Canne à sucre

La remise en cause des Accords scélérats imposés aux planteurs

OUVERTURE CAMPAGNE SUCRIÈRE 2010

Manuel Marchal / 6 juillet 2010

La campagne sucrière qui commence est placée sous le signe de la lutte pour une meilleure répartition des richesses tirées de la canne à sucre. L’an dernier, les planteurs ont obtenu un prix plus juste pour la bagasse, et maintenant, ce sont les richesses de la mélasse qui sont l’objet de la revendication. De plus, le projet d’utiliser la vinasse résultant de la distillation de la mélasse pour fabriquer de l’électricité amène la création de nouvelles richesses à partir de la canne à sucre. Mais depuis les Accords de 1969, les planteurs doivent lutter pour obtenir ce qui auparavant était leur dû : les deux-tiers des bénéfices de tous les produits de la canne étaient à eux.

Depuis hier matin dans le Nord et dans l’Est et à partir du 15 juillet dans l’Ouest et dans le Sud, c’est l’ouverture de la campagne sucrière 2010. Les prévisions font état d’une récolte prévisible comprise entre 1,9 et 2 millions de tonnes. C’est mieux que ces dernières années, mais c’est encore loin de ce qui était la norme au début des années 60 ou au début des années 80, quand la barre des 2,5 millions de tonnes de cannes était approchée.
Cette année, la campagne sucrière est placée sous le signe de la revendication. La dernière assemblée générale de la CGPER a rappelé la principale avancée obtenue l’an dernier : la réévaluation de la prime bagasse à 11,05 euros. Cela fait une hausse de 25% du prix de la tonne de cannes payée au planteur hors subvention.

Cette année, la revendication porte sur un juste partage d’un autre produit issu de la canne à sucre : la mélasse. C’est à partir de la mélasse que sont produits les alcools. Selon les estimations de la CGPER, ce sont 22 millions d’euros qui échappent totalement aux planteurs car depuis les Accords de 1969 signés par Jean-Paul Virapoullé avec les usiniers, les planteurs sont totalement dépouillés des bénéfices tirés de ce produit de la canne à sucre.
De plus, vient encore s’ajouter à cela une annonce faite par la Direction de la Distillerie de Rivière du Mat située à Saint-Benoît. Elle projette d’utiliser la fermentation de la vinasse, un déchet issu de la fabrication d’alcools, pour remplacer le fuel destiné à faire fonctionner l’usine pour moitié, et pour produire de l’électricité destinée à être vendue à EDF pour l’autre moitié. Ce surplus pourrait fournir en électricité l’équivalent d’une ville comme Saint-Benoît.
Avant les Accords de 1969, les planteurs auraient obtenu automatiquement les deux-tiers de ces nouvelles richesses. C’était en effet le mode de partage des bénéfices tirés des produits de la canne à sucre : deux-tiers pour le planteur, un tiers pour l’usinier. Ce partage se basait sur une structure de la filière : le planteur était le propriétaire de la canne à sucre et de ses richesses de la plantation à la vente des produits, l’usinier était un façonnier qui recevait un tiers des richesses de la canne pour se rétribuer.

Les Accords de 1969 vont totalement changer cette structure. Le planteur devient le producteur d’une matière première qu’il vend à un prix défini à l’usinier. Ce dernier devient alors le propriétaire de la canne et en tire alors tous les profits. Ces Accords sont tellement favorables aux usiniers que l’industriel n’a même plus besoin de planter de la canne.
Mais cela oblige désormais le planteur à reconquérir dans la lutte ce à quoi il avait droit. Ainsi, la revalorisation de la prime bagasse est le premier résultat de 40 ans de combats, et d’un coup, c’est une hausse de 25% de la somme versée au planteur hors subvention pour sa canne. Mais la lutte est loin d’être finie pour aboutir à un juste partage des richesses de cette plante qui fait partie du paysage réunionnais.

Manuel Marchal


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