Canne à sucre

Filière canne : informer, expliquer et mobiliser sur l’Echéance 2017

Comité général du PCR : intervention d’Yvan Dejean

Témoignages.re / 21 juillet 2014

Le premier Comité général du PCR était placé sous le mot d’ordre suivant : Echéance 2017, vers la plus grave crise de l’histoire de La Réunion. Le rapport du secrétariat général présenté par Yvan Dejean avait pour but d’informer, d’expliquer et de mobiliser sur les enjeux de la fin du quota sucrier et du prix garanti pour La Réunion. Ce sont 30.000 emplois menacés, du jamais vu dans l’histoire du pays. Toutes les communes sont concernées, parce qu’elles accueillent une partie des 25.000 hectares de plantations de canne à sucre, ou parce qu’elles abritent les industries de conditionnement et d’exportation. Voici le contenu de l’intervention d’Yvan Dejean, avec des intertitres de Témoignages.

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Yvan Dejean a expliqué le sens d’une bataille décisive. C’est la survie ou l’explosion, car 30.000 emplois sont menacés.

Dans sa courte Histoire (350 ans), La Réunion a connu 282 ans de colonialisme dont 182 sous l’esclavage.
Par définition l’économie de la colonie est de répondre aux besoins de la métropole. Ainsi pour ce qui concerne La Réunion quand la métropole avait besoin de ravitailler ses bateaux sur la route des Indes c’est l’île Bourbon qui produisait de quoi subvenir aux besoins des équipages. Quand le commerce des épices était rentable pour les négoces de France, La Réunion fût une terre d’épice.
Quant la France a eu besoin de café La Réunion fût une terre de café. Mais cette culture pris fin quant la France trouva du café meilleur compte ailleurs.
Puis vint l’ère de du vétiver, de la vanille, du géranium et de la canne à sucre. Cette dernière a été cultivée à La Réunion quant la France perdit Saint-Domingue qui était son principal fournisseur de sucre.
Quand la métropole trouva sur les marchés mondiaux de la vanille, de l’essence de vétiver et de géranium moins chers, la France se tourna vers ses marchés en abandonnant La Réunion qui cessa de cultiver ses produits.
Ainsi va le sort des colonies. Elles doivent servir les besoins de la métropole jusqu’à ce que celle-ci trouve meilleur compte ailleurs. C’est ainsi que le vétiver, le géranium, la vanille ont disparu de La Réunion.

La mondialisation des échanges

Quand est t-il aujourd’hui de la Canne ?
Aujourd’hui, dans le cadre de la mondialisation des échanges, le sucre de canne de La Réunion est estimé trop cher par rapport aux sucres de canne produit dans d’autres pays et du sucre de betterave produit en Europe.
La métropole va-t-elle abandonner les planteurs de canne de La Réunion ?
C’est ce que nous craignons et cela à très court terme, à l’échéance 2017 comme nous allons le voir.
Le sucre produit à La Réunion actuellement est soumis depuis 1968 à l’organisation Commune du Marché du Sucre de l’Union Européenne (OCM sucre) qui repose sur un système de quotas et de prix garanti.
Ce système, dans le cadre de la mondialisation des échanges commerciaux, est contraire aux principes de l’OMC qui considèrent que les échanges commerciaux doivent s’effectuer librement et que la concurrence ne doit pas être faussée par des aides à la production.
C’est ainsi qu’en 2005 : 3 pays de l’OMC (Brésil, Australie, Thaïlande) attaquent le marché du sucre européen et obligent l’UE à se conformer aux principes de l’OMC. C’est ce que fait l’Union en baissant dès 2006 les quotas de production et le prix garanti.
Dès cette date, le PCR, ses élus (es) et ceux de l’Alliance ont alerté à plusieurs reprises l’opinion en disant que c’est la fin programmée des quotas et du prix garanti et qu’il est urgent de s’y préparer. Au lieu d’être écouté, le PCR a été l’objet de critiques, accusé de faire du catastrophisme ou de décourager les planteurs.
Pourtant les gouvernements français, quant à eux, sachant que la France a signé les accords de l’OMC, savaient très bien qu’une telle échéance était inéluctable.

203 millions d’euros demandés

Or, presque 10 ans après, l’échéance est arrivée : en 2017 l’UE mettra fin aux quotas et au prix garanti. Quelles seront les conséquences ?
Aujourd’hui La Réunion est assuré de vendre tout son sucre dans l’Union Européenne à un prix garanti. Demain ce prix garanti n’existera plus et le prix du sucre s’alignera sur le prix du cours mondial inférieur au prix garanti.
Plus grave encore, notre sucre sera vendu sur le marché européen en concurrence avec le sucre de betterave. Or, le coût de production de la tonne de sucre de canne blanchi est bien plus élevé que celui de la tonne de sucre de betterave. Selon les experts le différentiel est de 240 euros par tonne.
Autrement dit, si l’on veut que notre sucre soit concurrentiel par rapport au sucre de betterave il faut que les aides comblent le différentiel. C’est la raison pour laquelle l’industriel TEREOS demande non seulement le maintien des aides mais leur augmentation : 75 millions d’euros pour l’aide européenne (POSEI). 90 millions d’euros pour l’aide de l’Etat, auxquels : 38 millions d’euros de plus sont demandés. Au total 203 millions d’euros d’aide de l’Europe et de l’Etat. (L’aide de l’Etat est soumise à l’accord de l’UE).
203 millions d’euros pour environ 200.000 tonnes de sucre cela représente un peu plus de 1.000 euros par tonne de sucre d’aide qui sont demandés. L’UE est en train d’aligner son marché du sucre sur les principes de l’OMC (suppression de toute aide), va-t-elle tolérer longtemps que la production sucrière de La Réunion soit subventionnée à une telle hauteur ?
Rien n’est moins sûr. A tel point que le responsable de TEREOS à La Réunion, a déclaré devant les parlementaires des DOM, membres de la délégation Outre Mer de l’Assemblée Nationale que : « il va de soi que nous prendrons pas l’engagement d’acheter aux planteurs des cannes si nous ne sommes pas certains de vendre le sucre ».

