Canne à sucre

La CGPER rappelle que sans les planteurs, pas de richesses

Le syndicat dit à Tereos que les planteurs veulent être traités en partenaires

Témoignages.re / 26 mars 2011

Au cours d’une conférence de presse sur le champ de foire de Bras-Panon, en présence de plus de 80 jeunes planteurs et éleveurs de l’île, dont la majorité a repris l’exploitation familiale, la CGPER a estimé nécessaire de poser les conditions au développement de l’agriculture réunionnaise, en particulier celui de la canne à sucre qui est à la base de l’agriculture réunionnaise. Cela passe par une plus juste répartition des richesses tirées de la canne, en particulier les alcools.

La canne à sucre reste à la base de l’agriculture réunionnaise avec près de 15.000 emplois directs et indirects, 4.500 planteurs et une reprise d’exploitations agricoles. Aujourd’hui, 75% des exploitations agricoles réunionnaises produisent de la canne à sucre et seulement 80% de la production de canne est livrée par les petits et moyens planteurs.
Compte tenu des investissements réalisés par les agriculteurs avec l’achat des terres, la modernisation des exploitations (irrigation, coupe de la canne,...), les améliorations foncières, et après avoir obtenu des garanties solides auprès de l’État et du gouvernement, les jeunes planteurs exigent la même implication des nouveaux acteurs, en particulier Tereos, aujourd’hui propriétaire de l’industrie cannière.
Le comportement actuel des dirigeants de Tereos fait poser des questions à la CGPER. « Malgré les luttes historiques entre planteurs et usiniers, nous avons toujours eu de la part des industriels un respect », affirme le syndicat, « le directoire de Tereos n’a plus le même respect pour les planteurs et ne nous considère plus comme des interlocuteurs, mais plutôt comme de simples livreurs de cannes ». « Nous ne savons pas comment Tereos se comporte dans les autres pays où il produit du sucre (Brésil, Afrique...), mais il doit comprendre que les planteurs de cannes et l’ensemble des employés de la filière sont des partenaires incontournables ».
Les relations tendues avec Tereos dépassent le cadre interprofessionnel. La CGPER souligne qu’« il est dans l’intérêt de Tereos de comprendre qu’au sein de la filière canne réunionnaise, la discussion et la négociation valent mieux que l’arrogance et l’intransigeance ».

L’augmentation du revenu des planteurs

Il faut "tordre le cou" à l’idée reçue selon laquelle les usiniers sont en difficultés ou encore que les planteurs demandent toujours trop. Aujourd’hui, les représentants de Tereos estiment que les « planteurs n’ont plus le droit de réclamer une augmentation de leur revenu parce qu’ils ont obtenu la recette bagasse en 2009 ».
Quoiqu’en dise Tereos, c’est prévu clairement par la Convention canne, et vouloir faire croire le contraire est « un mensonge manifeste des dirigeants de cette société ». Si Tereos refuse de discuter avec les planteurs, nous ne manquerons pas de discuter avec la Martiniquaise pour obtenir satisfaction. Chacun doit prendre ses responsabilités et tenir les engagements de la Convention canne.
Les dirigeants de Tereos profitent également de la recette bagasse et « il est tout à fait normal que les éléments portés récemment à notre connaissance concernant des conditions fiscales avantageuses profitent aux planteurs ».
« La mise en place de cette recette alcool est un moyen pour renforcer le revenu des planteurs sans remettre en cause la pérennité des outils industriels », précise la CGPER, « aujourd’hui, quand on voit que la valeur des distilleries est évaluée à plus de 150 millions d’euros, n’importe quel citoyen comprend que ce sont des outils rentables et que sans matière première, c’est-à-dire la mélasse, il n’y a pas d’alcool ».


37 millions d’euros

La demande des planteurs et de la CGPER porte sur la répartition de l’exonération du droit d’accise accordé aux distilleries par l’État à hauteur de 37 millions d’euros pour l’alcool produit à La Réunion. Cet avantage fiscal accordé par l’État est mis en place pour soutenir la filière canne compte tenu de son importance économique, sociale et environnementale.
A l’époque, l’Union Européenne avait justifié cette décision selon les arguments suivants : « Le maintien dans les Départements d’Outre-mer de la filière canne-sucre-rhum est indispensable pour assurer l’équilibre économique et social de ceux-ci. En effet, dans les trois départements les plus concernés, La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique, cette filière dégage un volume annuel de chiffres d’affaires d’environ 250 millions d’euros et assure environ 40.000 emplois, dont 22.000 directs. Il convient aussi de noter l’impact positif qu’a la culture de la canne pour la préservation de l’environnement dans les Départements d’Outre-mer... Dès lors, le maintien par la France, par dérogation à l’article 90 du traité, d’un taux d’accise réduit sur le rhum "traditionnel" produit dans ses Départements d’Outre-mer est nécessaire et justifié en vue de ne pas mettre en péril leur développement ».


