Canne à sucre

L’État prévoit de baisser son aide à la filière canne à sucre de La Réunion

Nouvelle confirmation de la crise annoncée par le PCR

Manuel Marchal / 4 novembre 2014

Les derniers mois ont montré que le gouvernement n’ignore rien de la menace qui pèse sur l’avenir de la filière canne à La Réunion. Le programme de la visite du président de la République avait pour temps fort un discours dans la cour de l’usine de Bois-Rouge. Le chef de l’État a fait sienne la revendication d’augmenter à 128 millions au lieu de 90 la subvention annuelle versée par Paris à la filière canne réunionnaise à partir de 2017, sous condition d’un accord de l’Union européenne. Alors que l’accord se fait toujours attendre, la filière canne peut constater un fait concret : le gouvernement prévoit de baisser l’aide publique. La Chambre d’agriculture interpelle le président de la République et les députés au sujet de cette bombe inscrite dans le projet de Budget 2015.

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Le projet de loi de finances renforce les craintes au sujet de l’avenir de l’usine de Bois-Rouge et de la filière canne.

A partir de 2017, conformément à une décision soutenue par la France, les quotas sucriers seront supprimés. Cela signifie qu’à compter de cette date, le producteur de sucre de La Réunion n’aura plus la garantie de vendre toute sa marchandise en Europe. Le régime actuel prévoit en effet l’intervention de l’Union européenne pour acheter tout le stock invendu, à un prix supérieur au cours mondial. Cette visibilité a toujours été la règle pour la filière canne depuis son intégration au marché européen. C’est ce qui a permis de fixer le prix de la canne sur des périodes de 7 ans, ce qui correspond environ à la durée de vie d’une souche. Si l’usinier a la garantie d’écouler tout son sucre à un prix suffisamment rémunérateur pour faire des bénéfices avec son industrie, alors rien ne l’empêche de garantir à son tour un prix rémunérateur pour le planteur qui vend la canne. Cela est d’autant plus vrai que l’État intervient largement pour aider l’industriel : sur 39 euros de prix de base de la tonne de canne, l’État en subventionne plus de la moitié.

Tout cela est contractualisé dans un document appelé Convention canne. Signé par les représentants planteurs et l’usinier, sous l’égide de l’État, le document fixe le prix de la canne pour une période habituelle de 7 ans.

Mais ce modèle sera terminé dans trois ans, car les quotas n’existeront plus. Le sucre réunionnais sera alors confronté à une double concurrence. D’un côté, les sucreries européennes transformant de la betterave pourront produire sans limite. En France, une usine peut fabriquer 200.000 tonnes de sucre en une seule campagne, soit l’équivalent du Gol et de Bois-Rouge réunies. L’avantage sur le sucre réunionnais en termes de coût de production va s’accroître. Selon le président de Tereos Océan Indien, cela signifie l’impossibilité de vendre en France et en Allemagne pour le sucre réunionnais destiné à être raffiné en sucre blanc.

Des annonces qui tardent à se vérifier

D’un autre côté, la solution des sucres spéciaux a du plomb dans l’aile. Tout simplement parce que l’Union européenne signe des accords pour ouvrir son marché à des producteurs de sucre roux de canne bien meilleurs marchés que les Réunionnais. Sur ce qui est une niche, la compétition est féroce et les Réunionnais auront face à eux dans trois ans des pays qui ont des coûts de production bien inférieurs.

C’est pour compenser le différentiel avec le sucre de betterave que des acteurs de la filière ont demandé une hausse de l’aide de l’État. Cette proposition a été reprise dans le rapport Fruteau. Elle prévoit de faire passer de 90 à 128 millions la subvention annuelle de l’État. Le 21 août, le président de la République a repris cette proposition, en ajoutant une précision capitale : la hausse de la subvention de l’État est conditionnée à l’accord de l’Union européenne.
Deux mois plus tard, pas de nouvelle de Bruxelles alors que la Convention canne arrive à expiration à la fin de la campagne sucrière. Les prises de position des usiniers et des planteurs renforcent les inquiétudes, car les discussions semblent s’orienter soit vers un avenant à la Convention canne actuelle, soit vers un accord courant sur deux ans. Si ces hypothèses se vérifient, alors ce sera est un recul considérable par rapport à la situation actuelle, car les planteurs n’auraient plus que 2 ans de visibilité au lieu de 7.

Un fait concret : projet de baisse de la subvention

Si les annonces tardent à se concrétiser, un fait concret va à l’opposé de toute la communication officielle autour du discours de Bois-Rouge. La Chambre d’agriculture vient en effet d’adresser plusieurs courriers au président de la République et aux députés. Le motif est la baisse de la subvention de l’État à la filière canne inscrite dans le projet de loi de Finances pour 2015. Le projet de budget 2015 prévoit aussi une baisse de plus de 20% des fonds de l’État alloués à la diversification.

Pas de nouveau Florange à Bois-Rouge !

La Chambre souligne que « la profession agricole a toutes les raisons de s’inquiéter ». L’alerte dépasse largement cette catégorie professionnelle. En effet, toutes les communes de La Réunion sont concernées par la canne à sucre. Dans 23 communes se trouvent des plantations de cannes. Ces exploitations agricoles font vivre des travailleurs, elles sont sources de recettes fiscales et jouent un rôle essentiel pour l’environnement : la canne et les andains maintiennent la terre et empêchent que des coulées de boue s’abattent en aval à la moindre forte pluie.
Dans la 24e commune se situent toute la structure de l’exportation, ainsi que des industries de conditionnement du sucre de canne.

Le PCR continue d’être la seule organisation politique à informer les planteurs et à alerter l’opinion de la menace qui pèse et de ses conséquences. Il avait annoncé la fermeture de Bois-Rouge si rien n’est fait pour éviter la catastrophe. Le projet de Budget 2015 vient confirmer toutes les craintes. Car si le gouvernement n’arrive même pas à maintenir la subvention au niveau actuel, se pose alors la question de sa capacité à l’augmenter de 30% en 2017, après la prochaine élection présidentielle. C’est un nouveau rappel de toute l’importance de la mobilisation pour sauver la filière.

L’enjeu est très clair. Lors de la campagne présidentielle, la sauvegarde du haut-fourneau de Florange était un des sujets les plus médiatiques. Le pouvoir avait alors fait des annonces pour sauver cet outils de production et les emplois. Le discours de Florange avait été applaudi. Bois-Rouge ne doit pas être un nouveau Florange.


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