Les députés au courant

Dans ces conditions, nous pouvons nous interroger sur le contenu de la prochaine « convention canne » avec les planteurs. Cette convention aura-t-elle lieu ? Et si oui portera t’elle sur 6 ans ? Nous ne croyons pas.
De plus, quant un parlementaire de la délégation Outre Mer demande au responsable de TEREOS de rassurer la délégation sur l’avenir de la filière canne – sucre – rhum – énergie, la réponse du représentant de TEREOS est la suivante : « moi aussi j’aimerai être rassuré ».
C’est dire la gravité de la situation. Mais pourquoi ce fait-il que ce soit encore une fois le PCR et ses élus (es) qui tirent la sonnette d’alarme ? La situation est connue des députés (es) socialistes. Ils et elles sont membres de la délégation Outre Mer. Ils et elles ont participé à une réunion avec le dirigeant de TEREOS en présence de la ministre des Outre-mer. Les parlementaires sont parfaitement au courant de la situation et des dangers qui pèsent sur la filière. Ils et elles ont toutes les informations nécessaires.
Pourquoi ne les rendent t-ils pas publics ? Pourquoi ne disent-ils pas la vérité aux Réunionnais ? Les Réunionnaises et les Réunionnais jugeront de leur attitude.

30.000 emplois sont menacés

Quoi qu’il en soit il faut retenir la déclaration du dirigeant de TEREOS qui dit en substance : « Ou bien les aides sont maintenues et augmentées, ou bien TEREOS se retire de La Réunion ».
C’est devant ses déclarations du dirigeant de TEREOS que j’ai dit il y a une dizaine de jours que TEREOS avait décidé de fermer Bois Rouge. Cette information n’a jamais été démentie.
Comme la condition posée par TEREOS pour rester à La Réunion c’est le maintien voire l’augmentation des aides, la solution est entre les mains du gouvernement. C’est à lui de répondre à la condition posée par TEREOS.
Comme le Président de la République sera dans 5 jours à La Réunion, tout le monde attend sa réponse sur cette question cruciale. Va-t-on vers la plus grande crise économique, sociale et environnementale de toute l’histoire de La Réunion ? Tel est l’enjeu de l’échéance 2017.
Fermeture de Bois Rouge et tout le monde dit que si Bois Rouge ferme, le Gol suivra et c’est donc la fin de la filière.
La canne ce sont aujourd’hui 12.000 emplois directs et 18.000 indirects. Cela fait 30.000 emplois qui sont menacés et cela sans compter les artisans et les commerçants que les planteurs font vivre. La Réunion, qui connaît 170.000 chômeurs, pourra t-elle supportée 30.000 de plus. Ça serait une catastrophe sociale.
La canne c’est 25.000 hectares et cette culture retient la terre. Si la canne disparaît ce sont les terres les plus riches de La Réunion qui seront livrées aux intempéries. Ça serait une catastrophe écologique.
La canne représente 1/4 de nos exportations. La disparition de la filière serait une catastrophe économique.

Le Président de la République dans 5 jours à La Réunion

La clé est entre les mains du Président de la République. C’est à lui d’apporter les réponses et les garanties. Il sera ici dans 5 jours. Toute La Réunion est à son écoute. C’est le problème majeur qui doit être réglé.
Et nous connaissons les inquiétudes des planteurs. Durant ces derniers jours, les camarades ont distribué des tracts sur les plates formes de réception des cannes dans le sud, l’ouest et le nord est et tous les acteurs s’interrogent sur le devenir de la filière.
Pour finir, quelques mots sur le sucre roux ! Nous avons entendu la ministre des Outre mer dire que la solution pour la canne c’est le sucre roux.
Exclure le sucre roux de La Réunion des libéralisations accordées par l’UE à d’autres pays à l’heure de la mondialisation semble aussi difficile que d’obtenir de l’UE la transgression perpétuelle des règles concernant l’interdiction des aides. Déjà la Colombie et le Pérou bénéficient de l’UE de ces libéralisations pour leur sucre roux.
L’UE s’apprête à passer des accords sur les mêmes bases avec d’autres pays comme les Etats-Unis et avec l’Inde. Va-t-elle revenir sur les bases de ces accords ? Là aussi rien n’est moins sûr.
Demande a été faite au gouvernement français d’intervenir auprès de Bruxelles. Paris l’a-t-il fait ? Si oui quelle est la réponse de l’UE ? Autant de questions qui seront, espérons le, éclairées lors de la visite de François Hollande à La Réunion.


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