernés. C’est dans ce contexte dramatique que se déroulent aujourd’hui les élections aux commissions mixtes d’usine, instance de dialogue entre les planteurs et l’industriel. Hier, Réunion Première organisait un débat avec deux syndicats présentant des candidats à ces élections, la FDSEA et le Mouvement des paysans de La Réunion. La CGPER n’a pas voulu venir. Le PCR est le seul parti politique à être intervenu.

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Les planteurs de La Réunion confrontés au cours mondial du sucre en 2017. (photo Toniox)

2888 planteurs de canne à sucre sont appelés aujourd’hui aux urnes pour élire leurs représentants aux Commissions mixte d’usine. Ces instances sont très importantes pour la filière canne. Ce sont elles qui décident des dates d’ouverture des campagnes sucrières, elles sont aussi le lieu du dialogue entre les planteurs et l’industriel. Deux dirigeants syndicaux étaient invités hier à débattre des enjeux de ces élections, Frédéric Vienne de la FDSEA et Jean-François Sababady du Mouvement des paysans de La Réunion. La CGPER, syndicat majoritaire, n’a pas souhaité venir à ce débat. Selon les propos de Jean-Yves Minatchy cité par le journaliste, la CGPER est prête à discuter des problèmes de la canne à sucre après ces élections.

Même prix de la canne depuis 40 ans

Frédéric Vienne rappelle que La Réunion comptait 4035 planteurs il y a 10 ans. La dernière convention canne a entraîné la perte de 100 planteurs par an, précise-t-il. Le prix de la tonne de cannes n’a pas augmenté depuis 40 ans, à 39,09 euros pour une richesse de 13,80 en sucre.

Un agriculteur qui fait 100 tonnes à l’hectare a un revenu qui n’évolue pas alors que le prix des intrants, de la main d’œuvre, des impôts et le coût de la vie explosent, ajoute le responsable de la FDSEA.

Pour Jean-François Sababady, il y a des raisons de se révolter. Depuis l’arrivée du groupe Téréos à La Réunion, pas un centime de plus pour les planteurs. Comment accepter que Téréos obtienne tous les ans 4 millions d’euros grâce à la bagasse, a-t-il affirmé.

Intervention du PCR

Un seul parti politique, le Parti communiste réunionnais, est intervenu dans le débat.

Yvan Dejean, secrétaire général du PCR, a évoqué la question des revenus des planteurs, en particulier sur la part qui leur revient sur la valorisation des co-produits. Il a aussi questionné les interlocuteurs sur la fin des quotas et la demande de subvention complémentaire de 38 millions d’euros. Où en est-on ? Le responsable communiste déplore l’omerta sur un sujet qui concerne un pivot de La Réunion menacé de disparition pouvant entraîner la plus grande catastrophe économique, sociale, environnementale et politique de La Réunion. 18.000 travailleurs sont concernés.

Frédéric Vienne répond que le planteur n’a droit à rien sur les co-produits. La FDSEA propose une taxe d’un euro par bouteille de rhum qui doit revenir directement aux planteurs. Jean-François Sababady demande l’indexation du prix de la canne sur le coût de production de la canne à sucre.

Quid des 38 millions demandés à la France ?

Le président de la FDSEA-Réunion n’a pas de nouvelle des 38 millions qui devront être partagé avec les Antilles. La Réunion produisant essentiellement du sucre, la FDSEA propose de répartir la subvention au prorata de la production de sucre.

Il constate aussi que le syndicat majoritaire, l’Interprofession et la Chambre d’agriculture n’ont pas anticipé une suppression prévue de longue date, seuls les industriels ont fait des propositions, reprise par les représentants des planteurs.

Jean-François Sababady estime que les 38 millions sont un chantage. Cela fait deux ans que François Hollande est venu ici et s’est engagé, il a fallu une question pour apprendre que le courrier est parti le 26 février dernier. Les planteurs de canne arrêteront de planter la canne quand les planteurs auront décidé, souligne-t-il. Que représentent les 38 millions dans le budget de l’Europe ? 2.900 planteurs sont menacés.

M.M.


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