Canne à sucre

Filière canne-sucre : l’incertitude augmente les tensions

Quel sera le prix de la canne à sucre l’année prochaine à La Réunion ?

Manuel Marchal / 12 janvier 2016

L’annonce de la libération cette année à La Réunion d’une nouvelle variété de canne à sucre a suscité des commentaires. La R587 produit plus de fibres, ce qui donne plus d’énergie pour fabriquer de l’électricité dans les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge. La teneur en sucre n’augmente pas dans les mêmes proportions, ce qui inquiète les planteurs.

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L’année prochaine, c’est la fin du quota sucrier. Toute une filière est dans le flou.

La mise en culture cette année d’une nouvelle variété de canne à sucre a donné lieu à des commentaires des planteurs. La R587 est conçue pour augmenter le rendement en fibre, sans que la richesse en sucre croisse dans les mêmes proportions. Cela inquiète les planteurs, car ces derniers sont payés en fonction d’une part du tonnage livrée (en particulier pour la bagasse), et d’autre part selon la richesse en sucre du chargement. C’est le sucre qui constitue la part la plus importante. Conséquence, si l’augmentation du tonnage ne compensait pas la baisse de la richesse, alors le revenu du planteur pourrait diminuer. La hausse de l’un ne compensant pas forcément celle de l’autre.

Rappelons que si la richesse en sucre d’une tonne de cannes est égale à 13, le planteur recevra pour cela une somme de 39,09 euros. À cela s’ajoute une somme d’un peu plus de 13 euros par tonne pour la bagasse, la fibre qui produit de l’électricité dans les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge.

2017 : fin de la garantie de vente

Cette inquiétude se place dans un contexte. En effet, le 11 juin dernier, Manuel Valls a signé avec la CGPER, la Chambre d’agriculture et le Syndicat du Sucre une Convention canne qui ne précise le prix de ce produit que pour les campagnes sucrières 2015 et 2016. Car en 2017, ce sera la fin du quota sucrier et donc de l’engagement de l’Union européenne d’intervenir pour acheter le sucre réunionnais qui n’aurait pas trouvé d’acheteur sur le marché européen.

2017 marque en effet le fin d’un principe fondamental : la garantie d’écouler tout le sucre produit à La Réunion à un prix rémunérateur pour l’usinier. De cette garantie découle le prix de la canne. Sur cette base, Tereos, la société propriétaire des deux dernières usines sucrières de La Réunion, achète l’intégralité des cannes à sucre récoltées par les planteurs réunionnais. En août 2014, François Hollande avait tenu un discours dans la cour de l’usine de Bois-Rouge. Il a alors indiqué qu’il n’était plus possible de revenir sur la fin du quota. Il avait aussi dit soutenir deux revendications de la filière : un relèvement à 128 millions d’euros de l’aide annuelle de l’État aux filières canne-sucre d’outre-mer, et l’exclusion du sucre roux de canne des négociations commerciales entre l’Union européenne et les pays tiers. Ce soutien se faisait à condition que l’Union européenne soit d’accord. À ce jour, pas de nouvelle d’un accord.

La fin de l’intervention de l’Union européenne ouvre donc la plus grande période d’incertitude jamais connue pour la filière canne-sucre de La Réunion.

2017 : quel prix pour la canne ?

Car la Convention canne ne fixe pas le prix de la canne en 2017. C’est ce que dit ce paragraphe qui couvre les campagnes 2017-2018-2019-2020-2021 :

« Dans le cadre du bilan d’étape et du travail préparatoire engagé dès 2016, les orientations pour les années ultérieures seront définies par le Comité paritaire interprofessionnel de la canne et du sucre. Une réflexion sera notamment engagée sur la base d’un travail d’analyse objectivée de la situation des planteurs et des sucreries afin d’assurer, avec le concours de l’État et de l’Union européenne, partenaires historiques de la filière, à la fois la pérennité et la rémunération des planteurs et de la compétitivité des sucreries, en ajustant les conditions économiques et financières ».

Tension compréhensible

Quatre mois plus tard, un communiqué commun du ministère de l’Écologie et de celui des Outre-mer faisait état d’un arrêté interministériel en date du 18 octobre 2015. Il confirmait la revalorisation de la prime bagasse, d’un montant total de 14,50 euros par tonne de canne à répartir entre les planteurs et l’usinier. « La revalorisation permettra de développer les énergies renouvelables et de conforter la filière canne-sucre-rhum-bagasse dans les outre-mer », précisait le communiqué. Le document ne mentionnait pas les aides promises par le président de la République en août 2014.

En ce début d’année 2016, le prix de la canne pour la campagne 2017 n’est donc toujours pas connu. Dans ce contexte, il n’est guère étonnant que la situation soit tendue et que la moindre annonce suscite de vives réactions.


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