Canne à sucre

L’unité des planteurs réunionnais pour se faire respecter

Face au climat de suspicion autour des livraisons de cannes

Manuel Marchal / 24 juillet 2010

Depuis mardi, les planteurs se sont levés unanimement pour demander à être respectés et entendus. Cette mobilisation concerne toute l’île. Ce mouvement montre l’unité des planteurs dans la convergence de la lutte.

Dans "Témoignages" d’hier, voici comment Patrice Pounoussamy, vice-président de la CGPER, décrivait la nature des rapports entre les planteurs et les usiniers : « nous avions une bonne relation jusqu’à maintenant, notamment depuis le Protocole signé en 2007, mais aujourd’hui, ils ne veulent plus dialoguer. Ils ne veulent pas entendre nos problèmes, alors qu’il faut des échanges entre les planteurs et les usiniers ».
Hier encore, les discussions étaient très difficiles au siège de la DAF à Saint-Pierre. Au bout d’une demi-heure les planteurs ont en effet décidé de quitter la table des négociations parce que les représentants des usiniers posaient un préalable jugé inacceptable : le transport des cannes présentes sur les balances dans les cours des deux dernières usines sucrières du pays.
Tout avait commencé la semaine dernière par des estimations de richesse bien en deçà des valeurs observées habituellement. L’écart était tel que les planteurs se sont mobilisés pour faire face à la baisse prévisible de leurs revenus.
Mardi, un premier mouvement touche les planteurs qui vendent les cannes transformées à Bois-Rouge. De Savanna à Sainte-Rose, c’est la grève des livraisons à l’appel de tous les syndicats. Les planteurs refusent que les opérateurs chargés de sonder les chargements de cannes livrés aux usiniers obéissent à des consignes données par les observateurs des industriels présents sur les plates-formes. L’usinier justifie cette présence par le fait qu’il se considère comme un client qui inspecte la bonne qualité de la marchandise qu’il va acheter. Cela va donc dans le sens de la suspicion jetée sur le planteur, après les accusations de fraudes à la richesse lancées avant le début de la campagne.

Mobilisation générale depuis mercredi

Le revenu du planteur va d’abord être déterminé par la richesse en sucre de son chargement. Et en fonction de la position de la sonde dans le chargement, l’estimation peut varier de manière importante.
Mardi, jour du début du blocage, une première discussion a lieu entre les représentants de tous les syndicats planteurs et les usiniers. Elle a abouti à deux avancées et un échec. Les avancées sont l’arrêt des prélèvements à l’arrière des chargements, qui sont à l’origine d’une baisse de la richesse estimée, et la mise en service d’un nouveau logiciel qui permettra de calculer plus précisément la richesse de chaque chargement. Mais subsiste un désaccord sur le rôle de l’observateur des usiniers. Les planteurs estiment que ce dernier n’a pas à influencer par sa présence et ses paroles le travail des opérateurs qui font les prélèvements des chargements.
L’intransigeance de l’usinier sur ce point va provoquer l’extension de la grève des livraisons à toute l’île durant ces trois derniers jours. Durant ce mouvement, les planteurs ont fait preuve d’unité. La revendication a en effet rassemblé les syndicats.

Convergence dans la lutte

C’est en effet un principe qui était au centre de la lutte : le respect. Car les planteurs réunionnais ne sont pas des fraudeurs. Il est d’autant plus étonnant que ce climat de suspicion naisse lors de la première campagne sans usinier réunionnais.
La totalité de l’industrie sucrière et la branche recherche-développement variétale ont en effet été rachetées par une coopérative composée uniquement de planteurs de betteraves. Ce sont donc des planteurs qui sont les propriétaires des usines auxquelles les planteurs réunionnais vendent leurs cannes. Mais manifestement, le fait pour les partenaires de la filière d’exercer à la base le même métier n’a pas permis d’aplanir tous les conflits. Force est de constater que la situation du planteur réunionnais reste toujours celle qui est la sienne depuis les accords de 1969. Il produit une matière première qu’il vend à un usinier, et les événements de ces derniers jours ont montré que l’usinier a fini par créer un climat de suspicion préjudiciable au dialogue avec les planteurs. Mais devant cette situation, les planteurs réunionnais ont affiché leurs convergences dans la lutte.

 Manuel Marchal 


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