Canne à sucre

Filière canne à sucre : rien n’est acquis

À quelques mois de la coupe, la demande de subvention supplémentaire toujours pas présentée à l’Europe, le temps joue contre les planteurs, les ouvriers d’usine et les transporteurs

Manuel Marchal / 24 janvier 2015

Dans un courrier adressé au sénateur Georges Patient fin décembre, François Hollande a écrit ceci au sujet de la filière canne : « je peux vous confirmer mon engagement d’un soutien accru à la canne après la disparition des quotas sucriers en 2017 ». Hier, la ministre des Outre-mer a dit que l’État va demander l’autorisation à l’Union européenne de relever le plafond des subventions versées par la France à la filière, et également l’exclusion du sucre roux de canne des négociations commerciales de l’UE avec le Vietnam. Le message de George Pau-Langevin est très clair : pour 2017, rien n’est acquis.

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L’avenir du sucre réunionnais n’est toujours pas assuré après la visite de George Pau-Langevin.

Comme le président de la République au mois d’août, la ministre des Outre-mer avait à son programme une séquence sur l’agriculture avec là aussi la visite d’un outil de production conclu par un discours. George Pau-Langevin s’est donc rendue dans une exploitation de Sainte-Anne, chez la famille Langlade. Tous les acteurs de l’agroalimentaire étaient présents, ainsi que plusieurs élus : Pierre Vergès, vice-président du Conseil général délégué à l’Agriculture ; Jean-Claude Fruteau, député-maire de Saint-Benoît auteur d’un rapport sur l’avenir de la filière canne ; les conseillers généraux Huet et Leconstant, ainsi que Daniel Gonthier, président de l’Association des maires de La Réunion. Du côté des agriculteurs, Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’Agriculture, Jean-Yves Minatchy, président de la CGPER, et Frédéric Vienne, président de la FDSEA, étaient également présents.
L’exploitation des Langlade a plusieurs activités : élevage, canne à sucre sur 12 hectares, et arboriculture. Les trois filières ont donc été présentées à la ministre. C’est sur la filière canne que George Pau-Langevin était la plus attendue. En 2017, c’est la fin du quota sucrier, et donc du prix garanti pour le sucre produit à La Réunion, qu’il soit vendu ou pas. Le soutien public est indispensable pour que le sucre réunionnais puisse trouver des acheteurs après 2017.

François Hollande parlait à l’indicatif

Au mois d’août, François Hollande était venu à La Réunion. Il avait dit son engagement de présenter une demande d’autorisation pour une aide supplémentaire de 38 millions d’euros pour la filière, ainsi que l’exclusion du sucre roux de canne des accords commerciaux signés par l’Union européenne. Fin décembre, le président de la République a écrit ceci au sujet de la filière canne, dans une lettre adressée au sénateur Georges Patient : « je peux vous confirmer mon engagement d’un soutien accru à la canne après la disparition des quotas sucriers en 2017 ». Cette affirmation à l’indicatif veut donc dire que tout est acquis, et que la filière a donc la garantie de la hausse des subventions.
Mais hier, la ministre des Outre-mer n’a pas confirmé cette phrase à l’indicatif. Le conditionnel est de retour.

George Pau-Langevin parle au conditionnel

En effet, la ministre a dit l’engagement du gouvernement pour « la sollicitation à venir de l’Europe pour le relèvement du plafond des aides de l’État de 38 millions d’euros ». Elle a aussi dit au sujet des sucres spéciaux : « nous travaillons à leur exclusion de l’accord commercial entre l’Europe et le Vietnam », mais pas d’information sur une demande d’exclusion des discussions entre l’Europe d’une part, les États-Unis et le Mexique d’autre part qui sont aussi deux grands pays producteurs de sucre roux de canne.
George Pau-Langevin a dit aussi que le préfet a mandat pour discuter avec les acteurs de la canne à sucre des prérequis nécessaires afin que la filière puisse relever le défi de la fin des quotas en 2017. Ces prérequis ne dépendent pas tous du gouvernement, a-t-elle précisé. L’objectif est de « définir une stratégie pour affronter ensemble la commission ». Enfin, la ministre a rappelé que la date de l’échéance 2017 était connue depuis longtemps, mais « nos prédécesseurs n’ont pas assez anticipé ».

Rien n’a bougé

Entre le discours de François Hollande à Bois-Rouge et celui de George Pau-Langevin, rien n’a changé, si ce n’est l’exclusion du sucre roux de canne de l’accord entre l’Afrique du Sud et l’Union européenne.
À quelques mois de la prochaine coupe, la demande de subvention n’est pas encore déposée. C’est donc l’incertitude la plus totale alors que les discussions doivent se tenir pour définir le prix de la canne à sucre payé au planteur lors de la prochaine récolte.


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