Canne à sucre

« Demain, nous ne serons plus sûrs de vendre » le sucre de La Réunion

Echéance 2017 : audition du président du Syndicat du sucre de La Réunion à l’Assemblée nationale —4—

Témoignages.re / 17 juillet 2014

Lors de son audition par les députés de la Délégation des Outre-mer, le président du Syndicat du Sucre de La Réunion a poursuivi son explication. Dans 3 ans, c’est la fin des auotas, et le sucre produit à La Réunion n’est pas suffisamment compétitif face à la concurrence mondiale. Paniaue chez les députés… Voici le compte-rendu des explications données par le président du Syndicat du sucre de La Réunion aux députés, avec des intertitres de « Témoignages ».

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Concurrencé par le sucre de betterave et le sucre roux d’Amérique latine sur son marché traditionnel, le sucre réunionnais trouvera-t-il preneur après 2017 ?

Nous pouvons peut-être gagner de 2 à 4% de parts de marché, mais la plupart de nos clients refusent d’être approvisionnés par une seule île, de peur qu’une grève ne survienne. Il est vrai qu’à La Réunion, récemment, une grève des personnels du port a empêché la filière « sucre » d’assurer ses livraisons pendant trois semaines. Nos clients ne veulent pas non plus voir figurer sur les paquets de sucre vendus en Europe la mention « sucre roux de La Réunion » car ils complètent le contenu de ces paquets avec du sucre de l’île Maurice, du Malawi, du Panama ou de Colombie.
En 2017, nous n’aurons pas la possibilité de concentrer nos productions, mais nous devrons impérativement restaurer notre compétitivité.

« Impossible de gagner 240 euros sur nos coûts de production »

Actuellement, nous souffrons déjà de déficits de compétitivité, mais nous sommes certains de vendre notre sucre, dans la mesure où les betteraviers, eux, n’ont pas le droit de produire plus. Demain, non seulement les surcoûts ne seront pas entièrement compensés – les aides étant destinées à soutenir les revenus des exploitants agricoles, ce qui nous permet d’acheter la canne à La Réunion plus cher qu’en 2005 – mais nous ne serons plus sûrs de vendre. Et il ne saurait être question, non plus, de diminuer les recettes déjà peu élevées des planteurs.
Nous sommes pris dans un étau car il nous est totalement impossible de gagner 240 euros sur nos coûts de production. Les industriels achètent la canne à La Réunion, avant déduction des aides, au prix de 42 euros la tonne. Il faut 9,1 tonnes de canne pour produire une tonne de sucre, ce qui porte le prix de la tonne de sucre à environ 400 euros. Or, c’est le prix de la tonne de sucre blanc prévu par l’Europe pour 2017. Et pour les producteurs d’outre-mer, ce prix ne tient compte ni du transport de la canne, ni de sa transformation, ni du transport du sucre brut vers l’Europe, ni de son raffinage.

L’Europe nous impose une vraie gageure à l’horizon de 2017

Il est vrai que le coût d’achat de la canne fait l’objet de différentes aides au titre du premier pilier de la PAC et du POSEI – 75 millions d’euros d’aides communautaires et 90 millions d’euros d’aides nationales – ce qui permet d’abaisser les coûts de production globaux. Mais il subsiste néanmoins un déficit de compétitivité par rapport à la production de sucre de betterave de 135 euros. D’autre part, le coût du raffinage demeure.
Nous avons peu de marges de manœuvre. L’Europe nous impose une vraie gageure à l’horizon de 2017.
J’ajouterai enfin qu’il existe un centre d’études européen : l’Observatoire des prix en Union européenne qui publie des statistiques globales concernant les marchés du sucre. Cet organisme nous donne une bonne connaissance de la situation.

(à suivre)

Ce que les députés ont dit… et la réponse


M. le président Jean-Claude Fruteau.
Votre tableau est particulièrement alarmant. Pourtant, je suis certain que l’industriel avisé que vous êtes n’est pas résigné et qu’il a des solutions à proposer… Comment voyez-vous l’avenir de la filière ?

M. Thierry Robert.
Après le tableau qu’il vient de dresser, il est absolument nécessaire que M. Philippe Labro nous rassure !

M. Jean Jacques Vlody.
Quelles sont les perspectives industrielles envisagées par le groupe Tereos ?
S’agissant des aides publiques, lorsque l’Europe fait défaut, c’est vers l’État que l’on se tourne. L’État parviendra-t-il à garantir le prix de la canne aux agriculteurs et à préserver un modèle social auquel tous les acteurs de la filière sont attachés ?
Loin de moi l’idée d’abandonner la filière sucre, que je défends ardemment, en particulier à La Réunion. Mais où en est la recherche concernant les molécules issues de la canne qui pourraient offrir des débouchés en termes de produits dérivés ? Cette piste peut-elle être sérieusement envisagée ? Permettrait-elle d’offrir des revenus aux industriels et surtout aux agriculteurs ?

M. Philippe Labro.
J’aimerais, Messieurs les députés, pouvoir vous apporter des réponses, mais je ne suis pas en mesure de le faire.



