Canne à sucre

La première campagne sucrière sans usinier réunionnais

OUVERTURE DE LA CAMPAGNE SUCRIÈRE

Manuel Marchal / 6 juillet 2010

Le 27 mai dernier, l’Autorité de la concurrence a accepté la vente des usines sucrières réunionnaises à Tereos, une coopérative de 12.000 planteurs de betteraves. Pour la première fois dans l’Histoire du pays, les planteurs réunionnais vont livrer la totalité de leurs cannes à une société qui n’est pas réunionnaise.

Depuis le début de l’Histoire de la canne à sucre à La Réunion, les usines ont toujours été au moins en partie sous la direction d’intérêts réunionnais. Cette part était suffisante pour garantir que les orientations de la filière soient décidées dans notre île, et que lorsque les discussions entre les usiniers et les planteurs devaient avoir lieu, les planteurs savaient que leur interlocuteur était à La Réunion.
Mais depuis le 27 mai, tout a changé. Quartier Français a cédé ce qui reste de l’industrie sucrière réunionnaise à une coopérative de planteurs de betteraves, qui détenait déjà 51% de l’usine de Bois-Rouge. Aussitôt, cette coopérative a décidé de placer les usines sous la direction d’une de ses filiales, Tereos Internacional. Basée à Sao Paulo au Brésil, Tereos Internacional rassemble tout ce qui n’est pas la production sucrière à partir de betteraves du groupe Tereos. Autrement dit, ce sont les céréales et leurs transformations, mais surtout la production de cannes à sucre. Et dans ce dernier secteur, les usines sucrières réunionnaises intègrent une société qui possède aussi des usines au Brésil, le premier producteur mondial de cannes.
Il est à noter que outre les usines, Tereos a également pris possession de Ercanne, anciennement le CERF, c’est-à-dire du résultat de tous les travaux de la recherche, et donc de plus de deux siècles de savoir-faire et de génie réunionnais dans ce domaine.
Ce changement fondamental démontre bien que la filière canne est entrée de plein pied dans la mondialisation. Et maintenant, plus aucune personne n’a le pouvoir de décider à La Réunion de la stratégie de la filière canne réunionnaise. La direction de la société se situe désormais au Brésil, et en dernier ressort, c’est à une coopérative de 12.000 planteurs de betteraves de trancher.
Cet événement a lieu en 2010, soit moins de 4 ans avant la mise en œuvre du prochain règlement sucrier européen. C’est à partir de ce règlement que seront déterminées les prochaines règles de fonctionnement de la filière. C’est donc au moment décisif que les usiniers réunionnais ont choisi de vendre l’industrie cannière aux planteurs de betteraves. Et cette année commence donc une nouvelle ère pour toute la filière.

M.M.


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