Canne à sucre

Fin prématurée de la campagne sucrière dans le Sud

Plus de cannes à livrer à l’usine du Gol

Manuel Marchal / 6 décembre 2013

Dans le Sud, la campagne sucrière s’est achevée hier, une semaine plus tôt que prévu. La raison invoquée est le manque de cannes à sucre livrées pour faire tourner les moulins. Environ 850.000 tonnes ont été traitées. Ce résultat inférieur aux espérances s’explique notamment par la sécheresse.

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Hier au Gol, les dernières livraisons une semaine avant la date prévue de fermeture de l’usine.

La coupe est terminée dans l’Ouest et le Sud, avec une semaine d’avance sur la date prévue. Il faut remonter bien loin dans les annales pour voir un tel phénomène. Car l’objectif de récolte affiché n’a pourtant pas été atteint dans le Sud. D’habitude, c’est le contraire avec des planteurs qui livrent leurs cannes jusqu’à la dernière minute. Et il est déjà arrivé que des milliers de tonnes restent sur pied, faute d’un prolongement de la campagne pour compenser les incidents techniques qui ne manquent pas d’arriver à l’usine. Celle du Gol a connu son lot d’incidents cette année, mais il n’a même pas été nécessaire d’aller jusqu’à la date fixée et encore moins de prolonger la coupe. Environ 850.000 tonnes de cannes à sucre seront broyées cette année au Gol, pas plus. Il est donc certain que la campagne 2013 sera bien en dessous des 2 millions de tonnes récoltées, les 1,8 million seront-elles atteintes ?

Changement climatique

Les planteurs font face à une des conséquences du changement climatique : la sécheresse.

Pendant les mois précédents, la Chambre d’agriculture et les syndicalistes ont maintes fois alerté. La CGPER a signalé que dans les hauts de l’Ouest, les pertes atteignaient 40% dans les zones non-irriguées. Dans les périmètres alimentés par le Bras de Cilaos ou la rivière des Galets, les planteurs ont eu recours à l’irrigation plus que prévu.

L’année 2013 reste marquée par une sécheresse historique. Depuis que les mesures existent, mai, juin et juillet ont été les mois les plus secs. Notre île a pourtant été arrosée par deux cyclones en début d’année, mais cela n’a pas suffi à compenser un déficit en eau qui se creuse d’année en année.

Dans l’Est, pas de fermeture prématurée annoncée de l’usine de Bois Rouge, mais la situation n’est guère plus brillante. C’est en effet dans ce secteur que plusieurs communes ont dû mettre en œuvre des mesures drastiques de restriction dans la distribution de l’eau.

Traditionnellement, l’Est est la région la plus humide. C’est ce qui explique pourquoi les concepteurs du chantier du basculement des eaux ont choisi de pomper dans le cirque de Salazie et dans les cours d’eau de l’Est et du Nord la ressource qui doit arriver dans l’Ouest, zone sèche. Cette conception n’intégrait pas les effets possibles du changement climatique. Or nous sommes actuellement en plein dedans.

Secteur stratégique

La sécheresse qui continue remet tout en cause, car aucune région de notre île n’est à l’abri. Tant que persistera ce phénomène, l’Est sera aussi sec que l’Ouest. Cette catastrophe climatique arrive au pire moment. L’Union européenne discute en effet de l’avenir de la politique agricole commune, elle prévoit de supprimer en 2017 le quota sucrier réunionnais. Les producteurs de sucre n’auront plus de prix garanti, tandis que la concurrence des pays à bas coût de production sera une réalité. C’est l’inquiétude, car actuellement, le prix de la canne hors subvention dépend beaucoup du prix du sucre brut.

La fin de la coupe avec une semaine d’avance, faute de cannes à livrer illustre les difficultés de la filière au moment du virage décisif. Raison de plus pour renforcer le rassemblement autour de ce secteur économique stratégique, source de richesses et d’emploi dans les 24 communes de l’île.

M.M.


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