Canne à sucre

Région, Conseil départemental et communes appelés à s’engager à payer les 38 millions d’euros

Paul Vergès propose la solidarité des collectivités avec les planteurs, les ouvriers d’usine et les transporteurs

Manuel Marchal / 9 mai 2015

Jeudi en conférence de presse, Paul Vergès a tiré les premiers enseignements de la visite de Corina Cretu, Commissaire européenne à la Politique régionale. La prudence de ses déclarations laissent néanmoins entrevoir une issue positive pour l’accord de Bruxelles à un soutien supplémentaire annuel de 38 millions d’euros pour la filière canne-sucre. C’est pourquoi le sénateur propose que la Région, le Conseil départemental et les communes s’engagent à assumer le versement de ses 38 millions d’euros pour libérer les industriels et les planteurs de la seule incertitude qui empêche la signature d’une Convention canne pour 6 ans.

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La filière canne-sucre a obtenu le soutien unanime de tous les conseillers départementaux, toutes tendances politiques confondues.

Corina Cretu, Commissaire européenne à la Politique régionale, vient de passer quatre jours à La Réunion, la Région la plus éloignée du continent européen. Cette visite se passe dans un contexte de menaces pour La Réunion. Paul Vergès a tiré jeudi les premiers enseignements de cette visite. Son impact sur la filière canne-sucre a été largement évoqué.

Le sénateur rappelle que la fin des quotas, et du prix garanti, pour 2017 est la source des inquiétudes des planteurs et des industriels. Cette décision d’ouvrir le marché européen à la concurrence date déjà de plusieurs années, et elle est soutenue par le gouvernement français. Mais ce dernier n’a pas mis à profit ce délai pour élaborer une solution à cette crise.

Toujours pas de prix de la canne

La fin des quotas en 2017 est à l’origine d’une situation inédite. À quelques semaines de la coupe, le prix de la canne payé par l’usinier au planteur n’est toujours pas fixé. Ce prix découle d’une Convention canne signée entre les professionnels et l’État. Habituellement, elle est signée pour une durée d’au moins 6 ans, qui est le cycle de la culture d’une souche de canne à sucre. Mais les industriels se raidissent, constate Paul Vergès, car ils n’ont plus l’assurance du prix garanti après 2017. « La situation bloquée a semblé être débloquée quand François Hollande est venu à Bois-Rouge », rappelle le sénateur. Le président de la République a dit son soutien à une hausse de 38 millions d’euros des aides nationales, à condition que la Commission européenne soit d’accord.

« Le temps est passé depuis août. La commissaire a confirmé que le gouvernement n’a pas transmis le dossier à Bruxelles », ajoute Paul Vergès. S’il est transmis, il ne sera pas examiné avant octobre. Cela crée le blocage des discussions de la convention canne-sucre.

Mais l’autre partie de la déclaration de la commissaire retient l’attention du sénateur. Elle est membre de la Commission européenne qui examinera la demande de la France, et a dit qu’elle regardera le dossier avec la plus grande sympathie. Pour Paul Vergès, cela laisse entendre que ce n’est pas de la Commission que sortira un avis négatif. Conclusion : « l’engagement de François Hollande à Bois Rouge pourrait être tenu ».

Les élus peuvent s’engager à verser les 38 millions

Cette déclaration de la commissaire met les élus de La Réunion face à leurs responsabilités. « Ils représentent les Réunionnais, dont les familles de planteurs, de transporteurs, d’ouvriers du Gol et de Bois-Rouge, nous disons nous devons lever l’obstacle de la Convention canne », souligne le parlementaire.

Il précise que sur l’aide totale de 128 millions d’euros demandée à compter de 2017, ce qui est en cause, ce sont les 38 millions supplémentaires. Il appartient aux assemblées de La Réunion de donner l’engagement d’assurer le paiement éventuel de ces 38 millions, dit-il en substance. « Que sont ces 38 millions pour sauver des milliers de familles de coupeurs, de transporteurs, d’ouvriers d’usine…, c’est une somme raisonnable », ajoute-t-il.

Région et Département unanimes pour soutenir la filière

Paul Vergès appuie sa proposition sur les votes à l’unanimité de la Région et du Conseil départemental d’une motion appelant à la solidarité avec la filière canne-sucre. Il indique aussi que 23 communes sur 24 ont des plantations de canne à sucre sur leur territoire. « Les maires sont responsables de l’activité des familles des planteurs ».
Le sénateur fait le constat que lors de la visite de Corina Cretu, le président de la Région a étalé publiquement des sommes considérables pour la réalisation de ses projets. Cela représente des centaines de millions d’euros. « Qu’il prenne l’engagement de payer 15 millions d’euros au cas où il y a une défaillance de l’engagement du président de la République », revendique Paul Vergès. Collectivité responsable de l’agriculture, le Conseil départemental peut assurer 15 millions.
Il reste 8 millions, pour 24 communes de l’île qui comptent 850 000 habitants, soit un effort de 10 euros par habitant et par an.

Le dernier obstacle à la Convention canne tombe

Pour que cette revendication se concrétise, les élus de l’Alliance vont adresser aux présidents des collectivités et à l’association des maires le message suivant : « vous avez voté à l’unanimité un soutien à toutes les catégories de travailleurs de la filière canne. Si vous faites ce geste de vous substituer exceptionnellement au président de la République et à l’Europe qui ont pris des engagements, alors nous assumerons l’aide à la filière canne ».

Paul Vergès déclare que cet engagement de principe peut faire tomber les derniers obstacles à la signature de la convention canne. C’est « notre contribution pour libérer la tension actuelle dans le monde agricole et industriel de la filière canne-sucre ».
La balle est dans le camp des élus, ils ont la possibilité de débloquer la situation et de permettre la signature d’une Convention canne sur 6 ans, conformément à la revendication des planteurs.


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