Canne à sucre

La majorité de droite face à la crise de la filière canne-sucre

Le Conseil départemental déjà au pied du mur

Manuel Marchal / 31 mars 2015

Lors d’une conférence de presse hier à la permanence de l’Alliance, Paul Vergès a tiré les premiers enseignements des premières élections départementales à La Réunion. Le PS commence à subir les conséquences de sa décision de refuser l’union avec l’Alliance lors des régionales de 2010. La droite cherche à obtenir tous les pouvoirs. C’est pendant une période de sept années ouverte par ces élections départementales que La Réunion a des rendez-vous redoutables. Le premier est l’avenir de la filière canne. Quelle est la réponse des élus du Conseil départemental, assemblée responsable de l’agriculture à La Réunion, dans la crise qui se dessine ?

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Le Conseil départemental hérite de la compétence du Conseil général sur l’agriculture. La nouvelle majorité a-t-elle des propositions pour l’avenir de la canne à sucre à La Réunion ? Si oui qu’elle communique sans tarder.

Lors d’une rencontre avec les journalistes hier à Saint-Denis, Paul Vergès a tiré les premiers enseignements des élections départementales. Il constate qu’en France, peu de choses ont changé. Le second tour a confirmé le premier avec quelques précisions. La progression de l’extrême droite est stoppée, elle ne dirigera pas de département. L’échec du PS considérable avec la perte de plus ou moins 25 départements. Le sénateur souligne une remise en cause d’une situation que l’on pensait établie pour longtemps : les communes et les Conseils généraux ne sont plus majoritairement dirigés par la gauche en France. Le gouvernement va-t-il changer sa ligne fondamentale, interroge Paul Vergès.

Affaiblissement des moyens de pression

À La Réunion, « une bonne moitié des Réunionnais s’est refusée à aller voter », indique le parlementaire réunionnais. C’est pour lui un prolongement politique de la crise, « l’attitude des électeurs tient compte de cette crise économique et sociale ».
Ce Conseil départemental est issu d’une réforme électorale. L’application de la loi change la donne. « Le Conseil général était le syndicat des maires et des adjoints aux maires pour les grandes communes », mais dans le Conseil départemental, les maires de Cilaos, l’Entre-Deux, Salazie, Sainte-Rose, Saint-Philippe, Trois Bassins, les Avirons ne sont plus représentés. « Quelles vont être les conséquences quand on voyait le rôle joué par les maires des petites communes », demande Paul Vergès.

Il note aussi la persistance du clientélisme dans ces élections, avec le recours aux emplois aidés. Mais un fait nouveau, « c’est l’affaiblissement de l’impact des moyens de pression municipale ». Le sénateur passe en revue quelques cantons en lice. À Saint-Benoît, un des candidats soutenus par la municipalité est battu. À Saint-André, commune de plus de 50.000 habitants, sur 3 cantons, un seul est gagné par la municipalité. À Saint-Denis, sur 4 cantons, 3 sont perdus par l’équipe soutenue par la commune. Dans ces 3 cantons perdus, parmi les candidats battus il y a le 1er adjoint au maire de Saint-Denis, et les deux députées de Saint-Denis. À Saint-Paul, le maire était remplaçant d’un candidat, il est battu. À La Possession, la maire est vaincue.

La responsabilité du PS sanctionnée

L’information importante, c’est le sort du PS à La Réunion, indique Paul Vergès. En 2012, c’était le triomphe à la présidentielle, puis 5 députés sur 7. Des commentateurs voyaient cette tendance s’installer dans la durée, elle n’a vécu que quelques années seulement.

L’influence de la politique en France du gouvernement, condamnée par une grande partie de l’opinion, n’est pas la seule explication. L’élément plus important et aggravant est l’attitude de la fédération socialiste, estime le sénateur. Il précise « la responsabilité considérable de la décision du PS de refuser l’Alliance au dernier moment au Conseil régional ». Il rappelle quelques détails : « la délégation du PCR téléphone à celle du PS pour savoir à quel endroit on signait l’accord, au tout dernier moment le PS change d’avis pour dire : pas d’accord ».

