Canne à sucre

La Convention canne signée pour 2 ans au lieu de 6 ans

Le PCR alerte à nouveau sur l’avenir de la filière canne à sucre et ses milliers d’emplois

Céline Tabou / 23 octobre 2014

À l’occasion d’une conférence de presse, le Parti Communiste Réunionnais a révélé plusieurs informations, parmi laquelle la certitude que la prochaine Convention canne, signée entre les planteurs et les usiniers, sera de deux ans seulement, contre les six habituels. La Convention canne fixe le prix de la canne à sucre payé à l’agriculteur par l’industriel.

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Les informations dévoilées par le PCR entretiennent les incertitudes sur l’avenir de l’usine de Bois-Rouge, car la Convention canne n’est signée que pour 2 ans au lieu de 6. Dans 3 ans, les deux usines sucrières réunionnaises fonctionneront-elles toujours ?

« Plusieurs sujets nous interpellent, particulièrement celui de la filière canne, dont les menaces sur le secteur auront des conséquences graves pour La Réunion », a introduit Ginette Sinapin. En effet, la filière canne est sous le coup d’une décision européenne visant à supprimer les quotas sucriers et les prix garantis.

Les planteurs auront un revenu jusqu’en 2017, et après ?

L’un des secrétaires généraux, Yvan Dejean, a rappelé l’existence du rapport de Jean-Claude Fruteau, député socialiste, sur l’organisation commune du marché du sucre, daté de mai 2014, qui pose la question : « quel sera l’avenir de la filière canne après 2017 à La Réunion ? ». Yvan Dejean, « dans un contexte de mondialisation des échanges, le rapport a adopté plusieurs recommandations », dont l’augmentation du soutien de l’État en faveur de la filière sucre des DOM, en faisant passer le niveau d’intervention autorisé par le règlement du Parlement européen et du Conseil Européen de 90 millions d’euros à 128 millions d’euros annuels pour La Réunion.

Yvan Dejean a expliqué que « face à la compétitivité entre le sucre de La Réunion et le sucre du Brésil, le rapport dit qu’il faudrait une enveloppe compensatoire complémentaire de 38 millions d’euros, à laquelle s’ajoutent les 90 millions d’euros de subvention de l’État, acquis jusqu’en 2017. Ce qui signifie que les planteurs auront un revenu fixé d’avance jusqu’en 2017, mais après on ne sait pas », a expliqué Yvan Dejean.

Suite à la visite de François Hollande à La Réunion, le 21 août, « on a ressenti la volonté du président de se battre pour l’enveloppe des 90 millions d’euros, qui est la part de l’État, et la volonté de se battre pour qu’un accord se fasse avec Bruxelles en vue d’obtenir les 38 millions d’euros supplémentaire pour faire face à la compétitivité », a expliqué ce dernier.

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Yvan Dejean, Ginette Sinapin et Maurice Gironcel représentaient hier le Parti communiste réunionnais.

38 millions ne suffiront pas

Cependant, « la visite de François Hollande date du 28 août, depuis deux communications sont parues dans la presse ». L’une d’elle vient des betteraviers, « cette dépêche nous interroge et nous fait dire que le pire est encore à venir. Ces derniers ont anticipé la fin des quotas et des prix garantis et ont pris des dispositions pour être au niveau du sucre brésilien, par une augmentation de leurs surfaces, de leurs techniques de production », a expliqué le représentant du PCR. Ce dernier a assuré qu’« ils s’y sont préparés ».
« À partir du moment où ils disent qu’ils ont une stratégie économique, est-ce que les 38 millions d’euros seront suffisants ? », a posé Yvan Dejean. En augmentant le niveau de leur production, cette décision des betteraviers pèse sur la production réunionnaise, qui devra s’aligner. Raison pour laquelle, le PCR estime que l’enveloppe supplémentaire de 38 millions d’euros ne sera pas suffisante pour maintenir le niveau de La Réunion. « On n’a aucune garantie sur ce qu’a annoncé François Hollande et on ne sait pas ce que va dire Bruxelles », a expliqué Yvan Dejean.

Ce dernier a indiqué que « Jean-Claude Junker (nouveau président de la Commission européenne, NDLR) a une orientation fondamentalement libérale, alors que Manuel Barroso avait dans son giron les RUP et y portait un intérêt. Ce n’est pas sûr que Jean-Claude Junker sera sensible à ces questions. C’est un phénomène aggravant ». Pour conclure, Yvan Dejean a rappelé que « rien n’est acquis concernant les 38 millions d’euros de Bruxelles et la déclaration des betteraviers vient compliquer la situation ».

La convention signée pour deux ans

Concernant la convention canne signée habituellement pour six ans, celle-ci « est fondamentale, car elle donne une vision au moins pour six ans », ce qui permet aux différents acteurs (banques, planteurs, assurances) d’être “rassurés”, a indiqué le secrétaire général du PCR. Cependant, ce dernier sait de source sûre que « la convention ne sera pas signée pour six ans, mais deux ans, soit 2015-2017 ».

« La convention indique que des négociations seront ouvertes pour l’après 2017, mais on voit bien que le cadre institutionnel n’est pas clair et on comprend l’inquiétude des planteurs » et des acteurs en lien avec ce secteur. En effet, la filière canne concerne près de 30.000 emplois, plus de 25.000 hectares, « cela concerne aussi la protection de notre environnement », a précisé Yvan Dejean.
« On se dirige vers une grave crise. Mais on est quasiment les seuls à en parler. Nous sommes la seule formation politique à attirer l’attention et à alerter de la dégradation de la situation », a conclu le secrétaire général du PCR.


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