Canne à sucre

La recherche, seul but de l’OPA sur l’industrie sucrière ?

Des enseignements pour toute industrie

Manuel Marchal / 4 octobre 2011

La fermeture du dernier haut-fourneau de Lorraine interroge. Et si le but de l’OPA de Mittal sur Arcelor était seulement de mettre la main sur le centre de recherche, quitte à liquider toute l’industrie ? Ce qui se passe en Lorraine interpelle à La Réunion une industrie qui a récemment changé de propriétaire.

Dans le passé, la filière canne employait des milliers d’ouvriers dans plus de 10 usines. Quand Jean-Paul Virapoullé décide avec les usiniers de transformer la structure de la filière canne, c’est une orientation à l’opposé du développement qui est choisie. Au lieu d’aller vers une production de 400.000 tonnes de sucre comme le préconisaient les syndicats de la Charte, les accords de 1969 préparent le déclin de l’industrie sucrière.
Les usiniers se désengagent et se tournent vers d’autres secteurs économiques. La production de canne à sucre passe de plus de 2,5 millions de tonnes à moins de 2 millions. La production sucrière n’atteint plus les niveaux d’avant 1969. Les usines ferment les unes après les autres, des dizaines de milliers de planteurs doivent abandonner la canne. De plus de 25.000, le nombre de livreurs est aujourd’hui inférieur à 5.000, quant aux usines, il n’en reste que deux.
Dans le contexte de la mondialisation, la situation des derniers usiniers réunionnais était très vulnérable. C’est ce qu’a bien compris le groupe Tereos quand il a lancé son OPA sur la Société sucrière Quartier français. Son coup réussi, la coopérative de planteurs de betterave est devenue propriétaire des dernières usines réunionnaises. Mais elle a aussi mis la main sur R’canne, le centre de recherche réunionnais de réputation internationale.
Car nombreuses ont été les créations issues du laboratoire de l’ancien CERF à être diffusées dans le monde. Pour Tereos, l’intérêt est évident. Le groupe possède des usines sucrières dans des pays à bas coût de main-d’œuvre, comme le Brésil, premier producteur mondial de cannes à sucre.
En Lorraine, c’est un groupe indien qui a lancé une OPA sur Arcelor. En rachetant le groupe européen, Mittal a aussi mis la main sur l’Institut de recherche de la sidérurgie, de renommée mondiale. Devenu ArcelorMittal Research SA, il est un des fleurons du groupe.
Pour le géant indien, ce centre va lui permettre des profits considérables dans ses usines situées dans des pays à bas salaire et nul doute qu’il va continuer à tourner à plein régime, à la différence de l’usine qui a fermé à Gandrange et du haut-fourneau arrêté à Florange.
Ce qui se passe en Lorraine apporte un éclairage sur l’évolution possible de la filière canne à La Réunion. Car aussi bien en Lorraine qu’à La Réunion, c’est un groupe concurrent dont le centre d’intérêt se situe ailleurs qui a acheté l’industrie. Tereos deviendra-t-il le "Mittal" de la filière canne ? Prendre le contrôle du centre de recherche sur la canne, était-ce le seul but de l’OPA sur l’industrie sucrière ?

M.M.


Précision

Dans notre édition d’hier, nous avions anticipé de 24 heures le passage de Victorin Lurel et Jean-Yves Le Drian sur les ondes de Radio Réunion Première dans sa matinale. C’est donc ce matin à 8h, et non pas hier matin, que les soutiens de François Hollande à la primaire citoyenne exposeront leur point de vue.


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