Les conséquences sont considérables : le projet Perben de nouvelle route du littoral n’est pas réalisé. La décision de la droite qui reçoit le cadeau du PS, c’est de refuser le projet Perben, d’éloigner la route dans la mer, de faire 6 voies. C’est la suppression du débat entre les entreprises engagées sur le marché du tram-train.

Paul Vergès revient aussi sur la suppression de la MCUR. Or, le président de la République sera prochainement en Guadeloupe pour inaugurer une Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise spécifique à la Guadeloupe.

Le résultat est là, c’est la sanction par le corps électoral. Le prix que paie le PS sera beaucoup plus lourd que celui payé par le PCR, dit en substance Paul Vergès.

Une solution dans les trois mois

La marque du scrutin du 29 mars aura des conséquences dans la perspective de la droite victorieuse. Elle fait des plans à long terme : régionales, législatives. Les régionales et les législatives seront pour le PS des surprises aussi grandes que les départementales, dit en substance Paul Vergès. Si la droite tient sa feuille de route, alors elle aura le pouvoir pendant sept ans.

Sur cette période, le premier rendez-vous est la crise de la filière canne. Dès cette année, c’est la baisse de la prime bagasse, et à quelques mois du début de la coupe, la Convention canne n’est pas signée. Les planteurs ne savent toujours pas à quel prix ils vendront leurs cannes. Conclue d’habitude pour une durée d’au moins 6 ans, la Convention canne bute sur l’échéance 2017, date de la fin des quotas sucriers. Pour être compétitifs, les usiniers demandent une 38 millions d’aide supplémentaire de la part de l’État, soit un total de 128 millions d’euros de subvention directe à compter de 2017. Cette aide est loin d’être acquise, car soumise à un accord préalable de l’Union européenne.

Pour le moment, le Conseil départemental hérite des compétences du Conseil général. La droite est au pied du mur : ses élus doivent trouver la solution dans les trois mois.

Nouveau monde, La Réunion immobile ?

Paul Vergès souligne aussi que « les APE arrivent à échéance en 2015-2016. Qu’allons-nous faire, région de l’UE, au milieu de ces 600 millions d’habitants ? »
Le sénateur note la visite récente du Premier ministre de l’Inde à Maurice. « Il va utiliser Agalega comme une base du rayonnement de l’Inde », ajoute-t-il, précisant qu’un héritage du Commonwealth, c’est la diaspora indienne dans la région. Gandhi était avocat en Afrique du Sud, nombreux sont les descendants d’Indiens à avoir lutté contre l’apartheid, ils sont aussi présents à Madagascar.
2015 est aussi l’année de la Conférence de Paris sur le Climat, où les îles tropicales joueront un rôle considérable.

La grande puissance émergente de la région sera l’Inde. Madagascar se développe, 55 millions de Malgaches vivront en 2050 à 800 kilomètres de La Réunion ; ils composeront un État 50 fois plus peuplé que notre île.
Sur ces décisions prises en 2015-2016 : le personnel politique réunionnais est-il informé, interroge Paul Vergès. Ces années seront les plus importantes de notre histoire, estime-t-il.

Il rappelle qu’en 1945-1946, les Réunionnais avaient su prendre des décisions, ils avaient une idée de ce qu’ils voulaient. C’était l’abolition du statut colonial. Mais aujourd’hui, les conséquences des décisions seront beaucoup plus importantes. Existe-t-il une prise de conscience ?
Dans l’immédiat, Paul Vergès attend les solutions de cette majorité de droite sur la crise de la canne et du sucre.

Fille ou fils de maire…


Le Conseil départemental comptera quatre élus ayant un lien de parenté avec un maire qui a siégé au Conseil général. Interrogé sur ce point, Paul Vergès dit que le fait d’être fille ou fils de maire ne disqualifie pas pour être candidat. La question à poser est de savoir si l’enfant est candidat dans la circonscription où le père est maire ou ailleurs. Paul Vergès rappelle que Laurent Vergès était candidat à Saint-André, ville qui était alors dirigée par Jean-Paul Virapoullé.


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