Canne à sucre

Délégation outre-mer du Sénat : « la filière canne en grave danger »

Fin des quotas et accords entre l’Union européenne et les pays producteurs de sucre de canne

Témoignages.re / 11 décembre 2015

« Sucre des RUP en danger ! », c’est le titre d’un communiqué de la Délégation à l’outre-mer du Sénat, une instance de 42 parlementaires issus de tous les groupes politiques de cette assemblée. La Réunion étant une RUP, cela confirme une nouvelle fois que la filière canne-sucre est menacée de disparition. Cette fois, le message vient d’une commission où siège une des deux têtes de listes du second tour des régionales. Voici son communiqué, avec des inter-titres de Témoignages.

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Le Sénat se mobilise face à la menace directe qui pèse sur la filière canne à La Réunion. Pas un mot de Huguette Bello et de Didier Robert sur cela.

La Délégation sénatoriale à l’outre-mer s’est réunie le 10 décembre pour examiner la proposition de résolution européenne présentée par Mme Gisèle Jourda (Socialiste et Républicain – Aude) et M. Michel Magras (Les Républicains – Saint-Barthélemy) tendant à corriger la politique commerciale européenne afin de sauvegarder la filière de la canne à sucre des régions ultrapériphériques (RUP).

Secteur vital pour La Réunion

Alertés par les professionnels du sucre de La Réunion de la tournure prise par les négociations de l’accord de libre-échange avec le Vietnam, la Délégation sonne l’alarme contre la menace de plus en plus pressante que fait peser la politique commerciale européenne sur la filière canne. Ce secteur économique, qui représente quelque 40 000 emplois directs et indirects, est vital pour la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion, territoires frappés par des taux de chômage record. Or, différentiels de compétitivité avec les pays à bas coûts et à faibles exigences sanitaires et environnementales, fin des quotas sucriers en 2017 et accumulation des accords commerciaux ouvrant sans limite le marché européen mettent la filière canne en grave danger.

Négociations avec le Brésil à venir

En particulier, le segment des sucres roux non destinés au raffinage, dits « sucres spéciaux », constitue un marché de niche haut de gamme, stratégique pour les régions ultrapériphériques (RUP). Grâce à ses départements d’outre-mer, la France est le seul producteur de sucres spéciaux en Europe, à hauteur d’environ 120 000 tonnes par an, mais la survie de la filière dépend du maintien de protections douanières adéquates. Alors que se profilent des négociations avec le Brésil, le Mexique, les États-Unis, la Thaïlande et les Philippines, tous gros producteurs de sucre de canne, il est désormais impératif de prendre en compte leurs potentielles répercussions catastrophiques sur les économies ultramarines. Les sucres spéciaux doivent être explicitement exclus de l’ouverture du marché européen.

L’Europe interpellée

La proposition de résolution européenne élaborée par la Délégation sénatoriale appelle, d’une part, la Commission européenne à mettre en cohérence sa politique commerciale avec les politiques agricole et régionale de l’Union européenne et, d’autre part, le Gouvernement à exercer une vigilance accrue sur le déroulement des négociations. Les RUP qui dans la Caraïbe, en Amérique du Sud et dans l’océan Indien portent les valeurs de l’Union européenne en matière de droit du travail et de respect de l’environnement, ne peuvent plus être traitées comme une variable d’ajustement sacrifiée sur l’autel du libre-échange.


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