Canne à sucre

Dernier sursis pour la filière canne-sucre à La Réunion ?

Accord commercial signé entre le Vietnam et l’Union Européenne, quota limité à 400 tonnes pour les sucres spéciaux

Manuel Marchal / 2 février 2016

Le coup est passé très près. Finalement, le Vietnam limitera ses importations de sucres spéciaux à 400 tonnes par an vers l’Europe, le reste sera frappé d’une taxe de 419 euros la tonne. L’accord signé hier entre le Vietnam et l’Union européenne à Bruxelles laisse donc un sursis à la filière canne-sucre de La Réunion. Mais les prochaines discussions avec la Thaïlande et le Brésil seront d’un autre ordre. Ce sont les deux plus grands exportateurs de sucre du monde, pour respectivement 23 millions de tonnes et 7 millions en 2013 C’est bien plus que la production totale du Vietnam, 1,5 million de tonnes, dont seulement 200.000 tonnes maximum pour l’exportation.

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Signature de l’accord Vietnam-UE par Vũ Huy Hoàng, ministre de l’Industrie et du Commerce, et Cecilia Malmström, Commissaire européenne en charge du Commerce, en presence de Nguyễn Tấn Dũng, Premier ministre du Vietnam et Jean-Claude Juncker, président du Conseil européen.

Depuis plusieurs mois, les discussions entre le Vietnam et l’Union européenne en vue d’arriver à un accord inquiète beaucoup. Le Vietnam exporte du sucre, et ce produit n’a pas été exclu des discussions. Le projet faisait état d’un quota sans droit de douane de 20.000 tonnes. La crainte de la filière, c’était la présence des sucres spéciaux dans les discussions. Si le Vietnam pouvait exporter 20.000 tonnes de sucres spéciaux vers l’Europe, ce serait un coup mortel porté aux producteurs de La Réunion, avait dit en substance George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, en marge de ses vœux à la presse.

Filière soumise à des décisions extérieures

Actuellement, la production sucrière réunionnaise se répartit en deux types. La moitié est du sucre brut destiné à être transformé en sucre blanc. Il est alors écoulé sur le même marché que le sucre de betterave. L’autre moitié, ce sont les sucres spéciaux. Cela peut aussi s’appeler le sucre roux de canne. Ce sont des sucres à plus forte valeur ajoutée. Mais le débouché en Europe est très étroit, 200.000 tonnes par an. La production réunionnaise étant dans ce domaine de 100.000 tonnes, l’arrivée de 20.000 tonnes produites à un coût moins élevé est de nature à bouleverser ce marché de niche. Ce qui pose le problème de la vente des sucres spéciaux réunionnais.

En effet, à partir de 2017, la production de notre île n’aura plus de quota ni de prix garanti. Elle sera confrontée à la concurrence des Européens qui pourront produire du sucre de betterave moins cher sans limite, et à celle des producteurs de canne à sucre qui ont des prix de revient bien moins élevés qu’à La Réunion. C’est pourquoi la filière a demandé deux mesures : une aide supplémentaire de 38 millions d’euros pour combler la différence de coût de production avec le sucre de betterave, et l’exclusion des sucres spéciaux des accords commerciaux signés entre l’Union européenne et des pays producteurs de sucre de canne. Ces deux mesures dépendent de l’Union européenne. C’est en effet elle qui signe au nom de la France les accords commerciaux.

Quota de 400 tonnes sans taxe

Hier à Bruxelles, les plus hautes autorités du Vietnam ont signé l’accord commercial avec l’Union européenne. Le texte final prévoit que le Vietnam pourra exporter sans taxe vers l’Europe jusqu’à 20.000 tonnes de sucre par an sous forme de sucre brut, de sucre blanc ainsi que dans le chocolat en poudre. Un paragraphe a été ajouté au sujet des sucres spéciaux. Le point numéro 16 de l’annexe 2 de l’accord limite à 400 tonnes par an le quota sans taxe que le Vietnam exportera vers l’Union européenne. Au-delà de cette limite, le droit de douane sera de 419 euros par tonne. Cette taxe doit permettre au sucre réunionnais, qui n’est pas taxé, de rester compétitif sur ce secteur.

L’inquiétude a donc persisté jusqu’au bout. Finalement, le coup est passé très près. Mais le Vietnam n’est pas le seul pays avec qui l’Union européenne discute d’accords commerciaux. Sont en effet sur les rangs la Thaïlande et le Brésil. Ce sont les deux plus importants exportateurs de sucre du monde. En 2013, le Brésil a exporté 23 millions de tonnes, et la Thaïlande 7 millions.

Le Brésil et la Thaïlande, deux premiers exportateurs mondiaux

Pour sa part, le Vietnam a produit 1,53 millions de tonnes de sucre en 2013. Cette année-là, le gouvernement a autorisé l’exportation de 200.000 tonnes. Cela montre une différence notable entre le pays signataire de l’accord hier et ceux qui discuteront d’un accord avec l’Union européenne.

Les discussions auront lieu au moment où il sera question de fixer le prix de la canne à sucre en 2017. Autant dire que l’inquiétude sera encore plus grande. Le Brésil et la Thaïlande accepteront-ils de limiter à seulement 400 tonnes le quota qui ne sera pas soumis aux droits de douane européens ?

M.M.


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