Canne à sucre

Filière canne-sucre : la pression continue de monter

La CGPER annonce un accord-cadre de 6 ans avec l’État

Manuel Marchal / 26 mai 2015

La CGPER tenait hier une conférence de presse à Bras-Panon pour faire le point sur les dernières discussions relatives à la future Convention canne. Le syndicat a annoncé un accord-cadre avec l’État rappelant le soutien durable de Paris à la filière canne. Ce document n’est pas la Convention canne. Il ne garantit pas un prix de la canne fixe et au-dessus du cours mondial pour les 6 ans à venir. Tout dépendra des discussions qui doivent commencer avec l’industriel Tereos, propriétaire des deux dernières usines sucrières de La Réunion.

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Hier à Bras-Panon, conférence de presse lors d’une réunion de planteurs de la CGPER.

Dans un peu plus de deux semaines, le Premier ministre arrive à La Réunion. Pour la CGPER, Manuel Valls doit s’engager pour la filière canne. La venue du chef du gouvernement aura lieu dans un contexte particulier.

En 2017, c’est la fin du quota sucrier et du prix garanti. Le sucre produit par Tereos à Bois-Rouge et au Gol sera face à la concurrence européenne, et devra aussi se confronter aux pays avec qui l’Europe a signé des accords commerciaux. Le sucre réunionnais a un coût de production plus élevé que ses concurrents. Pour compenser, la filière demande qu’à l’aide d’État actuelle de 90 millions d’euros s’ajoute une subvention supplémentaire de 38 millions d’euros à partir de 2017. Le 21 août dernier, le président de la République avait dit soutenir cette revendication. François Hollande avait aussitôt précisé que la décision ne dépendait pas de la France, mais de l’Europe. 9 mois plus tard, la France n’a toujours pas transmis de demande à l’Union européenne, il est donc certain que la prochaine campagne sucrière débutera sans que la décision finale soit connue.

Le prix de la canne pas encore fixé

La campagne 2015 doit précisément ouvrir un nouveau cycle. Le prix de la canne payé par l’usinier au planteur, et la répartition des aides de l’État sont fixés dans un document appelé Convention canne. À un peu plus d’un mois du début de la coupe, la Convention n’est toujours pas signée. Le prix de la canne n’est donc pas connu, c’est l’incertitude et l’inquiétude pour les planteurs.

À l’initiative de l’Alliance et du PCR, les élus de la Région et du Conseil départemental ont adopté à l’unanimité une motion déclarant leur solidarité avec la filière canne-sucre. Le PCR a proposé peu après que les collectivités viennent garantir les 38 millions promis par l’État selon cette répartition : 15 millions pour la Région, 15 millions pour le Conseil départemental, 8 millions pour l’ensemble des 24 communes. C’est dans ce contexte que la CGPER a tenu hier sa conférence de presse.

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Vue de la tribune. À un peu plus d’un mois de la coupe, toujours pas de prix de la canne. Les planteurs sont toujours mobilisés.

Le préfet a rencontré la CGPER

Jean-Yves Minatchy, président de la CGPER, explique qu’il a eu trois rencontres avec les représentants de Tereos et de la DAF. « Samedi, le préfet a souhaité nous rencontrer, nous avons eu une heure et demie de discussion », précise Jean-Yves Minatchy. « La semaine dernière, le préfet a eu le mandat pour négocier la Convention canne ».

Au cours de cette rencontre, le préfet a dit « nous aurons un accord-cadre pour 6 ans ». Ce propose notamment une réactualisation au cours des 6 années, qui n’aura lieu que si elle permet d’augmenter les revenus des planteurs, indique la CGPER, pour faire face à la hausse des prix des intrants notamment.

Jean-Yves Minatchy a aussi fait part du contenu de quelques échanges avec préfet. La CGPER demande que le prix plancher de la recette bagasse soit élevé à 13 euros par tonne de canne livrée. « Le préfet est d’accord », dit le président de la CGPER. L’ICHN (Indemnité compensatrice des handicaps naturels) augmentera de 14 %. La CGPER souhaite que l’ICHN concerne aussi les zones irriguées.

L’aide à la replantation de la canne sera de 500 euros par hectare, financée par le FEADER.

« Le préfet n’est pas contre une richesse plancher, il reste à en débattre avec Tereos », ajoute le responsable syndical.

Au sujet de l’aide supplémentaire de 38 millions d’euros, la CGPER demande qu’elle ne bénéficie pas uniquement aux industriels, mais aussi aux planteurs.

Les discussions doivent commencer avec Tereos

La prochaine visite du Premier ministre a aussi été abordée lors de l’échange entre la CGPER et le représentant de l’État. « Le préfet a aussi confirmé que le Premier ministre va confirmer que l’État s’inscrit dans une perspective durable, dans la confiance, avec cet accord-cadre jusqu’en 2021 », dit Jean-Yves Minatchy tout en rappelant que l’accord-cadre est différent d’une Convention-canne.

Pour résumer, la CGPER a « la garantie du préfet que Manuel Valls va confirmer qu’il n’y a aucun souci ». Jean-Yves Minatchy dit que, en principe, la Commission européenne accordera à la France le droit d’augmenter de 38 millions d’euros la subvention versée à partir de 2017. Il affirme aussi que l’industriel est prêt à s’engager pour 6 ans sur un prix fixe de la canne.

C’est donc à partir de maintenant que vont commencer « les réunions de travail avec Tereos sur l’avenir de la filière canne », indique le syndicaliste.

La CGPER demande une augmentation du prix de base qui est de 39,09 euros pour une tonne de cannes de richesse 13,8. Ce prix n’a pas changé depuis 20 ans. Le syndicat veut aussi que la richesse plancher soit de 12,50.

Concernant l’implication des collectivités, le syndicat souhaite la création d’une instance regroupant les collectivités, ce serait un Pôle agricole « pour gérer tout le monde agricole ».

Il reste donc quelques semaines pour arriver à une Convention canne, faute de quoi il ne sera pas possible de lancer la campagne sans connaître le prix à laquelle le planteur vendra sa canne à Tereos.


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