20.000 tonnes de mélasse importées du Pakistan

En 2007, toujours après la signature de la Convention canne, les distilleries ont importé 20.000 tonnes de mélasse en provenance du Pakistan à 92 euros la tonne. Si les distilleries sont prêtes à importer la mélasse à ce niveau de prix, pourquoi la mélasse réunionnaise est sous-évaluée ? Jusqu’à présent, nous ne connaissons pas le prix de vente de la mélasse entre distilleries et usiniers.
Si Tereos vend la mélasse au dessous des cours mondiaux aux distilleries, c’est son problème, mais les planteurs estiment qu’ils doivent bénéficier de la mélasse.


Tereos en période d’essai à La Réunion

Cet engagement sur du long terme doit s’accompagner de propositions fortes pour préparer la prochaine réforme de la PAC (Politique agricole commune) ainsi que la prochaine OCM pour 2015.
Tereos est un nouvel arrivé dans la filière et il doit faire la preuve de son attachement au développement d’une filière canne à sucre réunionnaise forte où planteurs et usiniers en tirent un bénéfice. Planteurs, collectivités locales et État ont montré leur attachement par le passé à l’avenir de la filière canne réunionnaise, alors que Tereos n’a encore rien prouvé si ce n’est sa capacité à concentrer l’industrie sucrière et à obéir à des objectifs économiques et financiers. Pour nous, Tereos est en période d’essai à La Réunion.
Jusqu’à présent, nous avons eu beaucoup d’annonces en termes de vente des spiritueux, d’enveloppe de 20 millions d’euros pour moderniser la filière, mais, concrètement, les planteurs ne voient rien venir.
Les discussions pour l’après-2015 sont un moment important, et la position de Tereos, qui produit plus de 60% de son sucre en dehors de l’Union européenne, sera un signe fort sur son implantation à long terme à La Réunion ainsi que sa stratégie. Soit Tereos est aux côtés des planteurs en défendant bec et ongle le maintien de l’actuelle OCM-Sucre, soit Tereos obéit à la logique boursière en acceptant que le sucre réunionnais soit traité sur le marché mondial.


Amélioration nécessaire des centres de réception

Depuis 10 ans, les planteurs de cannes ont fait d’importants efforts pour améliorer les conditions de chargement et de livraison. Ainsi, le taux de mécanisation chez les planteurs est passé de 43% en 1995 à 67% à 2010.
Ainsi, la libération de nouvelles variétés de cannes sur de nombreuses zones de production, la relance des travaux d’amélioration, la mécanisation de la coupe et la mise en eau prochaine de futurs périmètres irrigués vont concourir à l’augmentation de la production, en particulier dans l’Ouest et le Nord.
Il est impératif que les industriels mettent également en œuvre un plan de modernisation des centres de réception, en particulier celui de la Mare et de Stella.
Depuis deux ans, les planteurs de ces zones de production sont régulièrement pénalisés par des arrêts de la livraison des cannes liés aux avaries mécaniques du pont. On a comptabilisé pas moins de 86 jours d’arrêt de livraison sur l’ensemble des centres de réception.
Le centre de réception de Stella est aujourd’hui vétuste et il convient de réfléchir à son remplacement, et éventuellement à son déplacement. En effet, le site actuel, qui s’est fortement urbanisé au cours de ces 15 dernières années, n’offre plus toutes les garanties de sécurité aux planteurs et à leur chargement lorsqu’ils sont sur les files d’attente qui peuvent durer 1 heure. La route départementale menant au centre de réception est trop étroite pour assurer une circulation fluide pendant la campagne sucrière.
Quant au centre de réception de la Mare, la mutation de ce secteur en zone d’activité ne permettra plus, dans les prochaines années, aux planteurs de livrer leurs cannes, alors que des études sur un périmètre irrigué sont actuellement en cours sur la zone de Sainte-Marie (une tranche de 500 hectares programmée dans le FEADER sur Gillot-La Mare ; une étude en cours sur la réutilisation des eaux usées sur la zone du Grand Prado).
Quant à celui de Balance à Saint-André, il est aujourd’hui ceinturé par des entreprises, et les planteurs, tout comme les cachalots, ont beaucoup de mal.


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