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Messages






  • L’article est instructif ! A court terme la seule solution semble être celle d’une aide nationale, mais est-elle possible (UE) et est-elle voulue (Etat) ?
    Il reste qu’à plus long terme l’adaptation est indispensable, il ne va pas être possible de continuer à seulement défendre l’existant.
    Cela semble une illustration, malheureusement douloureuse, de notre incapacité à anticiper les changements lourds. Une stratégie de défense exclusive (la canne va et doit rester le pilier de l’économie locale) risque de nous conduire directement dans le mur. Du moins, ce sera le cas pour les petits planteurs, plus fragiles et peu susceptibles de se diversifier sans soutien important.
    Notre statut de DOM-ROM ne favorise sans doute pas l’anticipation, mais ce sont les comportements des acteurs (politiques, économiques, sociaux) qui sont déterminants. Pour l’instant il semble que l’on reste trop exclusivement « sur le mode défense de l’existant ».

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  • La seule venue du Président HOLLANDE le 25 Juillet prochain, permettra t-elle seule de donner aux planteurs réunionnais, la garantie de pouvoir continuer leurs activités ? Si on écoutait, les personnes qu’on aurait posé la question, il n’en serait plus sûre du tout. Mais, en 2017, c’est officiel, il n’y aura plus de quota, ni de prix garantis : il reste 36 mois, et après ? Les chiffres parlent d’eux-même, pour garantir la survie de la canne à la Réunion, il faudrait plus de 48 millions d’euros d’aide supplémentaire. Mais une question s’impose :
    - THEREOS, l’industriel menace de tout lâcher, à commencer par la fermeture de Bois-Rouge
    - Mais pourquoi n’entend t-on pas, les élus de la majorité socialiste ?
    - Le Président de la Région n’est il pas concerné ?
    - Seul les Dirigeants du Parti communiste et de ces militants s’activent comme toujours pour défendre les plus pauvres, les plus démunis,
    - La Chambre d’Agriculture, ne doit plus attendre non plus ?
    Réunionnaises, Réunionnais, plus que jamais, notre Pays vit ses heures plus troubles de son existence, alors, la Section Communiste appelle à une véritable prise de conscience collective, pour sauver notre agriculture, sauver les emplois indirects qui en découle, l’heure de la Résistance et de la lutte doit être amplifié encore et partout.

    Section Communiste de Saint-Louis

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  • La venue du Président HOLLANDE est très attendue prochainement. D’une part, de vraies réponses sont attendues sur la problématique liée à la canne dans notre île, et aussi sur celle de la situation dramatique que vit les Réunionnais actuellement. Chacun d’entre-nous, nous avons les chiffres désastreuses du chômage chaque jour, du mal-vivre de la population, à savoir finir ces fins de mois, les problèmes de survie des artisans, la diminution flagrante des contrats aidés, bref tous les catégories sociaux sont menacés, tous les alarmes sont au rouge, tous les experts et politiques, avancent leurs conclusions sur une probable implosion et explosion sociale si rien n’est fait face à l’urgence. Messieurs, les parlementaires, nos élus, pourquoi ce silence ? On vous a entendu dire et promettre beaucoup lors des récentes campagne électorales, alors que actuellement la situation s’empire vous rester sous silence ? Réagissez, car la population Réunionnaise n’oublie jamais !!!! Et aujourd’hui, quoique en dise certains qui juge que le PCR est démagogique et fait peur à la population par ces propos, qui s’avéreront vérité si rien n’est fait, c’est le seul Parti politique, à la Réunion qui réfléchit et qui propose des solutions pour sortir notre île de la mouise qu’elle est actuellement. C’est dans la lutte que nous réussirons à faire aboutir nos revendications, et la Section Communiste de Saint-Louis, ne peut rester inscensible au drame social et économique qui se joue actuellement dans notre île. Notre engagement reste entière face aux défis.
    La Section Communiste de Saint-Louis

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  • La conclusion de Jean Yves Rochoux est très intéressante : "Notre statut de DOM-ROM ne favorise sans doute pas l’anticipation, mais ce sont les comportements des acteurs (politiques, économiques, sociaux) qui sont déterminants. Pour l’instant il semble que l’on reste trop exclusivement « sur le mode défense de l’existant ». " Ayons le courage de reconnaître que des acteurs ont analysé les conséquences de l’intégration et en ont tiré les conséquences politiques qui convenaient. Que leurs thèses aient été combattues, c’est le jeu de la démocratie. Encore qu’on peut discuter des moyens utilisés, comme la fraude électorale. Mais aujourd’hui les faits sont irréversibles. Depuis que les pays du CAIRN ont porté plainte contre l’Europe, c’est fini. Nous avons atteint les limites de l’intégration. En effet, pour leur expansion mondiale, les acteurs européens du sucre ont tout intérêt de mettre fin au régime des quotas. Tereos le dit clairement. Pire, si on suit les conclusions de la délégation parlementaire, il faudrait un euro de subvention pour produire un kilo de sucre vendu à 1,20 euro ! Ou bien Hollande suit cette logique et encense ses petits camarades qui se sont fourvoyés ou il donne raison au PCR. Faudra bien qu’un jour on finisse par aborder les conditions du développement de La Réunion. Ne lâchons ni l’immédiat, ni l’avenir. Mais c’est bien l’avenir qui doit être notre boussole. Au plaisir de lire les propositions des anti-PCR. Pour un vrai débat démocratique réunionnais.

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